L’éditorial de Gérard Leclerc

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10 mai 2018 : Le retour du tragique

L'éditorial

Par deux fois dans cette chronique, j’ai récusé l’idée qu’un néo-gauchisme – celui qui s’est manifesté le premier mai à Paris – puisse vraiment faire renaître une stratégie de la tension telle qu’elle s’était exprimée, par exemple, en Italie avec les Brigades rouges. Mais je me serais fait mal comprendre, si on avait déduit de là que la République française vogue sur un long fleuve tranquille. Ce serait fou d’oublier, ne serait-ce qu’un instant, la menace continue que fait planer le terrorisme islamiste. Ce serait coupable de minimiser la puissance explosive que constituent les quartiers perdus de la République. Le récent rapport Borloo a opportunément rappelé ce formidable défi. Si les émeutes de 2005 ne se sont pas reproduites, avec leur ampleur, l’importance de leurs dégradations matérielles, on ne saurait affirmer que les causes qui les ont produites se sont mystérieusement envolées.

Le président de la République, dans son récent entretien à la prestigieuse Nouvelle revue française, dirigée par Michel Crépu, s’est chargé de détruire tout optimisme déraisonnable, en invoquant jusqu’au retour du tragique dans notre vieux continent européen. La création d’un espace de paix entre les nations ne nous épargnait pas nécessairement les maux traditionnels qui affligent les peuples ainsi que les réalités géopolitiques. Cette Europe se divise cruellement à propos des flux migratoires et les zones de tempêtes ne cessent de se rapprocher. Emmanuel Macron se réfère à l’essai de Stephen Smith, La ruée vers l’Europeque tout responsable politique se doit d’avoir lu et médité. La lutte qui s’est ouverte entre les États-Unis et la Chine dissipe le mirages de la mondialisation heureuse. La dernière décision de Donald Trump sur l’Iran ne va sûrement pas contribuer à apaiser le Proche-Orient.

La stratégie de la tension s’impose donc à nous, quoi que nous voulions. Simplement, elle n’obéit plus à la volonté déstabilisatrice d’une extrême gauche révolutionnaire, dont la violence réelle n’en est pas moins résiduelle. Le retour du tragique qui s’impose à l’Europe et à notre pays est un rappel cruel aux réalités. En 1967, Jean-Marie Domenach publiait un essai sous ce titre Le retour du tragique, pour rappeler que notre sort d’occidentaux était toujours lié à la menace que les Grecs avaient brandi il y a vingt-cinq siècles, comme inhérente à la condition humaine.

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