L’éditorial de Gérard Leclerc

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L’islam et les Français

L'éditorial

La Grande mosquée de Paris
CC by-sa : LPLT / Wikimedia Commons

Le Journal du dimanche titrait hier : « Islam et laïcité, ce que veulent les Français. » Plusieurs pages du journal étaient consacrées à l’étude d’un sondage de l’Ifop sur le sujet. Tout part d’un constat : face à l’islam, les Français s’inquiètent, même s’il ne s’agit pas de leur seule préoccupation et de leur seul souci. Le chiffre peut-être le plus significatif de l’enquête se rapporte à cette question plutôt abrupte : L’islam est-il incompatible avec les valeurs de la société française ? 61 % des personnes interrogées répondent oui contre 39 %. Les proportions varient d’une famille politique à l’autre, la droite étant beaucoup plus affirmative que la gauche, mais cette dernière apparaît très divisée. L’opposition aux signes religieux dans les sorties scolaires et pour les usagers des services publics s’avère massive. Seule exception consentie aux interdits : 61 % des personnes interrogées admettent la possibilité de plats de substitution à la viande de porc dans les cantines scolaires.

Il faut donc se faire une raison. L’inquiétude face à l’islam est une donnée incontournable dans notre pays et sans doute dans les autres pays européens. Mais la singularité française tient à l’importance conférée à la laïcité, comme barrage aux débordements et aux menaces ressenties. Mais il ne suffit pas de brandir un mot, il faut s’entendre sur son contenu, d’autant que des données inédites sont intervenues depuis la loi de séparation de 1905. On attend toujours de la part du président de la République un grand discours de synthèse sur la situation de l’État par rapport aux phénomènes religieux. Emmanuel Macron se passionne d’ailleurs pour le problème, comme l’ont montré plusieurs de ses interventions les plus notables.

Il faut reconnaître l’extrême difficulté d’un tel discours. Si la laïcité s’émancipe de l’idéologie laïciste qui l’a souvent accompagnée, elle ne saurait manifester une quelconque hostilité à l’égard du phénomène religieux. Mais comment l’appréhender et l’interpréter dès lors que l’État, par définition, n’a aucune compétence dans le domaine théologique et doit se limiter à une stricte neutralité ? On s’aperçoit de cette difficulté lorsqu’il s’agit d’enseigner la culture religieuse à l’école publique. L’enseignement laïque des religions est un oxymore. Et lorsqu’il s’agit de distinguer entre ce qu’on appelle science et croyance, on risque l’arbitraire. C’est bien pourquoi Pierre Manent est d’avis qu’on ne saurait penser cette laïcité sans l’aide éclairée de l’Église catholique. Il y a du pain sur la planche !

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