L’éditorial de Gérard Leclerc

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Émission du 5 décembre 2018 : Quelle porte de sortie ?

L'éditorial

Rien de pire pour le pouvoir que cette appréciation de l’intervention du Premier ministre hier : « Macron et Philippe reculent. » C’est pourtant vrai. Édouard Philippe est revenu sur des décisions qui avaient été à l’origine de la révolte. Jusqu’ici, il n’était pas question de bouger sur l’augmentation de la taxe carbone, la convergence de la fiscalité du diesel et de l’essence ainsi que sur la hausse du prix de l’électricité. Reculer, c’est admettre une défaite, reconnaître une impuissance, mettre en évidence sa fragilité. En situation de crise, la stratégie pour l’autorité commande de reprendre la main, de se projeter en avant avec une nouvelle initiative. Force est de reconnaître que, dans l’équilibre des forces qui lui est radicalement défavorable, le président et son premier ministre n’avaient qu’une porte de sortie, tenter de désarmer l’hostilité, tendre la main, esquisser la voie d’une éventuelle possibilité de discuter enfin.

Ramener l’apaisement et la sécurité dans le pays, c’est de toute façon un préalable. Édouard Philippe doit être déçu des premières réactions à son discours, de la part de gilets jaunes qui donnent le sentiment de l’avoir à peine écouté. Est-ce seulement le début d’un processus de décrispation ? Il faudra attendre quelques jours pour le savoir. Si samedi prochain, l’émeute reprend, on sera vraiment très mal. La difficulté de fond, c’est que la révolte n’est nullement conjoncturelle, elle se rapporte à un mal profond lié à l’évolution globale de la planète. Comme l’explique le géographe Christophe Guilluy à L’Obs : « Ce mouvement est un tout, il porte l’expression d’une insécurité économique, sociale, mais aussi culturelle face à un modèle économique mondialisé à l’œuvre depuis plus de trente ans et qui concentre les richesses, les emplois qualifiés dans les grandes métropoles. »

Pour aller à l’encontre d’une telle évolution, il faut s’engager dans une modification radicale de notre modèle économique. Par ailleurs, l’hostilité qui s’est concentrée sur la personne du président défie l’imaginable. Elle le prive, dans l’immédiat, du minimum d’espace de manœuvre. Il faudra au plus vite trouver les moyens de sortir de cette impuissance, mais rien ne se fera sans une sorte de sursaut commun.

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