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14/11/2019 : Abus sexuels – L’Église et la réparation

14.11.19
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14/11/2019 : Abus sexuels – L’Église et la réparation

Le point de vue 06h03

Hier, j’évoquais la révolte féministe contre les atteintes sexuelles qui nous revient en boomerang, suite à un retournement d’opinion. Mais on sait que notre Église n’est pas indemne des scandales de mœurs et que la récente assemblée de l’épiscopat à Lourdes a été largement occupée encore par la réponse à apporter au drame de la pédophilie dans le clergé. On se rend compte de la difficulté infinie de l’institution à venir en aide aux victimes blessées pour la vie par des atteintes à leur intégrité physique et morale, aggravées par le crime spécifique propre à des prêtres ou à des religieux. Je n’interviendrai pas, quant à moi, dans le délicat débat sur le projet de verser un forfait unique aux victimes, car j’en mesure mal la pertinence. La notion même de réparation est terriblement énigmatique.

Pourtant, la tradition théologique et spirituelle de l’Église n’est nullement étrangère à la réparation, si l’on considère le sacrement de réconciliation. La demande de pardon ne peut-être sérieuse que s’il y a de la part du pénitent pleine conscience de la gravité des actes qu’il a commis. Mgr de Moulins-Beaufort, président de la Conférence épiscopale, insiste sur ce point dans un ouvrage qu’il vient de publier [1] : « La miséricorde du Christ ne consiste jamais à nous faire penser que le péché ne serait pas si grave mais au contraire à nous en révéler le caractère toujours mortifère dans l’acte même où il nous pardonne, de telle façon que nous puissions devenir acteurs de notre conversion, acquérir progressivement la détestation du péché et le désir de vivre autrement. » La conscience du mal doit entraîner la volonté de réparer. On a trop oublié cet impératif de la réparation du côté des responsables de l’Église, comme si, écrit encore Mgr de Moulins-Beaufort, « le pardon se ramenait à une amnésie sur commande ».

Encore faut-il que les victimes soient entendues, qu’elles ne se considèrent pas comme inaudibles. Ce qui a été trop souvent le cas. Il est frappant que beaucoup d’entre-elles témoignent qu’elles se sont considérées comme exclues de la communion ecclésiale, à l’instar des lépreux infréquentables en raison de la malédiction qui les frappe. C’est un paradoxe qui devrait, tous, nous troubler profondément. Les victimes d’actes pédophiles doivent être accueillies avec un soin particulier dans cette communion, non parce qu’elles en avaient été exclues mais parce que leur condition devrait leur valoir plus que ce que la parabole reconnaît au fils prodigue. Elles ont à être privilégiées.

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