L’éditorial de Gérard Leclerc

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22/01/2020 : Il y a soixante-quinze ans Auschwitz

L'éditorial

Entrée de camp allemand nazi Birkenau (Auschwitz II), vue depuis l’intérieur du camp (hiver).
CC by-sa : Bibi595

Un forum international doit s’ouvrir demain au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, sur le thème : « Se souvenir de l’holocauste, combattre l’antisémitisme. » Il y a soixante-quinze ans, en effet, était libéré le camp d’Auschwitz. Comment ne pas reconnaître dans cet événement un point de repère capital dans l’histoire de l’humanité, qui impose une réflexion sur ce que les hommes sont capables de faire. La destruction de tous les juifs d’Europe avait été décidée par le régime nazi et son exécution organisée selon un mode industriel. Son souvenir nous glace. Et pourtant, depuis 1945, d’autres génocides ont eu lieu. Celui du Cambodge et celui du Rwanda ne sauraient nous cacher les horreurs qui ont été perpétrés dans la Chine maoïste, notamment au moment de la révolution culturelle. Et pourtant, les intellectuels occidentaux qui saluaient avec enthousiasme la dite révolution auraient dû intégrer déjà la leçon de la Shoah.

Il y a nécessité de garder intacte cette mémoire de l’innommable, que rien en saurait abolir, en dépit des misérables tentatives d’un révisionnisme dont une émission de France Culture établit, ces jours-ci, la généalogie. L’historien Pierre Vidal-Naquet parlait à ce propos des « assassins de la mémoire », non sans remarquer que la disparition des derniers témoins d’Auschwitz et des autres camps d’extermination nous ferait passer à une autre phase où c’est l’histoire qui se substitue à la mémoire.

Nous autres Français sommes aujourd’hui confrontés au risque des querelles dites mémorielles. Il y a d’évidence des enjeux politiques et idéologiques dans les travaux historiques et leur diffusion dans l’institution scolaire. Nous savons que parler de la Shoah est pratiquement interdit dans les quartiers perdus de la République. Ce n’est pas sans raison que la communauté juive s’inquiète de la résurgence de l’antisémitisme et de l’exil qui s’ensuit pour les juifs d’un département comme la Seine-Saint-Denis. Oui, la commémoration a une fonction civique, car il s’agit, pour reprendre une déclaration de l’ONU, que reste gravé pour toujours dans la mémoire collective le souvenir de la Shoah.

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