L’éditorial de Gérard Leclerc

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8 février 2017 : Culture française

L'éditorial

La culture en France, a affirmé Emmanuel Macron l’autre jour, est « diverse et multiple ». C’est pourquoi il n’y aurait pas à proprement parler de « culture française ». La formule en a fait bondir plus d’un, et on comprend pourquoi. Cette question là n’accompagne-t-elle pas depuis longtemps déjà le débat public, ne serait-ce qu’au travers de la querelle de l’identité ? La simple affirmation d’une identité française fait frémir ceux qui craignent par dessus tout un repli sur une essence exclusive de toute ouverture au monde. Se concentrer sur une culture nationale, ce serait exclure tout ce qui n’entre pas dans son périmètre et risquer du même coup l’enfermement ethnique. Suivez mon regard. Mais, c’est parce qu’il y a multiplicité des cultures et des langues, que l’échange entre elles est possible. Français, je puis m’enrichir de l’Espagne de Cervantes et de Calderon, de l’Angleterre de Shakespeare et de Blake, de l’Allemagne de Goethe et de Holderlin, de la Russie de Dostoïevski et de Pouchkine, de l’Amérique de T.S. Elliot et de Faulkner, pour dire rapidement les choses.

C’est l’existence de génies nationaux qui contribue à la richesse du monde et au déploiement de l’universel. Et puis la culture, c’est le contraire même de la fixation dans un moment figé du temps. C’est, à l’inverse, la médiation indispensable à l’essor de l’intelligence grâce à la sollicitation des courants qui ne cessent d’irriguer la vie de l’esprit, au besoin en s’opposant. Dans les lycées d’autrefois, on pouvait étudier successivement le siècle de Louis XIV et celui des Lumières, en passant de Port Royal et des querelles de la grâce à l’anticléricalisme de Voltaire et de Diderot. On pouvait admirer « l’effrayant génie de Pascal  » tout en s’initiant à l’ironie de Bayle. On pouvait même étudier simultanément Zola et Péguy – cités miraculeusement par M. Macron – mais sans rien ignorer de leurs oppositions philosophiques de fond. Non, la culture d’un pays ne mène pas à l’enfermement, elle invite à l’approfondissement et à l’enrichissement de l’esprit. Sa pluralité interne n’est perceptible que par l’appartenance commune à une histoire, qu’il s’agit de prolonger, en tenant compte de ce qu’elle nous a appris, en tâchant de créer et d’inventer dans la fidélité et l’infidélité.

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