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4 juillet 2018 : crise de conscience

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Victor Loupan, journaliste.

En Allemagne, la crise migratoire se transforme en crise de régime. La famille chrétien-démocrate se déchire. Crise politique ou crise de conscience ?

La crise migratoire interroge, évidemment, les chrétiens que nous sommes. L’amour du prochain, prôné par le Christ, l’accueil de l’étranger qui a toujours été défendu par l’Eglise, tout cela nous interpelle. Les chrétiens européens sont en pleine crise de conscience. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe dans des pays aussi chrétiens que l’Italie, la Grèce, l’Autriche ou dans une région comme la Bavière. En Roumanie, en Serbie ou en Pologne, pays très chrétiens, là encore, l’hostilité aux migrants est quasiment généralisée.

Comment expliquer cela ? Est-ce que les gens sont méchants ? Est-ce qu’ils n’ont pas de cœur ? Non, évidemment. En fait, les gens ont peur : peur d’être submergés, peur de disparaître.

Cette peur est-elle justifiée ?

Justifiée ou non, cela n’a pas d’importance. La peur est un sentiment. Les sentiments sont rarement ancrés dans la raison. Et pourtant, les sentiments mènent nos vies. L’amour est un sentiment, la foi est une grâce. Nous sentons quand quelqu’un nous ment. Tout comme nous sentons le danger venir. La politique étrangère est, elle aussi, un mélange d’étude de dossiers, d’analyses prévisionnelles et d’intuitions. Dans l’intelligence humaine, l’irrationnel joue un rôle au moins aussi important que le rationnel.

A quel moment l’étranger devient-il un ennemi ? Songeons au sort des Indiens d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud, devant l’arrivée massive de migrants venus d’Europe. Ils sont pratiquement disparus, et leurs cultures survivent réduites à l’état de folklore pour touristes. Le Japon a, en revanche, combattu l’arrivée des Européens avec une détermination de chaque instant. Soumise à la violence des étrangers, la Chine a mis plus de cent ans, avant de retrouver son rang. Songeons aussi, au sort de l’Empire romain, qui s’écroule conséquemment à l’arrivée de nos ancêtres, les barbares.

Il est donc évident que l’accueil indiscriminé des étrangers n’est pas toujours un bien. Tout comme leur rejet n’est pas toujours un mal. Tout est question de circonstances et de proportions. Il ne faut pas être dogmatique

De quel dogme parlez-vous ?

Déchristianisés par l’idéologie libérale, les peuples d’Europe restent tout de même de culture chrétienne. Ils sont conscients des acquis de la civilisation européenne et du chemin très difficile qui y a mené. Ils voient, car ils ont des yeux, et comprennent car ils sont des cerveaux, que les millions de migrants qui prétendent à l’entrée dans nos pays, tout comme les millions qui y sont déjà entrés, sont musulmans. Ils viennent donc d’une autre civilisation.

Une aire civilisationnelle implique une communauté de critères auxquels les peuples appartenant à cette civilisation adhèrent par-delà leurs différences et leurs particularismes culturels ou linguistiques.

L’arrivée massive de populations hostiles aux critères fondamentaux de la civilisation européenne, est ressentie par les peuples comme un danger. C’est cela qui explique la tendance actuelle au rejet, non pas de l’étranger en tant que frère venu d’ailleurs, mais du caractère massif et forcé, d’une migration hétérogène ressentie comme hostile et dangereuse.

Pour vous, il ne s’agit donc pas d’une lutte entre progressistes et conservateurs ?

Pour moi, ces critères ne sont pas pertinents. Le philosophe orthodoxe russe Nicolas Berdiaev disait qu’être conservateur ne signifie pas être nostalgique du passé. Pour lui, le conservatisme est une forme de défense des acquis de la civilisation contre les assauts de la barbarie.

Les instances dirigeantes européenne ont de plus en plus de problèmes avec les peuples. Cela me fait penser à cette phrase de Bertolt Brecht qui ironisait en disant : « si le peuple n’est pas d’accord avec le gouvernement populaire, il faut alors remplacer ce peuple ».

Voilà ce que je voulais vous dire, aujourd’hui.

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