L’éditorial de Gérard Leclerc

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11 avril 2018 : Après les Bernardins

L'éditorial

Tentant de rendre compte hier de l’événement des Bernardins, ai-je été par trop entraîné par ce qu’il offrait de réjouissant pour les catholiques ? En fait, ne pouvant en si peu de temps prendre la mesure exacte du discours du président de la République, je n’ai même pas esquissé un jugement d’ensemble sur un texte complexe et qu’il convient d’étudier à tête reposée. Je maintiens toutefois mon appréciation positive en ce qui concerne l’empathie d’Emmanuel Macron pour la culture catholique. Ses références à de grandes figures contemporaines de la pensée chrétienne n’étaient pas de pure forme. Elles visaient juste, au-delà de tout essai de séduction. Elles renvoyaient à une profondeur souvent ignorée du grand nombre. Pour ne prendre qu’un seul exemple : qui connaît aujourd’hui encore Henri-Irénée Marrou, historien de l’Antiquité chrétienne et auteur d’un merveilleux essai sur la théologie de l’histoire qui, depuis sa publication en 1968, n’a pris aucune ride ?

J’ajouterai que citer Marrou c’est être en plein dans le sujet, celui de l’engagement des chrétiens dans le temps, qui conjugue espérance et réalisme. Et le président n’avait pas tort d’associer ce qu’il convient de faire et la situation concrète d’une Église qui chemine au milieu des faiblesses et des misères. Certes, on pouvait avoir le soupçon d’une belle habileté. Mais l’habileté n’est sans doute pas celle des gens que Pascal appelle péjorativement les habiles. Elle se rapporte à l’art d’agir, à celui du commandement. Il y a toujours une distance – saint Thomas d’Aquin la reconnaît – entre la loi morale qui exige la perfection et la loi civile qui ne peut demander aux individus plus qu’ils ne peuvent réaliser, n’étant ni des héros, ni des saints dans leur ensemble.

Donc, l’empathie du Président pour la sensibilité chrétienne ne signifie nullement qu’il est disposé à s’aligner sur l’exigence de perfection. Et on ne peut le lui reprocher. Mais les règles élémentaires de la conduite humaine ne sont pas celles de la perfection. Elles sont celles qui conviennent au bien général et à celui d’un chacun. La question est de savoir, en définitive, si l’appel lancé aux catholiques se traduira par des progrès réels de la législation. On peut admettre qu’il y ait « un déséquilibre constant » dans la conduite d’un corps social et « un inconfort dans le dialogue », mais quel gain réel sera-t-il obtenu de l’empathie du président à l’égard des catholiques français ?

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