Lumière de l'Orthodoxie

Podcasts

11 février 2018 : La punition divine – Evangile du Jugement Dernier – Plaisir et bonheur – Les trois aveugles (2/2)

20161102_124322

CHANTS

« Musique de l’Eglise orthodoxe d’Ethiopie » par le groupe vocal Rama – Fonti Musicali 2000

INTRODUCTION de Victor Loupan

La punition divine

Je voudrais creuser l’idée de « punition divine » que nous avons abordée la semaine dernière. Beaucoup de chrétiens pensent aujourd’hui que, pour croire que Dieu est Amour, il faut rejeter toute idée de punition divine, voire même l’existence de l’enfer. C’est une hérésie récurrente. Souvenez-vous de Baudelaire qui disait que la plus belle ruse du Diable est de nous faire croire qu’il n’existe pas.  Ceux qui refusent de croire à Satan et à l’enfer se contentent de lire des passages choisis de l’Evangile. Notre Seigneur y parle pourtant à plusieurs reprises de l’enfer et de la damnation qui attend ceux qui pèchent contre l’Esprit. Il répond même aux démons qui l’interpellent. En fait, ceux qui ont une vision édulcorée du Christ refusent la tragédie de la vie. Car même la vie la plus confortable, la plus entourée d’affection humaine, et qui se clôture par une mort d’apparence paisible (ce qui est notre idéal à tous), même cette vie-là est une tragédie. Car toute mort est une tragédie. C’est le sceau de notre rébellion imprimé au cœur de notre chair. L’amour de Dieu ne supprime pas ce sceau, il le partage avec nous.

Comme le dit St Isaac le Syrien de façon saisissante : « En Dieu, tout est amour : aussi bien le paradis des sauvés que la damnation des damnés. Dieu ne serait pas entier, s’Il n’aimait pas ainsi. La damnation vient du refus de l’amour de Dieu. Le feu du Saint-Esprit embrasse d’une affection divine toutes les créatures, même les ennemis de la Vérité, et jusqu’au diable lui-même. »

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Évangile du Triode : le Jugement dernier (Matthieu 25, 31-46)

En ce temps-là Jésus dit : « Lorsque le Fils de l’Homme viendra dans sa gloire, et avec lui tous les anges, alors Il siégerasur le trône de sa gloire. Et seront rassemblées devant lui toutes les nations, et Il mettra à part les uns des autres, comme le pasteur met à part les agneaux et les chevreaux ; et Il placera les agneaux à sa droite et les chevreaux à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le royaume qui vous a été préparé depuis la fondation du monde. Car J’ai eu faim et vous m’avez nourri ; J’ai eu soif et vous m’avez désaltéré ; J’étais étranger et vous m’avez recueilli ; nu et vous m’avez vêtu ; J’étais malade et vous m’avez rendu visite ; J’étais en prison et vous êtes venus me voir.’ Alors les justes lui répondront et lui diront : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim et t’avons-nous nourri ou avoir soif et t’avons-nous désaltéré ? Quand t’avons-nous vu étranger et recueilli, ou nu et t’avons-nous vêtu ? Quand t’avons-nous vu malade ou en prison et sommes-nous venus te voir ?’ Le roi leur dira en réponse : ‘Amen, Je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un des plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’ Alors Il dira à ceux qui sont à gauche : ‘Allez loin de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car J’ai eu faim et vous ne m’avez pas nourri ; J’ai eu soif et vous ne m’avez pas désaltéré ; J’étais étranger et vous ne m’avez pas recueilli ; nu et vous ne m’avez pas vêtu ; malade et en prison et vous ne m’avez pas rendu visite.’ Et eux aussi répondront : ‘Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim ou soif, être étranger, ou nu, ou malade, ou en prison et ne t’avons-nous pas assisté ?’ Alors Il leur dira en réponse : ‘Amen, Je vous le dis, dans la mesure où vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.’ Et ils s’en iront, eux vers le châtiment éternel, mais les justes vers la vie éternelle. »

*          *          *

Homélie : Le saint Évangile est tout de même très paradoxal ! Dimanche dernier, on nous dit que Dieu ne juge pas et qu’Il n’est qu’amour. Aujourd’hui, Dieu apparaît sur un trône redoutable, et Il prononce la sentence : ce que vous avez fait au plus petit c’est à moi que vous l’avez fait. Ceci vaut condamnation, et l’exécution suit : châtiment éternel pour les uns ; vie éternelle pour les autres. Qui peut se soustraire à cette condamnation ? Qui se justifiera devant Dieu ? Regardons notre vie : nous n’avons cessé de nous faire souffrir mutuellement ; donc nous avons passé notre vie à tourmenter notre dieu présent en tout homme. La perspective du jugement dernier est accablante. Comment sortir du paradoxe, de l’apparente contradiction d’un dieu paternel et aimant et d’un dieu siégeant au tribunal de sa justice éternelle ? Est-ce le même dieu ? Ou bien y aurait-il plusieurs dieux, un bon, un sévère, un indifférent, un cruel… La tradition biblique et le saint Carême ont un autre message : celui de l’antinomie divine. La Divinité est à la fois juste et miséricordieuse. Il est juste que les iniques soient condamnés. Qui osera accuser Dieu d’injustice ? Et si l’homme a l’impudence de mettre son dieu en accusation, de le condamner et de l’exécuter, il se trouve devant la Croix, où il a suspendu le Dieu dont il a fait le procès. Mais, en contemplant la Croix, regardant celui qu’il a fait crucifier pour injustice, il contemple le Miséricordieux qui intercède pour ses bourreaux ! La justice et la miséricorde sont les deux faces de la sagesse. Avec le bon larron, disons : « pour nous c’est justice ! », et mettons tout notre espoir dans la miséricorde divine qui nous épargnera le châtiment mérité. Le Seigneur, qui devrait pourtant nous traiter selon nos péchés, nous traitera au contraire selon la grandeur de son cœur paternel. Sollicitons toujours cette miséricorde, sachant qu’il devrait nous être fait justice. Des condamnés supplient leur juste juge de leur faire grâce : « Seigneur, miséricorde ! », « Kyrie eleison ! », crie, à la porte de l’enfer, celui qui espère de tout son cœur que le Seigneur le graciera. « Grâce ! Grâce ! Grâce ! », crient ceux à qui leurs péchés promettent une peine éternelle, et qui reconnaissent la justice de Dieu. Se souvenant de l’image paternelle de l’amour, le Débauché, qui n’avait que ce qu’il méritait, eut la confiance de se retourner et de revenir. Il acceptait la justice d’une éventuelle sentence : je ne suis plus digne d’être ton fils ; traite-moi comme un esclave, dit-il. Celui qui accepte la justice des jugements divins s’ouvre à la miséricorde gratuite. Celui qui se sait condamné sans retour s’émerveillera devant la gratuité de l’amour du Père. Si Dieu est juste, Il ne peut être que miséricordieux.

CHRONIQUE de Victor Loupan

 Plaisir et bonheur 

Le grand neuroendocrinologue américain Robert Lustig vient de publier un livre dont la thèse centrale est que le plaisir est l’ennemi du bonheur.

Oui, le plaisir est l’ennemi du bonheur. C’est désormais scientifique. L’explication biochimique est la suivante : la quête du plaisir est fondée sur la dopamine, ennemie du bonheur qui est, lui, fondé sur la sérotonine. Je vous mentirais, Louis, si je vous disais que j’y comprends quoi que ce soit. Ce qui m’a intéressé surtout dans ce livre révolutionnaire, c’est le coup qu’il porte à l’idéologie hédoniste. Mais, comme chacun a sa vision du bonheur, le consumérisme moderne a fait du plaisir le véhicule du bonheur. Or, grâce au professeur Lustig, nous savons désormais que cela est totalement faux.

Pourtant, pour de nombreuses personnes, le plaisir est un préalable au bonheur. Oui, mais c’est faux. La démonstration du professeur Lustig est très convaincante sur ce plan. Voilà ce qu’il dit en substance : « Le plaisir est de courte durée, le bonheur de longue durée ; le plaisir est viscéral, le bonheur est spirituel ; le plaisir s’obtient en prenant, le bonheur a plutôt à voir avec le fait de donner ; le plaisir peut s’obtenir seul, le bonheur est généralement ­atteint au sein d’un groupe social ; le plaisir peut venir des drogues, pas le bonheur. Le plaisir peut conduire à l’addiction – l’alcool, la cocaïne, la nicotine, les réseaux ­sociaux, les jeux vidéo, le shopping, la pornographie… L’addiction et le plaisir sont intimement liés. Or, il n’existe pas d’addiction au bonheur.

Enfin, le plaisir et le bonheur sont localisés dans deux sites distincts du cerveau. Ils mobilisent deux modes d’action différents, deux types de récepteurs différents… » Je trouve tout cela très passionnant. Passionnant, peut-être. Mais la science ne sort-elle pas de son domaine en s’attaquant aux tréfonds de l’âme humaine ? Il faut savoir que Robert Lustig est devenu mondialement connu pour ses travaux sur le sucre. Travaux révolutionnaires qui ont démontré qu’il y avait plus de liens entre les régimes alimentaires et la santé mentale qu’entre les régimes alimentaires et la santé physique. Puis, en travaillant avec des héroïnomanes en rémission, il s’est rendu compte que ces personnes confondaient systématiquement plaisir et bonheur. C’est cela qui lui a donné l’idée d’écrire le livre dont nous parlons aujourd’hui.

Est-ce à dire que le plaisir est une drogue ? Le plaisir est une drogue, au sens où il nous prive de notre liberté. Le sexe, la drogue, la cigarette, le shopping, les réseaux sociaux, notre cerveau interprète toutes ces addictions de la même manière, comme une « récompense ». C’est cela qu’il faut comprendre. Car la récompense est l’un des moteurs principaux de l’activité humaine. Robert Lustig dit clairement que nos cerveaux ont été piratés, pour induire toujours plus de consommation, en organisant précisément la confusion entre plaisir et bonheur. Le mot « happy », qui vient de « happiness », bonheur en anglais, est systématiquement utilisé dans les publicités des grandes enseignent de fastfood, de soda et d’autres producteurs de junkfood accusés de répandre l’obésité, les maladies cardio-vasculaires et le diabète, par la distribution d’une nourriture addictive.

Malheureusement, le livre de Robert Lustig, qui est un ouvrage essentiel pour tous ceux qui s’intéressent aux défis de la modernité, n’a pas encore été traduit en français. Voici les références de l’édition anglaise : Robert Lustig, The Hacking of the American Mind, Penguin Books, 2017)

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Les trois aveugles (2/2)

Souvenez-vous, nous avons laissé Jean Moschos et Maître Sophronios sous un arc de triomphe où ils avaient trouvé trois aveugles en train de se raconter comment ils avaient perdu la vue.  Ecoutez bien :

« ‘‘Moi, dit l’un d’eux, j’étais marin quand j’étais jeune. Un jour, à peine avions-nous quitté la côte africaine que j’ai attrapé une ophtalmie. En pleine mer, impossible de me faire soigner. Arrivé à destination, j’avais des leucomes sur les yeux et j’étais devenu aveugle.’’ – ‘‘Oh moi, dit le second, j’étais verrier. A cause du feu, mes yeux se sont mis à pleurer de plus en plus et j’ai fini par perdre la vue. Et toi, comment es-tu devenu aveugle ?’’  Le troisième, tête baissée, se met à parler : ‘‘Quand j’étais jeune, j’avais horreur de travailler et j’étais vraiment débauché. Comme je n’avais pas de quoi manger, je volais. Un jour, je vois passer le cortège d’un défunt richement vêtu, qui va inhumer le corps derrière l’église saint Jean. Je le suis. Une fois, la cérémonie terminée, tout le monde s’en va. Je pénètre dans le monument et je dépouille le corps de tout ce qu’il porte, ne lui laissant que sa chemise. Au moment de sortir du tombeau, je me dis : ‘‘Prends aussi la chemise, elle en vaut la peine !’’ Je fais demi-tour, malheureux que je suis, et je prends la chemise du défunt, le laissant nu. Et voilà que le corps se redresse, tend les mains vers moi et m’arrache les deux yeux avec ses doigts.   Je m’enfuis aussitôt à tâtons et parviens à sortir du tombeau. Voilà comment je suis devenu aveugle.’’ Maître Sophronios me fait signe, poursuit Jean Moschos. Nous nous éloignons en silence, puis il me dit : ‘‘Maître Jean, aujourd’hui nous avons été grandement édifiés. Vraiment, aucun malfaiteur n’échappe à Dieu…’’ »

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *