L’éditorial de Gérard Leclerc

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24/02/2020 : À propos de Jean Vanier

L'éditorial

© Michel Pourny

La révélation par la communauté de l’Arche d’agressions sexuelles commises par Jean Vanier sur des femmes aux profils fragiles, constitue un véritable coup de tonnerre pour le monde catholique où il était révéré presque comme un saint. Moi-même, qui l’ait salué, au moment de sa mort, pour exprimer mon admiration et ma gratitude à son égard, je m’en trouve blessé et il faudra longtemps pour que ma tristesse s’apaise. Cette révélation fait d’autant plus mal que Jean Vanier a fondé et dirigé un œuvre proprement admirable à tous égards. Faut-il se redire avec les anciens : « Corruptio optimi, pessima » ? La corruption du meilleur est la pire des choses. Peut-être, parce qu’en un certain sens, Jean demeure le meilleur et que sa culpabilité n’en est que plus cruelle. Pourquoi ? Parce qu’en abusant de certaines femmes, il s’est prévalu justement de son prestige spirituel et de son autorité de héros de la charité.

Et là, on est bien obligé de parler de dévoiement pervers. Jean Vanier était une sorte de laïc bien particulier dans l’Église. Il a prêché dans sa vie de multiples retraites et on ne pouvait qu’acquiescer à un sens évangélique incontestable. Bien qu’il ne fut pas prêtre, il a usurpé de son charisme pour commettre le mal. On s’interroge sur la responsabilité qu’a pu avoir dans ce dévoiement le Père Thomas Philippe, cofondateur de l’Arche et lui-même coupable d’agressions du même type. Dans les années cinquante, ce religieux avait été d’ailleurs gravement sanctionné par le Saint-Siège, déjà pour des actes délictueux. L’affaire était restée en grande partie secrète et peu savaient ce qui s’était passé à ce moment-là. J’avais moi-même interrogé Jean Vanier là-dessus il y a fort longtemps, et il m’avait répondu que cela demeurait aussi pour lui une énigme.

Ne détenait-il pas un terrible secret qui aura marqué son existence entière, en l’inclinant à ces agressions justifiées par une insupportable mystification spirituelle ? C’est pourquoi Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, a jugé, au plus juste titre, qu’il convenait de revenir sur la pensée dévoyée du Père Thomas Philippe, que celui-ci partageait aussi malheureusement avec son frère, le fondateur des petits gris. La corruption du trésor de la mystique chrétienne est vraiment la pire des choses. Il nous revient, au fond de notre accablement, à prier pour celles qui en sont subi les conséquences, et pour Jean lui-même. Que la douce pitié de Dieu retombe sur lui.

Commentaires

  1. j’ai écouté la chronique de ce jour, à propos de Jean Vanier, suite à la publication de l’enquete, effectuée par l’Arche après la mort de Jean Vanier.
    dans votre texte vous dites : La révélation par la communauté de l’Arche d’agressions sexuelles commises par Jean Vanier sur des femmes aux profils fragiles, constitue un véritable coup de tonnerre.
    je me permets de relever les termes femmes fragiles…. Commet le savez-vous ? rien n’a été écrit sur ces 6 femmes, sauf le fait qu’elles ont eu lz force, le courage et humilité de prendre contact avec l’arche…
    Il me semble que vous leurs manquez de respect, vous affirmez qu’elles sont fragiles, je dirais que leur Confiance en Jean Vanier a été manipulées, et qu’elles en ont été profondément meurtries.
    Ce mot fragile est un jugement, que personne ne peut oser formulé sur des personnes qui ont été abusées, ce sont des victimes qui méritent d’être secourues et accompagnés

  2. Puissions nous enfin cesser, nous les cathos, de canoniser les gens de leur vivant…Que de termes louangeurs à l’excés ont été prononcés à son égard, y compris dans l’homélie de la messe d’enterrement de Jean Vanier en mai dernier,alors que des éléments défavorables étaient connus à ce moment-là des responsables de l’Arche. Le bien qu’il a fait est incontestable, mais de là à le décrire comme une « icône » et un « prophête ».il y avait un pas que la simple raison et la prudence auraient du interdire de franchir. Par ailleurs, sauf à considérer que Jean Vanier soit littéralement tombé sous la coupe du P Thomas Philippe et envoûté, il ne faudrait pas que la référence à ce dernier ( dont il restera à expliquer dans quelles conditions il fut relevé des sanctions qui pesaient sur lui depuis 1956) revienne à minorer les responsabilités de celui qui restera d’évidence le fondateur de l’Arche…

  3. D’accord avec véronique Lacoste pour m’étonner du qualificatif de fragile utilisé par G. Leclerc à propos des femmes victimes des abus sexuels de jean Vanier. A ce jour – du moins quand J. Lacoste et G. Leclerc se sont exprimés : ça a pu changer depuis – on ne savait rien, pas grand chose des 6 femmes, si ce n’est qu’elles n’étaient pas handicapées (ainsi qu’on aurait d’abord pu le croire vu l’objet de l’Arche) et majeures, et par ailleurs de toute condition : célibataires, mariées, et « congréguées » .

    D’accord avec cette objection, je comprends d’autant moins la conclusion de Mme Lacoste : à la lire c’est comme si elle excusait les abus sur des personnes fragiles. Mais peut-être faut-il plutôt comprendre cette conclusion comme un refus de qualifier les personnes présentant un handicap mental de fragile. Ou bien encore affirmer que toute personne est fragile , et qu’il n’y a pas lieu de réserver la fragilité à une catégorie de personnes ? Autrement dit : comment ne pas s’égarer ?

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