L’éditorial de Gérard Leclerc

Podcasts

Émission du 12 décembre 2018 : La tentation de la violence

L'éditorial

Cette période de crise intense s’est traduite par un rare degré de violence. Une violence qui prenait des allures d’insurrection et s’en prenait aux personnes. Bien sûr, à cette violence il y a des causes identifiables. Mais ne constitue-t-elle pas un redoutable danger, celui dénoncé par l’archevêque de Paris ?

Violence

La période que nous venons de vivre et qui n’est pas venue à son terme, s’est caractérisée, entre autres, par un rare degré de violence. La violence la plus spectaculaire s’est manifestée dans les rues de Paris et même – ce qui est absolument inédit – à l’Arc de Triomphe. Elle a atteint aussi la province, au point d’affoler des édiles pourtant expérimentés. Cette violence s’est traduite aussi par une mise en cause de la personne du président de la République, avec les qualificatifs les plus injurieux. Il y a sans doute des précédents, d’autres présidents ont fait aussi l’objet d’une vindicte aiguë. Mais dans le cas d’Emmanuel Macron, il semble qu’on ait atteint un degré spécifique, qui s’explique d’ailleurs par le destin singulier de ce jeune président, parvenu au sommet de la façon la plus improbable, et ayant revendiqué un exercice jupitérien du pouvoir. Comme l’écrit Gérard Courtois dans Le Monde : « Le roi est nu, trop seul, très vulnérable. »

Il semble bien que l’archevêque de Paris a été particulièrement sensible à ce degré de violence. Dans son message daté du 5 décembre, il mettait en garde : « La violence engendre la vengeance et la haine. Apprenons ensemble à nous écouter vraiment et à nous parler sans a priori méprisant pour ceux qui ne pensent pas comme nous. J’appelle modestement les protagonistes à un véritable dialogue où chacun accepte de sortir de ses certitudes pour établir un vrai diagnostic d’une situation délétère et trouver humblement les voies d’une reconstruction fraternelle de notre société. » On dira qu’un tel langage est naturel à un homme d’Église, dont l’autorité et le discernement sont liés à l’ordre de la charité. Mais le rapport de cet ordre-là avec celui de la politique et des relations sociales n’est nullement évident.

Le rappel à la charité peut-il modifier ce qui relève des rapports de force ? On entend l’objection : « Nous t’entendrons là-dessus une autre fois. » Seules les médiations politiques peuvent changer la donne en arbitrant entre les intérêts. Sans doute, oui. Mais il est bon aussi que se fasse entendre un autre langage qui s’adresse directement aux consciences pour les mettre en garde contre certaines passions mauvaises qui détruisent de l’intérieur toute fraternité humaine.

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *