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19 janvier 2020 : Théophanie de la Trinité – Evangile de la guérison des dix lépreux – La jeune fille soulevée par les anges (1/3)

Victor

CHANTS

« Noëls de Russie et de France » par le choeur du séminaire orthodoxe russe d’Epinay-sous-Sénart, sous la direction de Serge Volkov – Editions Sainte Geneviève – 2014.

INTRODUCTION  de Victor Loupan

Théophanie de la Trinité

Aujourd’hui, dimanche 19 janvier, les orthodoxes qui ont conservé le calendrier julien fêtent la Théophanie de la Sainte Trinité, autrement dit le Baptême du Christ. C’est l’occasion de grandes réjouissances populaires. Notamment en Russie, près des lacs et des cours d’eau pris par la glace. On y creuse un trou, appelé « Jourdain ». Et les plus courageux y plongent par trois fois, en se signant à chaque immersion. Les fidèles boivent l’eau bénite et en aspergent leur maison. Cette première manifestation de la Sainte Trinité est primordiale dans la foi chrétienne, comme le rappelle St Chromace d’Aquilée qui vécut au IV siècle. Ecoutez bien : « Quel grand mystère dans ce baptême de notre Seigneur et Sauveur ! Le Père se fait entendre du haut du ciel, le Fils est vu sur la terre, l’Esprit Saint se montre sous la forme d’une colombe. Car il n’y a pas de vrai baptême, ni de vraie rémission des péchés, là où il n’y a pas la vérité de la Trinité… Le baptême que donne l’Eglise est unique et véritable ; il n’est donné qu’une fois et, en y étant plongé une seule fois, on est purifié et renouvelé. Purifié, parce qu’on a déposé la souillure des péchés ; renouvelé, parce qu’on ressuscite pour une vie nouvelle après avoir dépouillé la vieillerie du péché. Notre Seigneur a voulu être baptisé le premier, non pour dépouiller le péché, puisqu’il n’en avait pas commis, mais pour sanctifier les eaux afin de détruire les péchés de tous les croyants qui renaissent par le baptême. »

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

La guérison des dix lépreux (Luc 17, 12-19)

En ce temps-là, comme Jésus entrait dans un village, dix hommes lépreux vinrent à sa rencontre. Se tenant à distance, ils élevèrent la voix, et dirent : « Jésus, Maître, fais-nous miséricorde! » Jésus les vit et leur dit : « Allez, vous montrer aux prêtres ». Et il advint, pendant qu’ils y allaient, qu’ils furent purifiés. L’un d’entre eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix. Il se jeta aux pieds de Jésus, le visage contre terre, et lui rendit grâce. Cet homme était Samaritain. Répondant, Jésus dit alors : « Les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger ? »  Et Jésus lui dit : « Lève-toi ! Va ! Ta foi t’a sauvé ».

*          *          *

Homélie : L’évangile que nous avons entendu aujourd’hui nous montre bien la réalité du Salut. Bien entendu, c’est une histoire vraie, et nous saluons toujours l’historicité du saint Évangile. Mais son historicité est plus profonde que celle de la chronologie : il s’agit de l’histoire intérieure de l’humanité, l’histoire de son Salut. Les événements extérieurs sont réels et vérifiables. Mais, dans le creux de cette réalité visible, il existe l’action du Créateur qui veut sauver tous les hommes de la mort éternelle et du péché. En profondeur, le Créateur n’est pas seulement « entré dans un village » : Il est entré dans sa Création en se faisant chair et se faisant homme. Il est venu dans son propre peuple, et, par lui, dans l’humanité entière, et Il s’est laissé rencontrer par les hommes les plus déchus, les plus rejetés, les plus évités d’entre les hommes. Sait-on ce qu’est la lèpre, dans certains pays encore de nos jours ? Allons-nous sur Internet pour savoir ce que c’est que cette horreur ? Et savons-nous combien elle écarte les malades des autres hommes, comment elle les met au ban de la société ? Il fut un temps où les lépreux, dans certains pays, avaient l’obligation d’agiter une clochette pour annoncer leur venue et inviter les autres hommes à les fuir. La lèpre est la métaphore du péché. Elle est une maladie de l’âme qui rend insensible au bien et au mal, comme la maladie corporelle atteint les prolongements nerveux qui devraient signaler une brûlure ou une écorchure. Et l’insensibilité fait que l’organisme ne réagit pas pour se défendre ; et les lésions de l’âme comme celles du corps entraînent la décomposition. Par la lèpre de l’âme ou du corps tu pourris sur place. Tu te décomposes. Tes éléments se dissocient l’un de l’autre. Tu perds le bout de ton nez ou un doigt. Ton âme perd la faculté d’aimer, de communiquer, ou l’intelligence des réalités divines… Et la lèpre du corps comme celle de l’âme te sépare d’autrui ; elle te désocialise ; le péché te désecclésialise – humanité en miettes, repoussoir pour les autres hommes. « Mes proches se sont éloignés de moi », dit le psalmiste (Ps. 30 et 37). Le péché est répulsif. Il ravage une communauté de l’intérieur. Et les lépreux sont parqués dans des lieux que personne ne veut fréquenter, métaphore de l’enfer où nul ne saurait aller pour chercher les autres. Seul le Christ, le Sauveur, l’Ami des hommes, le Créateur du ciel et de la terre et de tous les êtres visibles et invisibles, Celui qui, avec le Père et l’Esprit, modela l’homme à son image et pour sa ressemblance, se laisse approcher du lépreux répugnant. « Dix hommes lépreux vinrent à sa rencontre » – dix, c’est beaucoup quand il s’agit d’une peste aussi redoutable ! Quel rabbin, quel maître en Israël se laissa-t-il jamais approcher par une foule de lépreux ? Et, non seulement Il se laisse approcher d’eux, mais c’est Lui qui, à Pâque, descendra dans l’enfer des êtres corrompus d’âme et de corps pour les purifier là où ils sont. Quand Il dit à ceux-ci « allez-vous montrer aux prêtres », ce n’est pas pour les éloigner de lui-même et contaminer les autres ! C’est par respect pour la Loi. Lui, Il les guérit par son amour, sans rien leur dire, par surprise. Mais Il veut que les serviteurs du Temple et de la Loi sanctionnent son œuvre de Salut. Ces événements sont rapportés pour notre conversion. Peut-être ne nous voyons-nous pas si mauvais, si corrompus, détritus humains que nous a rendus le péché. Regardons pourtant en nous-mêmes ; regardons nos liens avec la communauté des baptisés et la communauté des hommes tout court. N’avons-nous pas besoin que le Sauveur réunisse les débris de notre âme et nous réunisse à la communauté des saints, des Pères, des Prophètes et des justes de tous les temps ? Nous aussi, sans honte, sans fausse pudeur, allons, comme ces lépreux, à sa rencontre par la pénitence et crions-lui : « Jésus, Maître, miséricorde ! » Sans même nous en rendre compte, une grande pureté naîtra dans la vie de notre âme et de notre corps.

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

La jeune fille soulevée par les anges (1/3)

Abba Théonas et abba Théodore ont raconté à Jean Moschos la vie d’une jeune fille très touchante. Ecoutez bien :

« Au temps du patriarche Paul, à Alexandrie, une jeune fille s’était retrouvée seule à la mort de ses parents qui étaient extrêmement riches. Elle n’avait pas encore reçu le baptême. La maison de ses parents avait en grand jardin, en pleine ville. Un jour, elle va dans son jardin et y voit un homme qui s’apprête à se pendre ! Elle court vers lui et lui dit :

  • Que faites-vous, messire ?
  • Laisse-moi, femme, je suis profondément affligé, répond-il.
  • Dis-moi la vérité, reprend la jeune fille, je pourrai peut-être t’aider.
  • Je suis couvert de dettes, dit l’homme.Et je suis accablé par mes créanciers. J’ai décidé de mourir vite pour ne plus mener une vie si cruelle.
  • Je t’en prie, reprend la jeune fille, voici tout ce que je possède : prends-le et rembourse tes dettes. Mais ne mets pas fin à tes jours !

L’homme prend la fortune de la jeune fille et règle ses dettes.

Désormais elle se trouve dans la gêne. Elle n’a personne pour s’occuper d’elle, car elle est orpheline. La voici réduite à une grande misère et elle commence à se prostituer. Ceux qui savent quelle avait été la fortune de ses parents se disent : ‘‘Qui connaît les jugements de Dieu ? Comment savoir pour quelle raison Il laisse une âme chuter ainsi ?’’

Quelque temps après, elle tombe malade et fait son examen de conscience. Bourrelée de remords, elle dit à ses voisins : ‘‘Pour l’amour du Seigneur, ayez pitié de mon âme, et allez demander au patriarche qu’il fasse de moi une chrétienne !’’ Mais tous la regardaient avec mépris et se disaient : ‘‘Va-t-il vraiment recevoir cette femme, une prostituée ?’’ La pauvre en est profondément affligée. Et voici qu’au fond de son désespoir lui apparaît un ange du Seigneur sous les traits de l’homme dont elle avait eu pitié et auquel elle avait donné sa fortune.

  • Qu’as-tu ? lui demande-t-il.
  • Je veux devenir chrétienne, répond-elle. Mais personne n’accepte d’intercéder pour moi.
  • Le désires-tu vraiment ? lui demande l’ange.
  • Oui, de tout mon cœur ! lui dit-elle. Je t’en prie, aide-moi ! »

Nous verrons la fois prochaine ce qu’il advint de cette touchante jeune fille.

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