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6 juillet 2018 : Les #MotsDeLaSemaine sont « juillet » et « juillettiste »

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Jean Pruvost, linguiste, éditeur

Voilà déjà une semaine que nous sommes passés en juillet, une semaine qu’un certain nombre d’entre vous sont partis en vacances, ou bien vont partir, et bien sûr que nombre d’élèves commencent leur vacances dès ce soir. Ce sont du coup deux mots qui vous ont intéressé, Jean, d’un côté le mot « juillet », qui est très ancien et dont vous allez nous raconter l’histoire, et de l’autre un mot tout récent, « juillettiste », un dérivé tout simple mais qui n’est pas si courent dans la langue, on n’a pas par exemple de mot correspondant pour ceux qui prennent leur vacances en avril, mai ou juin. Alors Jean, d’abord le mot « juillet ». Sans doute d’origine latine ?

Oui en effet, on pourrait presque dire, d’origine romaine. Le premier à l’évoquer dans une sorte de dictionnaires est Maurice De La Porte qui en offre un commentaire dans son ouvrage intitulé Épithètes et consacré donc aux adjectifs qui peuvent êre accolés à un nom, en l’occurrence ici « Juillet ». Juillet, dit-il est « un des mois de l’année que fut ainsi nommé en l’honneur de Jules César, lequel y naquit. Auparavant, il estoit appelé Quintil ». Bien ! En fait, nous voici au mois de juillet, mais on a failli l’appeler Quintil et ceux partant en vacances en juillet eurent été alors des Quitiliens ! Pourquoi « Quintil », eh bien c’est le mot français qui a existé quelques temps et qui était issu du latin « quirinalis » désignant le cinquième mois de l’année romaine institué par Romulus. On rappelle que l’année romaine commençait en mars ce qui fait que le cinquième mois dans ce décompte en est bien notre juillet actuel.

Louis : Alors, Jean, comment est-on passé de Quirinalis, Quintil en français, au mot « juillet » ?

Ce fut en fait Marc Antoine qui rendit une ordonnance pour changer ce nom contre celui de Julius, en l’honneur de Jules César, réformateur du calendrier romain et né justement le douzième jour de ce mois. Il se trouve par ailleurs que dans les premiers pas de la langue française, existait le mot juignet, g-n, c’st-à-dire le « petit juin », et du coup le mot « juil » dérivé de « julius » en a été inflencé et on y ajouta aussi ce diminutif –et, et voici le mois de « juillet ». Donc à Junius brutus, a correspondu juin, et Julius, nom de César a correspondu, juil, devenant « juillet » attesté en 1213.  Et donc en 1571, ce mois chaud par excellence fait l’objet de commentaires de la part de Maurice De La Porte, qui lui attribue quelques adjectifs bien sentis.

Louis : Que vous nous donnez, Jean…

Avec grand plaisir. Voici donc à la fin du XVIe siècle, le juillet altéré, chaleureux, estival, ardent, enflammé ». Rappelons que « altéré » signifie désséchant d’où bien sûr le verbe se « désaltérer ». Quant au juillet « enflammé », il est à prendre au sens figuré, mais hélas les incendies d’été lui donnent parfois un sens propre qu’on aimerait éviter ?

Louis : Et va s’installer, donc au XXe siècle, le mot « juillettiste » ?  Et d’ailleurs, Jean, juillettiste avec un t ou deux t ?

Eh bien, voilà qui sent les vacances, parce que même si le plus souvent on lui offre généreusement deux t, orthographier « juilletiste » avec un seul t, est tout à fait admis. De la même manière, juillettiste, était souvent qualifié de « familier » à la fin du XXe siècle, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Quand le mot apparaît-il ? C’est dans le millésime 1990 du Petit Larousse qu’il fait son entrée, avec pour définition donc la « Personne qui prend ses vacances au mois de juillet ». En fait, il semble que le mot ait été attesté la première fois en 1969 alors que l’aoutien le fut en 1960. Il est vrai que traditionnellement les grandes entreprises fermaient en août, et l’on travaillait ainsi en juillet de même que les grandes vacances commençaient seulement à la mi-juillet. J’aime asse l’exemple donné par Larousse pour le mois de juillet, il cite en effet Buffon : « Les castors emploient les mois de juillet et d’août à construire leurs digues et leurs cabanes », ce qui est possible sous nos climats parce que pendant ce temps là, sous les tropiques, s’il y avait des castors, ils devraient affronter les moussons. Mais l’écrivain Jean Cayrol, Prix Renaudot en 1947, est formel : « La mer de juillet sent la crème déshydratante et la gaufre ». Ah, Louis, une bonne gaufre en sortant du bain… Très très bonnes vacances aux juillettistes.

 

Un rêve : voir entrer le mot composé juillettiste-aoûtien dans le dictionnaire.

  1. Maigret, Simenon, 1948, pas très loin des Congés payés acquis en 1936 : « Quand je serai en vacances, qu’est-ce que je me paierai comme sommeil ? »

Et en 1975 dans Je le jure, San Antonio : « les seules vacances de l’homme sont les neuf mois qu’il passe dans le sein maternelle ». Mais moi la formule que je préfère pour les vacances c’est celle des cruciverbistes : Vacances : la fuite enchantée…

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