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28 février 2021 : Ceux qui écoutent la Parole de Dieu – Evangile : parabole du fils prodigue – Le chemin spirituel de Paul de Thébaïde (2/3)

Victor

CHANTS

« Cathédrale de Saint Sava de Paris » par la chorale Saint Siméon, sous la direction de Nana Peradze

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Ceux qui écoutent la Parole de Dieu

Certains passages de l’Evangile concernant la Mère de Dieu sont un peu difficiles à entendre. Il y a celui où une femme s’exclame dans la foule des disciples : « Heureuse celle qui a été ta mère et qui t’a enfanté ! » Jésus lui répond : « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent. » Pourtant le cri de cette femme montre combien elle écoute le Christ, combien elle admire ce qu’Il dit. C’est le peuple, dans ce qu’il a de plus profond, qui s’exprime en elle. Mais le Seigneur, à travers elle, nous mène plus loin.  Il nous aide à échapper à l’enfermement dans la famille, conçue comme un clan, comme une tribu, repliée sur elle-même.

A un autre moment, on dit à Jésus : « Ta mère et tes frères sont à la porte. » Et Il répond : « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? Ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique. » Le Seigneur transforme alors notre idée de ce que doit être la société.  Avec le Christ, la société n’est plus fondée sur le rapprochement des sensibilités, des classes sociales, des origines ethniques. C’est autre chose qu’Il nous propose. Quand il répond : « Heureux plutôt ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la pratiquent », ce n’est pas un blâme ! Certainement pas pour sa Sainte Mère qui est la première à écouter la parole divine et à la mettre en pratique. Et ce n’est pas non plus un blâme pour cette femme qui s’est émerveillée.  C’est au contraire une confirmation. Comme si le Christ lui répondait : « Heureuse es-tu d’avoir compris qu’il y a quelque chose de plus grand que les relations familiales, quelque chose qui les transforme et qui leur donne une lumière surnaturelle. »

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Parabole du fils prodigue (Luc 15, 11-32)

En ce temps-là, Jésus dit la parabole suivante. Un père avait deux fils et le plus jeune lui dit : « Père, donne-moi la part qui me revient de notre fortune. » Et le père partagea les ressources entre eux. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout rassemblé, partit pour un pays lointain et, là, il dissipa sa fortune, menant une vie de perdition. Lorsqu’il eut tout dépensé, une cruelle famine toucha ce pays et il commença à être dans le dénuement. Il alla donc s’engager auprès d’un des habitants de ce pays qui l’envoya garder les porcs dans ses champs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre des caroubes que mangeaient les porcs, et personne ne lui en donnait. Entrant en lui-même, il dit : « Tant de salariés de mon père ont du pain en abondance et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais me lever, j’irai vers mon père et je lui dirai : ‘ Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi ; je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme un de tes salariés.’ » Il se leva et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut saisi de miséricorde ; il courut se jeter au cou de son fils et l’embrassa tendrement. Le fils lui dit : « Père, j’ai péché contre le ciel et devant toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. » Mais le père dit à ses esclaves : « Vite, apportez le vêtement le plus beau, et revêtez-l’en ; mettez-lui un anneau à la main et des chaussures aux pieds ! Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et réjouissons-nous ! Mon fils que voici était mort, et il est vivant ; il était perdu et il est retrouvé !» Et ils se mirent à se réjouir. Son fils aîné était aux champs : comme il approchait de la maison, il entendit jouer des danses ; il appela un des serviteurs et lui demanda ce qui se passait. Celui-ci lui dit : « Ton frère est là, et ton père a tué le veau gras parce qu’il l’a recouvré en bonne santé. » Le fils aîné se mit en colère et ne voulait pas entrer. Mais, son père sortit pour l’en prier. Il répondit à son père : « Voilà tant d’années que je te sers comme un esclave sans jamais transgresser un seul de tes commandements, et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis ; et quand ton fils que voilà revient, après avoir dévoré tes ressources avec des débauchées, tu tues pour lui le veau gras ! » Son père lui dit : « Mon enfant, tu es toujours avec moi et tout ce qui est à moi est à toi, mais il fallait se réjouir et rendre grâce, car ton frère que voici était mort et il est vivant ; il était perdu et il est retrouvé ! »

*          *          *

Homélie : Nous le savons tous : quand retentit l’évangile du Fils prodigue, c’est le signal que le saint et grand Carême approche ! Semblables à des coursiers, nous piaffons sur la ligne du départ, impatients de nous élancer sur la carrière où nous précèdent les saints et les bienheureux de tous les temps. Cette hâte est le signe que l’Esprit habite en nos cœurs. Celui-ci en effet se déclare comme désir de connaître le Père, soif de nous unir au Fils et à lui-même ! De tout temps les disciples du Maître se reconnaissent à leur enthousiasme. « Moi aussi, je veux être chrétien ! », lit-on dans la vie des saints. Et saint Ignace d’Antioche le Théophore parle du « feu » qui l’anime, de « l’eau vive qui dit au-dedans de [lui] : Viens vers le Père ! » En nous aussi, l’Esprit se manifeste comme feu et comme eau vive, pressés que nous sommes de passer de la mort à la vie ! Et le Fils prodigue a senti dans son cœur une inspiration, un désir de bonheur, une aspiration au pardon qui le font s’élancer vers les bras qui l’attendent ! Il n’en est pas de même du Fils aîné : jaloux de son frère, insensible à l’amour du Père qui sort le prier de participer à la fête, il maugrée. Il est prisonnier de l’amour de lui-même, endurci dans sa frustration. L’orgueil n’est pas son enfer : c’est l’amour de soi, le besoin d’être reconnu à sa juste valeur. Il est dans son bon droit. Il a raison. L’enfer est plein de gens qui ont raison contre Dieu. Or, le Royaume auquel nous sommes conviés par cette quarantaine est, Dieu le dit, « tout proche ». Dans la parabole, le cadet se réjouit d’être pardonné ; il se réjouit pour lui-même, et il éprouve la gratitude pour la miséricorde : telle sera la joie des pécheurs au dernier Jour. Le père se réjouit pour son fils mort et revenu à la vie. Il ne demande qu’à inclure son aîné dans la fête et dans sa propre joie. Le père est celui qui se réjouit pour les autres. Voici le banquet eucharistique, le banquet du Royaume, dont la seule porte à pousser est la gratitude, la joie pour autrui. Telle sera la joie des saints au dernier Jour. La gratitude pour autrui est la plus belle ascèse, le renoncement le plus noble, l’accès à l’allégresse des chérubins et des séraphins, la dilatation de l’âme, connue de celle qui surpasse les hiérarchies incorporelles, la Mère de Dieu. L’enjeu du saint carême, le projet divin, est la communion à la joie du Père, joie pour autrui.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le chemin spirituel de Paul de Thébaïde (2/3)

Nous avons commencé, la fois dernière, un long récit de Jean Moschos sur le chemin spirituel de Paul de Thébaïde qui était si fervent que de pieux laïcs lui avaient conseillé de se faire moine. Mais Paul, au lieu d’entrer dans un monastère, s’était enfermé dans une cellule d’ermite, en se livrant à une lourde ascèse. Voyant cela, le démon avait capté sa confiance et lui avait fait croire que le Christ allait lui rendre visite pour lui accorder des bienfaits. Paul avait vu une rangée d’anges étincelants autour d’un anneau de feu, au centre duquel se trouvait une image qu’il avait prise pour le Christ. Mais, au moment où il allait se prosterner, une main l’avait fait tomber dans la direction opposée, et la vision avait disparu aussitôt. Comprenant enfin qu’il a été joué par le démon, Paul désespère, puis il décide d’aller voir un anachorète pour lui demander de l’aider. Voici la suite, écoutez bien :

« Arrivé tout près de l’endroit où vit l’anachorète, Paul se jette à plat ventre sur le sol et s’écrie : ‘‘J’ai péché, pardonne-moi et prie pour moi !’’ Mais l’Ancien lui répond : ‘‘Vas-tu partir d’ici, jouet des démons ? N’approche pas !’’ et d’autres phrases aussi peu amènes. Mais Paul reste là, allongé par terre, en pleurant. Le temps passe. Bientôt un sentiment de compassion envahit le saint homme qui l’appelle et lui dit : ‘‘Si tu partais apprendre n’importe quel métier, tu saurais bien qu’il te faut d’abord aller chez un artisan apprendre les règles de ton art. Or, tu es parti seul. Tu es resté seul avec toi-même sans parler de tes affaires à personne. Ah ! si Dieu ne t’avait pas porté secours ! Si la main de l’ange ne t’avait pas retourné ! Oui, si tu t’étais prosterné, tu aurais désormais perdu l’esprit et tu irais vagabonder de ville en ville comme l’un de ces démoniaques. Maintenant rends plutôt grâce à Dieu ton sauveur. Et viens ici, dans un monastère.’’ Le saint homme le fait entrer dans l’un des monastères de la Haute-Thébaïde et le présente ainsi à l’higoumène : ‘‘Affecte-le à la cuisine pour sept ans, afin qu’il observe le commandement du Christ et qu’il se place au service de ses frères.’’ Puis se tournant vers Paul, il lui dit aussi : ‘‘Dans sept ans, je viendrai m’entretenir avec toi.’’ Au bout de sept années passées à travailler dans la cuisine, Paul voit arriver l’anachorète qui dit à l’higoumène : ‘‘Donne-lui une cellule à l’extérieur du monastère.’’ En effet, les monastères de la Thébaïde disposent de petites cellules destinées aux anachorètes. Ainsi ceux qui vieillissent peuvent y passer les cinq jours de la semaine et passent le samedi et le dimanche avec leurs frères dans le monastère. L’Ancien dit encore à Paul : ‘‘Reste dans ta cellule d’anachorète pendant sept ans. Puis je viendrai m’entretenir avec toi.’’ »

Nous verrons, la fois prochaine, ce qui s’est passé lors la seconde visite de l’anachorète.

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