L’éditorial de Gérard Leclerc

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14 novembre 2017 : 13 novembre

L'éditorial

Deux jours après le 11 novembre, nous avons connu une autre journée commémorative, mais celle-là présente un caractère particulier. Elle porte la mémoire d’un événement récent, qui est encore à vif dans la chair des survivants du massacre, d’abord ceux qui furent blessés, mais aussi les familles des victimes disparues, ce 13 novembre 2015. Qui plus est, cet événement n’a pas marqué un aboutissement, comme le 11 novembre 1918, car la guerre n’est pas terminée, elle se poursuit. Une guerre d’un genre nouveau, qui ressemble fort peu aux affrontements de la Première Guerre mondiale. Elle n’oppose pas d’immenses armées en ordre de marche, du moins chez nous, elle est le fait de terroristes qui agissent en réseau, souvent, lorsqu’il ne s’agit pas de loups solitaires. Sa dimension mondiale incontestable est spécifique, avec un aspect religieux fondamentaliste, qui explique sa violence sauvage et qu’il est terriblement difficile de contrer, avec des méthodes adéquates.

Le débat intellectuel et politique qui en résulte chez nous, avec des caractéristiques très françaises, fait rage quotidiennement et il a bouleversé les données anciennes conformes aux clivages gauche-droite. Une partie de la gauche s’insurge contre une autre partie de la gauche qualifiée d’islamo-gauchiste. Et les explications sont rudes. Il suffit d’observer ce qui se passe entre Charlie Hebdo et Edwy Plenel, pour apprécier la profondeur du fossé qui s’est creusé. 150 signataires ont approuvé un texte pour soutenir le directeur de Mediaparten des termes plutôt rudes, dénonçant une chasse en meute et une campagne qui alimente la haine et la peur. De son côté, Alain Finkielkraut déclare qu’Edwy Plenel s’est révélé être « un compagnon de route, sourd et aveugle de l’islamisme ».

L’islamisme précisément est désormais au cœur du débat national comme il l’est des préoccupations des Français. Sujet inévitable, tout à fait sérieux. L’âpreté des échanges à son propos n’est pas principalement dû à la perpétuation de nos querelles gauloises, mais se réfère à la question abyssale d’un fanatisme dont les sources et les causes divisent notre intelligentsia. Et ce n’est pas le souvenir ému des massacres de 2015 qui y mettra fin dans une commémoration commune. Puisse, si c’est possible, ce débat contribuer à nous éclairer plus qu’à nous diviser.

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