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8 juillet 2018 : Saint Pierre – Evangile de la guérison du paralytique – Crise de conscience – Saint Syméon le Stylite (3/3)

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CHANTS

« Liturgie de St Jean Chrysostome » musique de Tchaïkoski, par le Choeur de chambre du Ministère de la Culture de l’URSS, sous la direction de Valeri Polianski – Melodia 1990.

INTRODUCTION de Victor Loupan

Saint Pierre

Le carême des apôtres va s’achever cette semaine avec la fête des saints Pierre et Paul, le 12 juillet. Pour St Jean Chrysostome, c’est par saint Pierre que le Christ nous fait ressentir le lien entre la Miséricorde divine et le soin que nous prenons de notre prochain.

« Le Christ exige cette disposition de Pierre, quand Il lui demande : ‘‘Simon, fils de Jean, m’aimes-tu plus que ceux-ci ?’’ Et Pierre répond : ‘‘Oui, Seigneur, tu sais que je t’aime.’’ Et Jésus de lui dire : ‘‘Pais mes brebis.’’

Laissant de côté les autres apôtres, Jésus s’adresse à Pierre, à leur sujet. Pourquoi ? se demande St Jean Chrysostome.  C’est que Pierre était le premier parmi les apôtres, leur porte-parole, le chef de leur collège. Paul lui-même viendra le consulter de préférence aux autres.

Et pour bien montrer à Pierre qu’il devait avoir confiance et que son reniement était effacé, Jésus lui donne maintenant la primauté parmi ses frères. Il ne mentionne pas son reniement, Il ne lui fait pas honte du passé. « Si tu m’aimes, lui dit-il, sois à la tête de tes frères ; et le fervent amour que tu m’as toujours manifesté avec tant de joie, prouve-le maintenant. Ta vie que tu te disais prêt à donner pour moi, donne-la pour mes brebis. »

Ou comme le disait St Isaac le Syrien : « Tel est le signe que cherchent en eux-mêmes les saints : ressembler à Dieu en devenant parfait par l’amour du prochain. »

EVANGILE ET HOMELIE  par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Évangile du 6ème dimanche après la Pentecôte (Matthieu 9, 1-8) Guérison du paralytique et mémoire des saints Pères. 

En ce temps-là, Jésus s’embarqua pour traverser le lac et revenir dans sa propre cité. Or voici qu’on lui apportait un paralytique étendu sur un grabat. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : « Aie confiance, mon enfant, tes péchés te sont remis ! » Quelques scribes se dirent en eux-mêmes : « Celui-ci blasphème ! » Mais Jésus, connaissant les pensées de leur cœur, déclara : « Pourquoi méditez-vous le mal dans vos cœurs ? Quel est donc le plus facile ? De dire : Tes péchés te sont remis, ou bien de dire : Lève-toi et marche ? Eh bien, pour que vous sachiez que le Fils de l’Homme a sur terre la liberté de remettre les péchés, Lève-toi, dit-Il au paralytique ! Prends ton grabat et rentre chez toi! » Et le paralytique se leva et s’en alla chez lui. À cette vue, les foules furent saisies de crainte et rendirent gloire à Dieu d’avoir donné aux humains une telle liberté.

*          *          *

Homélie : Les péricopes évangéliques des dimanches après la Pentecôte ont presque toutes un caractère théophanique. Guérison à distance de l’esclave du centurion et expulsion des démons sont des manifestations de la divinité de Jésus Christ et de l’Esprit du Père en lui. Aujourd’hui encore, la guérison du paralytique est une théophanie. Si souvent, dans le saint Évangile, le Sauveur Jésus  se manifeste comme le Pantocrator, le Maître de tout au ciel et sur la terre, comme Il le dit au Père: « à ton Fils, Tu as donné pouvoir sur toute créature » (Jn 17, 2) et encore : « tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mat 28, 18). Or ce pouvoir est à comprendre, non comme une domination ou un despotisme, mais comme une royauté. Le Fils concentre en lui-même, dans la volonté divine unique qu’Il partage avec le Père et l’Esprit, et dans la volonté humaine unique qu’Il assume comme Dieu Homme, toutes les énergies incréées et créées, toutes les rationalités qui, dans la Création, le font resplendir comme Raison divine et Logos de tout ce qui est. Une théophanie est un resplendissement de la gloire du Verbe, gloire qu’Il tient du Père et qui jaillit de lui par le saint Esprit, lumière supra céleste et divine, amour créateur qui révèle la paternité divine. Le Seigneur Jésus se montre, non une sorte de thaumaturge ou de magicien, comme le pensaient Hérode et d’autres, mais homme transfiguré, Adam pleinement ressemblant à son archétype le Fils du Père. Il est Seigneur, non tel un tyran affublé du pouvoir de ce monde, qui triomphe en semant la peur de la souffrance et de la mort, mais comme Roi de son propre Royaume, royaume de paix, de douceur, de mansuétude, de joie, de bienveillance parmi les hommes, royaume enfin de liberté. C’est par ce mot de liberté qu’il convient de traduire le grec ‘exousia’ rendu par le mot pouvoir : « à ton Fils, Tu as donné la liberté de toute chair – et non ‘sur’ », si nous traduisons mieux ; et encore : « toute liberté m’a été donnée au ciel et sur la terre ». Le Pantocrator irradie la liberté créatrice de la Divinité, la liberté royale qui libère, qui fait être, qui fait aimer, la liberté dans l’Esprit, extraordinaire capacité, possibilité, potentiel divin et finalement divino humain par l’Incarnation. Le Fils fait chair et fait homme par le saint Esprit assume la liberté de toute chair et la manifeste par sa parole et par ses actes. Le Seigneur Jésus libère en guérissant, en exorcisant, en pardonnant, en enseignant, en ressuscitant, et finalement en se ressuscitant lui-même – manifestation ultime de la liberté divine qu’Il est en Personne. Aujourd’hui nous voyons cette liberté à l’œuvre : « tes péchés sont remis ! » ; « prends ton grabat ! Rentre chez toi ! » La liberté divine apparue en ce jour et dans l’ensemble de la théophanie évangélique n’est ni un caprice, ni une préférence, ni un choix : elle est la puissance d’être et de faire être. Par cette liberté, Dieu Lui-même, disent certains Pères, veut être ! Dieu se donne librement et souverainement d’être, et Il produit librement par engendrement le Verbe, et l’Esprit par jaillissement. La divine et glorieuse Trinité est ainsi célébrée comme liberté absolue, théophanie interne et externe de l’être divin a-temporellement libre ! Or, pour notre Salut, et comme le dit le saint Évangile en ce jour, « une telle liberté a été donnée aux hommes ». Ici culmine la théophanie, quand la puissance divine se donne en partage aux créatures comme leur propre liberté, leur propre créativité dans le saint Esprit ! Nous comprenons mieux les commandements à présent : aime ton prochain comme toi-même, par exemple, est le don d’une liberté et d’un charisme divins, la communion à l’amour divin – liberté d’aimer même ses ennemis, liberté de se réjouir, liberté d’être libre et vivant, liberté qui met à mort la mort …

CHRONIQUE  de Victor Loupan

Crise de conscience

La crise migratoire en Europe ne peut ne pas interroger les chrétiens que nous sommes. L’amour du prochain, prôné par le Christ, l’accueil de l’étranger qui a toujours été défendu par l’Eglise, tout cela nous interpelle. Pourquoi se voiler la face ? Les chrétiens européens sont en pleine crise de conscience. Il n’y a qu’à voir ce qui se passe dans des pays aussi chrétiens que l’Italie, la Grèce, l’Autriche ou dans une région comme la Bavière. En Roumanie, en Serbie ou en Pologne, pays très chrétiens, là encore, l’attitude hostile aux migrants est quasiment généralisée.

Comment expliquer cela ? Est-ce que les gens sont méchants ? Est-ce qu’ils n’ont pas de cœur ? Non, évidemment. En fait, les gens ont peur : peur d’être submergés, peur de disparaître.

Cette peur est-elle justifiée ? La réponse à cette question est simple : justifiée ou non, cela n’a pas d’importance. La peur est un sentiment. Les sentiments ne sont que très rarement ancrés dans la raison. Et pourtant, les sentiments mènent nos vies bien plus que la raison. L’amour est un sentiment, la foi est une grâce. Nous sentons quand quelqu’un nous ment. Tout comme nous sentons le danger venir. La politique étrangère est, elle aussi, un mélange d’étude de dossiers, d’analyses prévisionnelles et d’intuitions. Dans l’intelligence humaine, l’irrationnel joue un rôle au moins aussi important que le rationnel.

A quel moment l’étranger devient-il un ennemi ? Songeons au sort des Indiens d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud, devant l’arrivée massive de migrants venus d’Europe. Ils sont pratiquement disparus, et leurs cultures survivent réduites à l’état de folklore pour touristes étrangers. Le Japon a, en revanche, combattu l’arrivée des Européens avec une détermination de chaque instant. Soumise à la violence des étrangers, la Chine a mis plus de cent ans, avant de retrouver son rang de puissance mondiale. Songeons aussi, au sort de l’Empire romain, qui s’écroule conséquemment à l’arrivée de nos ancêtres, les barbares.

Il est donc évident que, historiquement, l’accueil indiscriminé des étrangers n’est pas toujours un bien. Tout comme leur rejet n’est pas toujours un mal. Tout est question de circonstances et de proportions.

Solidement déchristianisés par l’idéologie libérale, les peuples d’Europe restent tout de même de culture chrétienne. Ils sont conscients des acquis de la civilisation européenne et du chemin très difficile qui y a mené. Ils voient, car ils ont des yeux, et comprennent car ils sont des cerveaux, que les millions de migrants qui prétendent à l’entrée dans nos pays, tout comme les millions qui y sont déjà entrés, sont musulmans. Ils viennent donc d’une autre civilisation.

Un espace civilisationnel implique une communauté de critères auxquels les peuples appartenant à cette civilisation adhèrent par-delà leurs différences et leurs particularismes culturels, linguistiques, etc.

L’arrivée massive de populations hostiles aux critères fondamentaux de la civilisation européenne, est ressentie par les peuples comme un danger. C’est cela qui explique la tendance actuelle au rejet, non pas de l’étranger en tant que frère venu d’ailleurs, mais du caractère massif et forcé, d’une migration hétérogène ressentie comme hostile et dangereuse.

Le philosophe orthodoxe russe Nicolas Berdiaev disait qu’être conservateur ne signifie pas être nostalgique du passé. Pour lui, le conservatisme est une forme de défense des acquis de la civilisation contre les assauts de la barbarie.

Les instances dirigeantes européennes ont de plus en plus de problèmes avec les peuples. Cela me fait penser à cette phrase ironique de Bertolt Brecht qui ironisait en disant : « si le peuple n’est pas d’accord avec le gouvernement populaire, il faut alors remplacer ce peuple ».

SAGESSE DES PERES par Victor Loupan

Saint Syméon le Stylite (3/3)

Nous terminons la vie de St Syméon le Stylite, que nous avons laissé sur son premier pilier qui avait environ quatre mètres de haut. Ecoutez bien :

Syméon change régulièrement de pilier. Ils deviennent de plus en plus haut. Le dernier a plus de quinze mètres et au sommet se trouve un plateforme d’1m2 entourée d’un balustre.  Ce nouveau pilier attire encore plus de gens, pèlerins et spectateurs.  Tous les après-midi, Syméon reçoit ses visiteurs qui grimpent au sommet au moyen d’une échelle. Syméon a des disciples et il leur écrit. Il prêche particulièrement contre les jurons et contre l’usure.

Syméon ne permettait à aucune femme de venir près de son pilier, pas même sa propre mère.  Pour la réconforter, il lui dit : « Si nous en sommes dignes, nous nous verrons dans la vie à venir. » Marthe, sa mère, se soumet. Elle se retire chez elle et adopte une vie monastique de silence et de prière. Après sa mort, Syméon demande qu’on lui apporte la dépouille de sa mère. Et au moment où il lui dit adieu, un sourire apparaît sur le visage de la morte.

Sainte Geneviève a vécu en même temps que lui. Il la connaissait de renom et demandait souvent de ses nouvelles. Un jour, des pèlerins arrivent de Lutèce pour le vénérer et il leur dit : « Pourquoi êtes-vous ici, quand vous avez une si grande sainte ? Retournez chez vous ! »

L’empereur Théodose II et son épouse Eudoxie écoutaient ses conseils. Un jour, Syméon tombe malade. L’empereur Théodose envoient trois évêques pour le prier de descendre et de se faire soigner. Mais Syméon refuse préférant s’en remettre à Dieu. Et il guérit.

Après avoir passé 39 ans sur son pilier, Syméon meurt en 459. Il lègue sa tunique de berger à l’empereur Léon qui régnait alors. Neuf ans plus tard, le patriarche d’Antioche et l’empereur se disputèrent ses reliques. L’empereur gagna et fit bâtir un martyrium en forme de croix, composé de quatre basiliques. Syméon a inspiré de nombreux adeptes stylites. Notamment son homonyme Siméon dit le Jeune. Cette ascèse se perpétua pendant tout l’empire byzantin.

 

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