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Les ouvriers de la Vigne – Evangile du pardon et du jeûne – Pèlerin russe : apparition du starets défunt

06.03.22
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Les ouvriers de la Vigne – Evangile du pardon et du jeûne – Pèlerin russe...

Lumière de l'Orthodoxie 00h03

CHANTS

« Alilo – Chants sacrés anciens géorgiens » par le Choeur Rustavi, sous  la direction Ansor Erkomaïchvili – Saint Petersburg Classics – 1995

INTRODUCTION  de Cécile Loupan

Les ouvriers de la Vigne

En ce Dimanche du Pardon, chers frères et sœurs, je prie ceux que j’ai offensés ou négligés de me pardonner et je pardonne de tout cœur à ceux qui pensent m’avoir blessée.

Nous avons évoqué, la semaine dernière, la parabole des ouvriers de la onzième heure. St Grégoire le Grand en offre une lecture historique fort intéressante. Ecoutez bien : « Le Royaume des cieux, dit St Grégoire, est comparé à un père de famille qui embauche des ouvriers pour cultiver sa vigne. Or, qui peut être plus justement comparé à ce père de famille que notre Créateur, qui gouverne ceux qu’il a créés ? Il possède une vigne, qui est l’Église universelle, sur laquelle ont poussé autant de sarments qu’elle a produit de saints, depuis Abel le juste jusqu’au dernier élu qui naîtra à la fin du monde.

Ce Père de famille, poursuit St Grégoire, embauche des ouvriers pour cultiver sa vigne, dès le point du jour à la troisième heure, puis à la sixième, à la neuvième et enfin à la onzième heure. En effet, du commencement du monde jusqu’à la fin, Dieu ne cesse de susciter des prédicateurs pour instruire la foule des fidèles. Le point du jour, pour le monde, c’était d’Adam à Noé ; la troisième heure, de Noé à Abraham ; la sixième, d’Abraham à Moïse ; la neuvième, de Moïse jusqu’à la venue du Seigneur ; et la onzième heure, de la venue du Seigneur jusqu’à la fin du monde. Les saints apôtres ont été envoyés pour prêcher en cette dernière heure, cette onzième heure, et bien que tard venus, ils ont reçu un plein salaire, c’est-à-dire Notre Seigneur lui-même.

Dieu ne cesse JAMAIS d’envoyer des ouvriers pour cultiver sa vigne, c’est-à-dire pour enseigner son peuple. Il la cultive, par l’entremise de ses ouvriers que sont les patriarches, les prophètes et les apôtres. Et tous ceux qui ont une foi droite et font de bonnes œuvres sont les ouvriers de cette vigne »

 

EVANGILE ET HOMELIE par le père Marc-Antoine Costa de Beauregard

Dimanche du Pardon (Matthieu 6, 14-21)

En ce temps-là, le Seigneur dit : « Si vous pardonnez aux autres leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous également ; mais si vous ne pardonnez pas aux autres, votre Père ne vous pardonnera pas non plus vos fautes. Quand vous jeûnez, ne devenez pas comme les hypocrites à l’air triste : ils changent de visage pour montrer aux gens qu’ils jeûnent. Amen, Je vous le dis, ils ont reçu leur salaire ! Toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête d’huile et lave-toi le visage, pour paraître jeûner, non devant les hommes, mais devant ton Père qui est dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Ne vous amassez pas de trésors sur la terre où les vers et la corrosion les rongent, et où les voleurs percent [les murs] et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel où ni vers ni corrosion ne rongent, et où les voleurs ne percent ni ne dérobent : car là où est ton trésor, là sera également ton cœur. »

*         *        *

Homélie : Nous entrons aujourd’hui dans le saint et grand Carême, habités par une grande ferveur. Dans cette période de l’année nous mettons tout notre espoir de changement, de renouveau, de jouvence, pour ainsi dire, de toute notre vie. Cette grande attente vient de ce que nous comptons beaucoup sur la grâce qui est donnée par le Christ Sauveur à son peuple, celle de le suivre, de marcher sur ses pas, de nous mettre vraiment à son école. Or, le premier enseignement du Maître est le pardon. Par l’expérience du pardon, le Sauveur Jésus Christ, Dieu fait homme, se fait connaître de nous. Il se révèle comme le Dieu de miséricorde et chaque fois que nous jouissons pour nous-mêmes de sa miséricorde en étant pardonnés par lui, en étant pardonnés par les autres ou en leur pardonnant, c’est de lui que nous avons connaissance. Nous le connaissons par expérience, par l’expérience de la miséricorde. C’est pourquoi le grand Carême est si bon : nous y sommes invités au banquet de la miséricorde divine ! Nous sommes attendus à partager une grande joie. Voilà pourquoi le Messie nous enjoint de nous parfumer. Quand nous nous rendons à une fête de famille ou préparée par nos amis, nous mettons nos beaux vêtements et, hommes et femmes, nous nous  lavons et nous parfumons. C’est le signe de notre joie et de notre impatience à nous réjouir, façon également d’être agréables aux autres. La mauvaise odeur trahit la saleté et la corruption. Nos péchés, nos passions, notre égoïsme, notre manque de foi et de connaissance de Dieu répandent une senteur nauséabonde. Le remugle de notre personne tient au fait qu’elle est enfermée sur elle-même ou exposée au mauvais air des influences perverses. Les pécheurs sentent mauvais ; les saints fleurent bon, même après leur mort ! Les disciples du Christ vont à la fête, ils courent vers la lumière pascale pour s’en emparer comme d’un trésor ; ils se pressent pour être oints de la miséricorde sans limite que le Seigneur administre à ceux qui mettent leur foi en lui. Le pardon est une grâce exceptionnelle, une chaleur, une énergie, un parfum, un souffle divins. Il envahit et vivifie notre personne si nous voulons bien le humer quand le Seigneur Lui-même l’exhale. Au Paradis, souvenons-nous-en : le Seigneur exhala le souffle de sa miséricorde et de la connaissance de lui-même dans le visage de la première humanité. Depuis lors, tout homme a la mémoire olfactive du parfum paradisiaque, car l’haleine divine est parfumée, comme le chante le Cantique des cantiques. En ce jour, comprenons que le charisme et l’effluve du pardon sont le vrai trésor que nous nous « amassons dans le ciel ». Celui et celle qui, en ce dimanche du pardon et tous les jours du saint Carême, s’exerce à respirer du souffle divin en pardonnant et en demandant pardon, commence également à ressusciter. Le grand souffle de Vie, l’Esprit et Personne du Souffle divin issu du Père, a fait éclater les geôles de la mort quand le Verbe, choisissant pour cela la sainte et vivifiante croix, a pardonné à ceux qui le trahissaient, qui le faisaient condamner et qui le livraient au supplice. Pardonner, c’est respirer du souffle du Verbe incarné, c’est remplir ses poumons, au lieu des miasmes du péché, des effluves de l’Esprit et du nard de la Résurrection. Entrons sur la voie du Carême ; entrons en connexion avec l’Esprit du Père dont respire le Fils. Pour couronner la Pâque du Fils, viendra la descente vertigineuse et suave de son Esprit, esprit de miséricorde, esprit de connaissance de Dieu et de totale intelligence …

SAGESSE DES PERES par Cécile Loupan

Pèlerin russe : apparition du starets défunt

Grâce à la Philocalie, le Pèlerin russe a expliqué au garde forestier ascète que la crainte de l’enfer et le désir d’une récompense céleste sont des attitudes d’esclave et de mercenaire. Seule la présence de Dieu sans cesse dans notre esprit et la prière de Jésus répétée sans fin dans notre cœur peuvent nous libérer des pensées mauvaises et des tentations pécheresses. Le Pèlerin se retire ensuite dans la vieille cabane à moitié démolie, heureux comme un roi. Il relit toute la Philocalie, pénétré de la sainteté et de la profondeur de ce livre. Mais tant de sujets y sont traités qu’il n’arrive pas, comme il le voudrait, à se concentrer seulement sur la prière perpétuelle. Voici la suite, écoutez bien :

« Je veux vraiment me concentrer sur la prière spontanée et perpétuelle à l’intérieur du cœur, raconte le pèlerin russe. Comme l’a dit St Paul aux Corinthiens : ‘‘Cherchez les dons les plus parfaits.’’ Mais j’ai beau réfléchir, je ne sais que faire. La Philocalie est trop touffue pour moi. Je n’ai pas assez d’intelligence ni de compréhension, et je n’ai personne pour m’aider. Bon, je m’en vais ennuyer le Seigneur à force de prières et peut-être voudra-t-il éclairer mon esprit ! Je passe la journée à prier sans m’arrêter un instant. Le soir, mes pensées s’apaisent, je m’endors. Et voilà qu’en songe je me vois dans la cellule de mon défunt starets. Et il m’explique la Philocalie en disant : ‘‘Ce saint livre est rempli d’une grande sagesse. C’est un trésor mystérieux d’enseignements sur les desseins secrets de Dieu. Il n’est pas accessible en tout endroit et à quiconque. Mais il contient des maximes à la mesure de chacun : profondes pour les esprits profonds, et simples pour les esprits simples. C’est pourquoi, vous, les gens simples, vous ne devez pas lire les livres des Pères à la suite, comme ils sont placés ici, dans un ordre qui convient aux théologiens. Pour les gens simples, voici les chapitres qu’il faut lire.’’ Et mon starets énumère les textes où se trouve l’enseignement complet de la prière intérieure du cœur. ‘‘Et, si tu veux un texte encore plus compréhensible, ajoute-t-il, prends dans la quatrième partie, le modèle abrégé de prière de Calliste patriarche de Constantinople.’’ Je cherche dans la Philocalie sans le trouver. Mon starets tourne alors les pages : ‘‘Le voilà, je vais te le marquer !’’ Et ramassant un charbon par terre, il fait un trait sur le côté de la page face au passage indiqué. J’écoute attentivement les paroles de mon starets pour les fixer dans ma mémoire avec fermeté et en détail. Puis je réveille. Comme il ne fait pas encore jour, je reste étendu me remémorant mon songe. Dieu seul sait si c’est l’âme de mon starets qui m’apparaît vraiment ou si ce sont mes propres idées qui prennent cette forme. Tout à coup, je me lève. La lumière du jour commence à pénétrer dans la cabane et je vois, sur la pierre qui me sert de table, la Philocalie ouverte à la page indiquée par le starets et marquée d’un trait de charbon, exactement comme dans mon rêve. Et le charbon lui-même est encore à côté du livre ! Je me rappelle soudain que le livre n’était pas sur la pierre, la veille. Je l’avais placé, fermé, à côté de moi avant de m’endormir et je sais bien qu’il n’y avait aucune marque dans le livre puisque je venais de relire entièrement. »

Nous verrons la fois prochaine l’effet de ce petit miracle sur le Pèlerin russe.

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