Osons la gratuité

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7 février 2021 : En apparence la gratuité est partout dans ce monde, mais la mémoire de la véritable gratuité est en train de disparaître.

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Bonjour à tous. En apparence la gratuité est partout dans ce monde, mais la mémoire de la véritable gratuité est en train de disparaître. Vous savez, nous vivons dans une société qui veut se faire de payer de tout. Vous me direz, l’économie de la gratuité semble pourtant en plein essor ! Oui mais c’est une gratuité d’intérêt, qui consiste le plus souvent à coupler le don d’un bien gratuit avec la vente d’un bien payant, ou à obtenir pour les revendre ensuite des numéros de téléphone ou des emails. Dans le domaine de la culture, et même de la religion, l’accès à certains contenus est gratuit contesterez-vous, non sans raison. Oui mais les bienfaiteurs envoient sans cesse des demandes de dons en expliquant qu’il leur manque de l’argent pour continuer cette gratuité-là. Pourquoi appeler cela gratuit alors ? C’est comme si mère Teresa demandait aux enfants des bidonvilles qu’elle sauvait de l’enfer de lui donner de l’argent pour que sa congrégation puisse continuer sa mission ! Vous me direz, bon, au moins, il y a la politique de la gratuité, à l’école ou dans les transports publics. Oui mais cette gratuité est vécue comme un devoir et elle est possible non plus grâce à des aumônes libres des citoyens mais à un prélèvement obligatoire de l’impôt, et parfois même, elle est simplement motivée par un calcul de rentabilité[1]. D’ailleurs, en France, les sénateurs rappellent avec bon sens que « la gratuité totale des transports collectifs ne constitue ni une fausse ni une bonne idée en soi. Tout dépend dans quel but elle est mise en œuvre ». [2]  Beaucoup s’interrogent alors sur la gratuité des ONG : Oh vous savez, l’intention est bonne, mais cette bienfaisance n’est pas sans contrepartie. Elle est conditionnée à un prélèvement sur les dons faits aux pauvres pour rémunérer les salariés. On a le droit de se faire payer pour faire du bien, c’est un choix personnel, mais pourquoi prétendre qu’une action sociale ne saurait être efficace sans rentabilité ni contrat de travail ? C’est comme si on disait aux candidates à la vie religieuse : n’y pensez plus ! Passez d’abord un master en humanitaire à vos frais, on vous paiera ensuite en prélevant une part de la nourriture et des médicaments destinés aux pauvres ! Bon, mais que penser alors de l’ONU ?  Oh, vous savez, l’aide internationale est utile, mais elle est trois fois intéressée : elle ne s’exerce que si les états financent ses programmes, elle n’est accessible que si les pays bénéficiaires se soumettent aux nouvelles normes sociétales occidentales, elle ne dure que si l’Occident reçoit en plus des contreparties matérielles ! Oh vous savez, la mémoire de l’antique gratuité désintéressée issue du catholicisme est en train de disparaître. Mais a-t-on jamais vu le Christ et les apôtres exiger d’un moribond de pratiquer la morale catholique avant de le guérir, de rembourser les dépenses engagées, et de verser en plus des intérêts ? Alors chers amis, d’ici à Dimanche prochain, enseignons à nos enfants que la vraie gratuité ne consiste pas seulement à donner sans qu’il n’en coûte rien au bénéficiaire, mais à faire quelque chose sans demander ni attendre quoi que ce soit en retour. La gratuité a été corrompue ; Satan lui a substitué, jusque dans l’église elle-même parfois, une bienfaisance humaniste, souvent utile et parfois remarquable, à condition d’y trouver son intérêt au passage. Cet humanisme-là a le goût de la mort et sent la putréfaction.

[1] Lorsque les pertes d’exploitation du transport public payant sont plus élevées que le déficit qui résultera de sa gratuité

[2] Une mission sénatoriale d’information sur le thème : « Gratuité des transports collectifs : fausse bonne idée ou révolution écologique et sociale des mobilités ? » a publié son rapport le 26 septembre 2019. En 128 pages, il détaille les expériences des 29 communes ou établissements publics de coopération intercommunale qui pratiquent actuellement en France la gratuité des transports collectifs

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