L’éditorial de Gérard Leclerc

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27/11/2019 : Jamais plus la guerre ?

L'éditorial

 : Cimetiere militaire francais Apremont Foret Marbotte
CC by-sa : Aimelaime

Nous apprenions hier la mort de treize de nos soldats au Mali. Les engagements internationaux de la France lui imposent une mobilisation constante de nos armées. Mobilisation coûteuse dans tous les sens du terme, et d’abord en risque de sacrifices de la part de tous ceux qui sont voués au métier des armes. Non, le monde n’est pas en paix, et nous sommes très loin de pouvoir répondre au vœu ardent du pape Paul VI à la tribune des Nations unies, le 4 octobre 1965 : « Plus jamais la guerre ! Plus jamais la guerre ! » N’est-ce pas la mission de l’Église d’en appeler à la paix, à temps et à contre-temps ? Le pape François en prenant parti résolument contre les armements atomiques, lors de son voyage au Japon, s’orientait dans la même ligne. Celle où s’était illustré son prédécesseur Benoît XV durant la Première Guerre mondiale. Hélas sans succès !

François, par le caractère radical de son propos, a pu surprendre. En rejetant la notion d’équilibre de la terreur, il semble aller plus loin qu’un Jean-Paul II et que notre épiscopat en 1983, légitimant la force de frappe française dans un document intitulé « Gagner la paix ». J’ai gardé un souvenir assez précis de cette prise de position, qui s’inscrivait dans une conjoncture internationale et même européenne, très tendue. Les Américains procédaient à l’installation, en Allemagne fédérale, de missiles Pershing pour contrer la menace que faisaient peser sur l’Europe les SS 20 soviétiques. Je me souviens aussi que Mgr Julien, alors archevêque de Rennes, avait joué un rôle important dans la rédaction de « Gagner la paix ».

Est-ce à dire que François contredit ces positions passées de l’Église ? Je ne le crois pas, personnellement, même si ses propos sont affectés d’une dimension prophétique qui provoque les objections des spécialistes. J’ai eu la curiosité de vérifier ce que le concile Vatican II avait déclaré sur la course aux armements. Certes, le principe de la dissuasion nucléaire était évoqué dans la constitution Gaudium et spes, mais le concile mettait en garde contre un enchaînement qui pouvait être mortel : « Il est à craindre que si la course aux armements se poursuit, elle n’enfante un jour les désastres mortels dont elle prépare déjà les moyens. » François a-t-il dit autre chose au Japon ? Le monde ne pourra pas laisser durablement son sort aux garanties de la seule dissuasion nucléaire.

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