Lumière de l'Orthodoxie

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23 juin 2019 : Le paradis selon St Hippolyte – Evangile de tous les saints – Les conflits dans la chrétienté – Le patriarche et le stylite hérétique (1/2)

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CHANTS

« Musique sacrée géorgienne – Georgian Sacred Music » par l’Ensemble Rustavi, sous la direction d’Anzor Erkomaïschvili – Gramzapis Company 1994.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Le paradis selon St Hippolyte

En la fête de tous les saints, je voudrais vous lire cette très belle homélie de St Hippolyte, prêtre et martyr, qui a vécu au III siècle. Ecoutez bien : 

«  »Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Venez, vous qui m’avez aimé pauvre et étranger. Venez, vous qui êtes restés fidèles à mon amour, car je suis l’Amour… Mon Royaume est préparé, et mon ciel ouvert. Mon immortalité vous apparaît dans toute sa beauté. Venez tous, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. » Alors (ô merveille !) les justes s’étonneront d’être invités à s’approcher, comme des amis, de leur Créateur. Et ils Lui répondront :  »Seigneur,Toi l’Immortel, quand étais-Tu l’étranger que nous avons accueilli ? Toi l’Ami des hommes, quand T’avons-nous visité ? Tu es l’Éternel. Avec le Père, Tu es sans commencement. Et Tu es coéternel à l’Esprit. C’est Toi qui as tout créé de rien, Toi, le roi des anges, Toi que les abîmes redoutent. Tu as pour manteau la lumière. C’est Toi qui nous a modelés avec de la terre. C’est Toi qui as créé les êtres invisibles. Comment avons-nous pu accueillir ta royauté et ta souveraineté ? »

Alors le Roi des rois leur répondra :  »Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. Venez jouir éternellement des biens de mon Père qui est aux cieux, et de l’Esprit Saint qui donne la vie. » Ah quelle langue, conclut St Hippolyte, pourra donc décrire de tels bienfaits ?! »

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Dimanche de tous les saints (Matthieu 10, 32-33, 37-38 ; 19, 27-30)

En ce temps-là, le Seigneur dit : « Qui me reconnaîtra devant les gens, Je le reconnaîtrai devant mon Père qui est dans les cieux. Qui me reniera devant les gens, Je le renierai devant mon Père qui est dans les cieux. Qui aime son père ou sa mère plus qu’il ne m’aime n’est pas digne de moi ; qui aime son fils ou sa fille plus qu’il ne m’aime n’est pas digne de moi. Qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. » Pierre répondit alors et dit au Seigneur : « Voici que nous avons tout laissé et que nous t’avons suivi ; qu’en sera-t-il pour nous ? » Jésus lui répondit : « En vérité, Je vous le dis, vous qui m’avez suivi, lors de la régénération de tout, lorsque le Fils de l’Homme trônera dans sa gloire, vous siégerez également sur douze trônes et jugerez les douze tribus d’Israël, et toute personne qui aura quitté maisons, frères ou sœurs, père ou mère, enfants ou champs à cause de mon Nom, recevra le centuple et héritera la vie éternelle. Beaucoup de premiers seront derniers et de derniers premiers. »

*          *         *

Homélie : L’enseignement du Sauveur, en ce jour de mémoire de tous les saints, porte sur l’acquisition du saint Esprit. Bien entendu, nous avons tous, dans le saint baptême et par la sainte chrismation, reçu la plénitude des dons de l’Esprit. Nous avons été immergés corps et âme dans le saint Esprit en l’eau consacrée par sa venue sur elle ; nous avons été corps et âme enduit de l’huile consacrée du saint Chrême de l’Esprit ; nous avons communié à tous les dons de l’Esprit portés par le sang et la chair du Verbe, et nous avons été transfigurés en lui. L’immersion dans l’eau sainte nous a sanctifiés ; l’onction par l’huile sainte nous a christifiés ; la communion à l’humanité déifiée du Verbe incarné nous a divinisés à notre tour. Mais, en amont de ces miracles, dans le pré baptême, nous avons témoigné de la présence du saint Esprit dans notre cœur, notre intelligence et notre volonté, en confessant la foi catholique et véritable, le grand Symbole œcuménique. Et, auparavant encore, nous nous sommes joints au Christ par le saint Esprit en le confessant comme vrai Dieu et vrai Homme. « Crois-tu en lui ? » Nous avons répondu : « Je crois en lui comme Roi te comme Dieu! » Notre foi naissait de l’œuvre de l’Esprit en nous ; elle nous approchait du Seigneur Jésus pour nous unir à lui ; elle nous rendait aptes à recevoir encore plus de lui, « grâce sur grâce », les dons de ce même Esprit. Telle est la voie du salut de l’homme : par l’Esprit, le Père vient le chercher dans le monde pour le conduire au Fils et le couronner alors, par le même Esprit, dans la dignité de Fils. L’Esprit le conduit à la foi, et le charisme de la foi le conduit au Christ pour recevoir de lui, le Fils, la surabondance de l’Esprit, car le Christ est le grand Donateur de l’Esprit du Père. C’est pourquoi Il dit aujourd’hui : qui me confessera devant les hommes par le saint Esprit, Je témoignerai de lui devant le Père et le Père lui donnera la plénitude de ma joie, c’est-à-dire la totalité, la catholicité du saint Esprit. Il dit encore : celui qui, par le saint Esprit, prend sa croix et me préfère à tous et à tout recevra de moi tous les dons du saint Esprit. Les saints de tous les temps et de tous les lieux, du Nord, du Sud, de l’Orient et de l’Occident, venus adorer l’Agneau à Jérusalem pour la Pâque du Dieu Homme et la fulgurante Descente de l’Esprit, sont premièrement sanctifiés par la foi en Jésus Christ. Par la foi ils ont été justifiés c’est-à-dire assimilés par le saint Esprit au seul Juste, le Messie et Fils unique engendré du Père. Voici le message de Jésus Christ : celui qui croit en moi recevra de moi l’Esprit du Père, et l’Esprit fera en lui sa demeure par l’investissement de ses dons, et Il fera de lui son temple. Bien plus, par le saint Esprit, « Nous », c’est-à-dire le Père et le Fils, viendrons et ferons notre demeure en lui. Les saints sont ceux qui croient en Jésus, qui lui ont été agréables par la foi qu’ils mirent en lui ; ceux qui ont fait la joie du Père Source unique de l’Esprit sanctificateur, car la joie du Père est que son Fils soit cru et glorifie : Il n’a accepté de le voir humilié que parce que cette humiliation par amour était la gloire du Fils. Ainsi, tu acquiers l’Esprit déifiant en croyant dans le Fils parce que, en croyant au Fils, tu honores le Père et tu rejoins en lui la source de l’Esprit. Comment acquérir l’Esprit déifiant ? Crois le Fils sur parole ; glorifie constamment en lui la volonté du Père. Gloire à ta sainte Résurrection, ô Christ, gloire à toi ! Gloire à toi, Seigneur Jésus Christ, gloire à toi !

CHRONIQUE de Victor Loupan

Les conflits dans la chrétienté

En politique, nous vivons un temps de conflits qui couvre désormais toute la planète. L’histoire du christianisme n’est pas univoque, face à la guerre. Pendant des siècles, les hiérarques chrétiens ont béni les troupes qui partaient au combat. Certains allaient jusqu’à dire que Dieu était de leur côté, et le démon du côté de l’ennemi. Evidemment, les évêques du pays d’en face disaient la même chose, mais dans l’autre sens. Je parle, naturellement, des guerres entre pays chrétiens.

Nous savons aujourd’hui que le terme de « pays chrétien » ne veut pas dire grand-chose. Le christianisme a depuis le début été en proie aux hérésies et aux pulsions schismatiques. Cette tendance lourde a trouvé son dénouement historique au XI siècle, quand est survenu le grand schisme, autrement dit la séparation entre l’Eglise d’Orient et celle d’Occident, entre catholiques et orthodoxes. Les choses sont restées en l’état jusqu’au XVI siècle, quand un nouveau schisme a secoué l’Eglise catholique seule, appelé tantôt « Réforme » et tantôt « révolution protestante ». Ce séisme a déclenché une série de guerres de religion de diverses importances, dont la plus sanglante fut celle dite de Trente ans.

Tombée peu ou prou sous la domination d’un Islam guerrier et conquérant, l’orthodoxie s’est, pendant ce temps-là, refermée sur elle-même. En Russie, le joug tatar a duré pendant plus de deux siècles et il a fallu attendre la Grande Catherine et la chute du Khan de Crimée, pour que la victoire soit totale. Dans les Balkans, qui regroupent la plupart des pays orthodoxes d’Europe, le joug ottoman a duré cinq cents ans, et il a fallu attendre le XIX siècle pour s’en libérer. Les Eglise orthodoxes d’Europe ne sont pas restées libres bien longtemps, puisque la plupart d’entre elles sont tombées sous le joug communiste. Ce fut une période de martyre, dont elles sont sorties il y a trente ans à peine.

Une étonnante renaissance chrétienne s’est manifestée dans tous les pays sortis du communisme. Et on aurait pu penser qu’un rayonnement de l’orthodoxie allait s’ensuivre. Or, force nous est de constater, que les divisions entre orthodoxes se font aujourd’hui de plus en plus fortes.

La semaine dernière, nous avons évoqué, à ce même micro l’initiative panorthodoxe du vénérable patriarcat d’Antioche, qui vise de facto à la marginalisation, voire à l’exclusion du patriarcat de Constantinople. Ce qui serait, naturellement, terrible. Je dirais même, incroyable. Il y a peu, nul n’aurait pu imaginer même une telle initiative. Le site français de référence, orthodoxie.com, évoque abondamment cette affaire.

Les tentions entre différents patriarcats ont toujours existé, mais de manière périphérique. Cette fois, hélas, il s’agit de divergences fondamentales.

Les tensions globales actuelles au sein de l’orthodoxie sont parties d’une tendance schismatique en Ukraine, tendance assez ancienne et gérée, si je puis dire, localement. Jusqu’à l’année dernière, quand le patriarcat de Constantinople a reconnu l’Eglise schismatique ukrainienne, qui continue à être considérée comme schismatique par l’ensemble de l’orthodoxie. Et, pour couronner le tout, un mouvement schismatique vient de se déclarer dans l’Eglise ukrainienne reconnue par Constantinople.

Tout cela est trop complexe, pour être explicité en quelques mots. Mais une chose est sûre : l’orthodoxie mondiale traverse une crise interne sans précédent.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Le patriarche et le stylite hérétique (1/2)

Jean Moschos a rapporté plusieurs faits, hauts en couleur, sur le patriarche d’Antioche, Ephrem, qui manifestait beaucoup de zèle pour la foi orthodoxe. Ecoutez bien :

« Un jour, le bienheureux Ephrem apprend qu’un stylite fait partie des disciples de Sévère. [Ces monophysites ne reconnaissaient pas la double nature du Christ. Ils représentaient l’hérésie la plus répandue à l’époque et refusaient absolument de communier avec les chrétiens orthodoxes.] Ephrem va trouver le stylite, avec l’intention de le convertir. Arrivé près de la colonne, il lui explique longuement ce qui l’attend s’il poursuit dans son hérésie. Enfin il l’exhorte à se réfugier auprès du trône apostolique et de communier dans l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique. En guise de réponse, le stylite lui dit : « Moi, je ne communierai pas à la légère avec le synode. » [Il parlait du concile de Calcédoine qui venait d’avoir lieu et qui avait défini les deux natures du Christ, vrai Dieu et vrai homme.] Ephrem ne lâche pas le morceau et lui demande :  »Que puis-je faire pour te porter secours, en te montrant que, par la grâce de Jésus Christ notre Seigneur Dieu, la sainte Eglise est pure de toute tache de la doctrine hérétique ? » Le stylite lui répond :  »Allumons un feu, seigneur patriarche, et entrons-y tous les deux. Si l’un en sort indemne, c’est lui l’orthodoxe et c’est lui que nous devons suivre. » Il dit ça pour effrayer le patriarche. Mais Ephrem ne se laisse pas intimider et lui rétorque :  »Mon enfant, tu devrais m’écouter comme un père, et toi, tu réclames une épreuve qui dépasse mes misérables forces. Mais je fais confiance à la compassion du Fils de Dieu. Et pour le salut de ton âme, je l’accepte. » Le patriarche se tourne alors vers l’assistance et dit :  »Béni soit le Seigneur ! Apportez ici du bois. » On apporte du bois. Le patriarche y met le feu devant la colonne et dit au stylite :  »Descends, et entrons tous deux dans le feu, selon ta décision. » Le stylite est stupéfait de voir la confiance en Dieu manifestée par le patriarche. Et comme il refuse de descendre de sa colonne, Ephrem lui dit :  »N’est-ce pas toi qui as proposé cette épreuve ? »

Nous verrons, la fois prochaine, la conclusion de cet étrange tournoi de Dieu.

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