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28 mars 2018 : L’affaire Stormy Daniels

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La chronique de Victor Loupan, journaliste. 

L’interview d’une actrice porno, dans l’émission politique vedette de la chaîne CBS, a provoqué aux Etats-Unis une vague de réactions dont les implications vont très au-delà de ce que cette femme a dit ou n’a pas dit.

Le simple fait que Stormy Daniels, c’est le nom de cette femme, se soit assise dans le fauteuil qui, avant elle, avait accueilli Henri Kissinger, Hillary Clinton ou Barak Obama est déjà une révolution. Il faut savoir que 60 Minutes est le navire-amiral des émissions politiques américaines, toutes chaînes confondues. Etalon de qualité de l’information et de journalisme de haut vol, cette émission a gagné d’innombrables prix, et aucun chef d’Etat du monde n’a jamais refusé d’y participer.

Pourquoi une actrice porno dans une grande émission politique ?

Stormy Daniels prétend avoir couché avec Donald Trump, pour obtenir une participation dans l’émission de téléréalité qu’il produisait alors. C’était bien avant le début de sa carrière politique, mais après son mariage avec Mélania Trump. Plusieurs années plus tard, l’un des avocats de Donald Trump a offert à Stormy Daniels une somme d’argent pour qu’elle s’engage à ne jamais dévoiler cette relation. L’actrice porno a accepté la somme et s’est tue, en effet pendant plusieurs années.

Les médias américains pensent que sa soudaine envie de s’exprimer s’explique par une proposition mirobolante d’une grande maison d’édition. Il s’agit donc, à première vue, d’une histoire sordide entre gens peu recommandables.

Pourquoi alors une chaîne comme CBS marche dans l’affaire ?

Parce que cette chaîne a toujours été contre Trump. Mais aussi, parce que cette actrice porno a parfaitement intégré le discours dominant. Elle qui a toute sa vie fait commerce de son corps, se présente non pas comme une victime, mais comme une battante libre et indépendante, qu’aucun homme ne peut faire taire. Comme une mère de famille qui mène sa vie comme elle l’entend. Oui, Louis, aujourd’hui une actrice porno peut se revendiquer mère de famille.

Bref, elle a endossé tout le discours post-féministe, qu’on entend d’habitude dans la bouche d’universitaires et d’intellectuelles. Sauf, qu’ici ce discours sort de la bouche d’une personne qui a toute sa vie fait commerce de son corps, qui a toute sa vie été une femme-objet. Et je ne parle même pas du fait que le cinéma porno est un véhicule de la culture du viol.

Est-ce une tendance de fond ou un dérapage d’un grand média ?

Il ne s’agit pas d’un dérapage, hélas. Car quelques jours auparavant, on pouvait voir sur CNN, autre fleuron des médias américains, Karen McDougal, elle aussi maîtresse de Donald Trump, à la même époque que Stormy Daniels. Moins féministe que sa consœur du porno, cette dernière, modèle du journal érotique Playboy, dit avoir eu des remords parce que Trump était marié et père d’un bébé. Contrairement à Karen McDougal qui apparaît comme une pauvre victime rongée de remords (elle aussi rémunérée par Trump), Stormy Daniels se présente comme une sorte de Trump au féminin : immorale, vulgaire, vénale mais déterminée d’arriver à ses fins.

Quelle conclusion faut-il tirer de cette affaire ?

La seule conclusion qui s’impose, c’est la déchéance extraordinaire du discours politique aux Etats-Unis.

« Sexe, mensonges et vidéos », titre d’un célèbre film, est devenu le slogan de l’Amérique de Trump. Et tout le monde marche comme un seul homme : partisans comme adversaires du président.

Voilà où nous en sommes.

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