Lumière de l'Orthodoxie

Podcasts

14 janvier 2018 : La chair, vêtement d’humilité – Evangile des dix lépreux – Les migrants entre Vérité et Charité – La moniale et le diable (1/2)

20161102_124322

CHANTS

« Splendeurs du Chant Orthodoxe – Mariage et Nouvel An » par le Choeur de Chambre Bulgare  – BMG Classics – 1993

INTRODUCTION de Victor Loupan

La chair, vêtement d’humilité

En prenant notre chair, le Christ en a fait un trésor. Avec Lui, il est impossible de considérer notre corps, comme un esclave corvéable à merci. Ou comme une hétaïre sommée de nous gorger de plaisirs divers et variés. Ou encore comme un objet à détruire, lorsqu’il devient inutile. Le Seigneur est venu nous rappeler que Dieu nous a créés à Son image. Ce que nous avons tendance à oublier. On se demande bien pourquoi d’ailleurs… car, enfin, être créé à l’image de Dieu, c’est plutôt flatteur ! Ca devrait plaire aux chantres de l’estime de soi ! Et pourtant ce n’est pas le cas. Qu’est-ce donc qui les rebute ainsi ?

St Isaac le Syrien nous en donne la clef : « Le Christ s’est revêtu de notre chair, comme d’un vêtement. Quiconque revêt ce vêtement, revêt le Christ », dit St Isaac.  C’est ce que saint Paul a dit : « Vous tous, en effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. » Mais quelle en est la conséquence ? Le Christ en prenant notre chair s’est abaissé. Or, Il est notre exemple, par excellence. « Celui qui revêt le Christ, poursuit St Isaac, désire porter, en lui-même, l’humilité avec laquelle le Seigneur s’est révélé. C’est pourquoi la Création, quand elle voit un homme revêtu de cette ressemblance, révère en lui son Maître. En effet, quelle créature ne se laisse pas attendrir à la vue de l’humilité véritable ? » [fin de citation] Voilà ce qui repousse notre nature pécheresse, car l’humilité passe par l’oubli de soi pour laisser toute la place au Seigneur.

EVANGILE ET HOMELIE par le Père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Les dix lépreux (Luc 17, 12-19)

En ce temps-là, comme Jésus entrait dans un village, dix hommes lépreux vinrent à sa rencontre. Se tenant à distance, ils élevèrent la voix, et dirent : « Jésus, Maître, fais-nous miséricorde! » Jésus les vit et leur dit : « Allez, vous montrer aux prêtres ». Et il advint, pendant qu’ils y allaient, qu’ils furent purifiés. L’un d’entre eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas en glorifiant Dieu à haute voix. Il se jeta aux pieds de Jésus, le visage contre terre, et lui rendit grâce. Cet homme était Samaritain. Répondant, Jésus dit alors : « Les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger ? »  Et Jésus lui dit : « Lève-toi ! Va ! Ta foi t’a sauvé ».

**         *          *

Homélie : Le saint Évangile,  en ce jour, atteste que la venue du Fils unique engendré et Verbe de Dieu dans son monde, dans sa création, a un effet purificateur. Quand Il se fit homme par l’énergie féconde de l’Esprit et le consentement de la Vierge, Il purifia simultanément en celle-ci toute la nature humaine du péché ancestral et de ses conséquences : la souffrance et la mort. Il purifia toute sa lignée, comme le montrent les deux généalogies évangéliques. En s’immergeant volontairement dans les eaux du Jourdain, Il purifia la Création entière, le cours entier du temps qu’Il remonta jusqu’à l’heure sainte du Paradis, jusqu’à l’Éden où Adam, s’étant assis, versait des larmes de désespoir. Il purifia toute la Tradition humaine, dont le Fleuve est l’image, les déviations et les impuretés de son peuple et de tous les peuples. Le saint Précurseur, en le voyant venir être baptisé, criait : « Voici l’Agneau de Dieu ! Il vient assumer le péché du monde ! » Il pouvait crier également : « Voici le Fils unique engendré ! Il vient purifier tous les péchés et toute souillure de ce monde déchu ». Puis, sous la motion de l’Esprit qui repose de façon atemporelle sur lui, le Verbe pénétra dans le désert et dans son feu, et Il les purifia comme Il avait, des démons et de toute inspiration maligne, purifié le grand fleuve. Il purifia la Ville, par sa seule traversée, ainsi que son Temple par sa venue. Il purifia la Galilée, la Judée, la Samarie, toute la sainte géographie du Salut. Il purifiait la vie, le quotidien de ses frères juifs comme des Samaritains ; Il purifia la Cananéenne. Il purifia la douleur et la souffrance en choisissant la Croix ; Il purifia la mort, en y pénétrant pour s’y immerger ; et Il purifia les enfers, royaume des morts de tous les temps et de tous les lieux ; Il purifia les hiérarchies célestes en les traversant pour remonter auprès du Père qu’Il n’avait pas quitté. Il envoya enfin, pour couronner son œuvre purificatrice, l’Esprit en personne, l’Esprit hypostatique, pour purifier les hommes de l’ignorance de Dieu et instaurer son royaume qui n’est pas de ce monde. Aussi, aujourd’hui, le lépreux samaritain, purifié de tout mal, revient sur ses pas, glorifie Dieu à haute voix, se jette à ses pieds, face contre terre, et le remercie. L’œuvre purificatrice du Seigneur se manifeste également en nous quand sa parole pénètre dans notre esprit et dans notre cœur et y opère un baptême intime : le Sauveur s’immerge ainsi en nous pour nous laver de l’intérieur. Il s’immerge surtout en nous par son Corps très pur et son Sang précieux. Par sa chair déifiée, non seulement Il nous purifie, mais encore Il nous sanctifie et nous déifie ; Il nous rend semblables à lui-même. Nous voyons bien que ce bon Samaritain, ci-devant lépreux, n’a pas été seulement purifié. Il a été sanctifié et déifié par la grâce du saint Esprit. La preuve ? – mais : tout son comportement ! « Nous sommes de la race de Dieu ! » (Actes 17, 29). Quel est le signe de la déification ? Mais : la glorification ! La reconnaissance ! Car seuls des dieux peuvent reconnaître Dieu : il faut être rendu consubstantiel à Dieu pour le voir et le connaître. Par l’Esprit qui, non seulement purifie, mais sanctifie, l’homme reçoit le charisme de la connaissance du Fils de Dieu et, par Lui, la connaissance parfaite de la vérité : la connaissance du Père céleste. La santé, la guérison, la vie elle-même, à plus forte raison le confort et la richesse et tous les biens de ce monde – et Dieu sait s’ils sont réels et nombreux ! – n’ont pas d’intérêt par eux-mêmes. Tous nous sont accordés comme sacrement de la présence du Seigneur parmi nous ; nous les recevons pour les offrir à notre tour à celui qui nous les donne, lui présenter l’action de grâce qui lui revient ; pour éprouver dans notre conscience l’illumination de la connaissance de lui, et ressentir l’extraordinaire similitude à lui, nous sentir ses fils et ses frères, dieux par participation à sa divinité. Le Fils de l’homme vient ainsi dans son monde pour y manifester l’amour purificateur et déifiant qui est celui du Père.

CHRONIQUE  de Victor Loupan

Les migrants entre Vérité et Charité 

Sur Radio Notre Dame, nous avons souvent parlé de la crise des migrants. Moi-même, je l’ai fait plus d’une fois, notamment dans le Grand débat du vendredi matin. Toujours ou presque, je l’ai fait d’un point de vue objectif, mettant en avant le caractère dérangeant du trafic d’êtres humains qui, aujourd’hui, rapporte au crime organisé plus d’argent encore que le trafic de drogue. Chacun de ces centaines de milliers de migrants qui s’entassent sur des embarcations de fortune et qui périssent par milliers noyés dans les eaux profondes de la Méditerranée, chacune de ces personnes rapporte en moyenne entre dix et quinze mille euros aux passeurs. Tout cela est vrai.

Mais il y a quelques jours, j’étais chez des amis à Bruxelles, de vieux amis que je n’avais pas vus depuis longtemps. Nous étions en train de prendre un café quand j’ai vu entrer dans la cuisine deux jeunes noirs. Je découvris alors que ces amis hébergeaient chez eux des migrants qui, sans cela, auraient dormi dans la rue. Les deux hommes étaient Soudanais. Ils ne voulaient pas rester en Belgique. Le but de leur voyage, c’était l’Angleterre. L’un des deux avait fait des études supérieures et parlait l’anglais. L’autre, celui qui ne parlait que l’arabe, avait passé deux ans et demi en Libye, en esclavage. Les sévices endurés pendant ces deux années et demie avaient laissé des séquelles sérieuses. L’homme avait besoin de soins d’urgence. Mais pour les obtenir, il devait faire une demande d’asile. Et s’il faisait cette demande d’asile, il était renvoyé à son point d’entrée dans l’Union européenne, autrement dit dans le sud de l’Italie.

Chaque soir, ces deux jeunes Soudanais font leurs adieux à nos amis. Ils se rendent dans une gare routière d’où les cars low-cost partent vers la Grande-Bretagne. Là, ils se glissent dans les soutes à bagages, mais arrivés à la frontière, se font débusquer par des chiens dressés à cet effet. Le lendemain matin, ils reviennent donc bredouille, piteux, mouillés, souvent sans chaussures, pour recommencer le soir d’après. Quand la police belge les arrête, elle les garde un peu, parfois 24 heures, puis les relâche avec l’ordre de quitter le territoire. Qu’ils ne quittent évidemment pas.

La rencontre de ces hommes a troublé mes certitudes.

Chaque chrétien sait que la vérité sans la charité durcit et la vérité sans la charité pourrit. Dénoncer le crime organisé en parlant des migrants c’est dire la vérité sans la charité. Les aider à entrer sur le territoire de l’Union européenne c’est être complice des trafiquants et faire donc la charité sans la vérité.

Mais ce que j’ai vu chez mes amis belges m’a fait comprendre que l’impuissance de nos Etats à faire respecter la loi, nous met nous autres chrétiens dans un terrible embarras. Car soit on renvoie ces gens chez eux et on fait respecter la loi, soit on change les lois. Mais on ne traite pas les hommes comme une quantité négligeable, tout en se voilant la face.

Mes amis belges ne sont pas chrétiens. Ils ne vont pas à la messe, ne se confessent pas, ne communient pas, ne respectent pas les jeûnes et les carêmes. Toutes choses que je fais. Et pourtant, j’ai eu le net sentiment qu’ils étaient plus chrétiens que moi. Voilà ce que je voulais vous dire aujourd’hui.

SAGESSE DES PERES

La moniale et le diable (1/2)

Jean Moschos a rendu visite à l’anachorète Jean dit le Roux, qui lui a rapporté les démêlés d’une moniale avec le diable. Ecoutez bien :

« Il y avait à Jérusalem une moniale très pieuse qui progressait sous le regard de Dieu. Le diable en était très jaloux. Et voilà qu’il jette son dévolu sur un jeune-homme et lui inspire une passion satanique pour la jeune-fille. Mais cette vierge admirable devine le complot du démon. Pour sauver le jeune homme, elle met quelques légumes dans un panier et se retire dans le désert. Cette retraite apaise le trouble du jeune-homme qui n’est plus soumis à la tentation, et procure à la moniale la sécurité du désert.

Le temps passe et personne ne sait ce qui est advenu de cette moniale. Mais la providence de Dieu voulut faire connaître cette conduite vertueuse. Voici comment. Un jour, dix-sept ans après la tentation du démon, un anachorète rencontre la moniale dans le désert du saint Jourdain : ‘‘Amma, lui demande-t-il, que fais-tu dans ce désert ?’’ [Amma, chers auditeurs, c’est est le féminin d’abba] Voulant détourner la curiosité de l’anachorète, elle lui répond : ‘‘Pardonne-moi, j’ai perdu mon chemin. Je t’en prie, Père, au nom du Seigneur, indique-moi la route.’’ Mais l’anachorète, inspiré par l’Esprit-Saint, lui dit : ‘‘Amma, tu ne t’es pas perdue en chemin et tu ne cherches pas ta route. Puisque tu sais que le mensonge vient du diable, comme nous l’a dit l’apôtre saint Jean, dis-moi la vraie raison qui t’a fait venir ici.’’

Nous verrons, la prochaine fois, ce que la moniale ermite a répondu à l’anachorète du désert.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *