L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 6 novembre 2018 : Roman national et Commémoration de la Grande Guerre

L'éditorial

Le Président de la République a entamé dimanche un périple de sept jours sur les lieux les plus importants de la grande guerre, à l’occasion du centenaire de la fin des hostilités. Il entend revivifier le roman national. N’est-ce pas contradictoire avec sa polémique contre le retour des nationalismes ?

Les commémorations de la fin de ce qu’on appelle la Grande Guerre semblent, en ce qui concerne notre pays, à la mesure de cette date exceptionnelle. Le directeur de la mission du centenaire, Joseph Zimet, affirme, à juste titre, dans La Croix que « l’empreinte mondiale de la Grande Guerre se trouve en France ». Pour qui a vécu dans nos terroirs bouleversés par les combats, c’est une évidence. Pour qui a parcouru les champs de bataille du nord et de l’est, des images restent imprimées dans la mémoire : Douaumont, le Chemin des Dames, Notre-Dame de Lorette, pour ne citer que quelques hauts-lieux. D’une façon plus intimiste, il est possible de se recueillir à Villeroy, sur les plateaux au-dessus de Meaux, où Charles Péguy tomba le 5 septembre 1914, à l’âge de 41 ans.

Qu’on le veuille ou pas, il est impossible d’oublier ce passé. Nous en venons, il nous marque encore. Le président de la République en est persuadé, qui a entrepris un périple sur ces lieux mémoriels, dans le but, dit-il, de revivifier le roman national. Curieux qu’il ait repris cette expression, critiquée par beaucoup. Qui l’a inventée ? Je ne saurais le dire. Toutefois, c’est mon ami regretté le sociologue Paul Yonnet qui l’avait, en quelque sorte, jetée dans le débat public, avec la volonté très ferme de rappeler qu’un peuple ne pouvait vivre dans l’oubli de son passé. Et ce passé est doué d’une aura romanesque, qui excède les disciplines historiques.

Pourtant, le même Emmanuel Macron développe aussi, avec la plus grande énergie, un réquisitoire contre le retour des nationalismes, auquel il oppose son progressisme européen. Contradiction ? L’intéressé protesterait et ses porte-parole se chargent de le justifier : «  Le président, explique Sylvain Fort, celui qui écrit ses discours les plus importants, ne sera pas dans le triomphalisme, mais dans les leçons à retenir. » Faut-il compter dans ces leçons la menace d’un retour aux années Trente, qui ont mis fin aux espoirs de paix européenne et mondiale, qui avaient suivi la fin des hostilités ? Là-dessus, les historiens se disputent, et le paradoxe veut qu’un tel désaccord risque de nourrir les hostilités aux prochaines élections européennes.

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