L'éclairage spirituel de Mgr Matthieu Rougé

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11 septembre 2020 : La beauté des regards

Mgr Rougé

L’obligation actuelle, assez éprouvante il est vrai, de porter un masque nous conduit cependant, et c’est une grâce, à être particulièrement attentifs aux yeux et aux regards.

Connaissez-vous le beau poème de Sully-Prudhomme – grand poète du XIXème siècle mort à Chatenay-Malabry, dans l’actuel diocèse de Nanterre, en 1907 – intitulé « Les yeux » ?

« Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Des yeux sans nombre ont vu l’aurore ; Ils dorment au fond des tombeaux Et le soleil se lève encore.

Les nuits plus douces que les jours Ont enchanté des yeux sans nombre ; Les étoiles brillent toujours Et les yeux se sont remplis d’ombre.

Oh ! qu’ils aient perdu le regard, Non, non, cela n’est pas possible ! Ils se sont tournés quelque part Vers ce qu’on nomme l’invisible ;

Et comme les astres penchants, Nous quittent, mais au ciel demeurent, Les prunelles ont leurs couchants, Mais il n’est pas vrai qu’elles meurent :

Bleus ou noirs, tous aimés, tous beaux, Ouverts à quelque immense aurore, De l’autre côté des tombeaux Les yeux qu’on ferme voient encore ».

J’ai connu une vielle dame, juive mais peu croyante, qui récitait ce poème tous les soirs, comme une sorte de prière. Elle pensait aux yeux de son mari défunt, un peu comme la bien-aimée du Cantique des cantiques. Elle pressentait, comme Sully-Prudhomme, que les regards expriment la vocation humaine à la vie éternelle : « Les prunelles ont leurs couchants, mais il n’est pas vrai qu’elles meurent ». Peut-être se risquait-elle-même, en contemplant les yeux, à un timide acte de foi en l’ « immense aurore » de la Résurrection.

Quant à Jésus, dans l’évangile, on le voit « poser son regard » aimant sur ceux qu’il rencontre (cf. Marc 10, 21), révélant ainsi, au sens fort du terme, la profondeur du regard aimant de Dieu le Père lui-même sur chacune de ses créatures.

Le regard est la porte du cœur, qui permet d’accueillir et d’exprimer ce qu’il y a de plus profond et de plus décisif en chacun. S’il est rude en ce temps d’être privés de la contemplation des visages, également très présents dans la Révélation, il est bienfaisant, profitons-en, de redécouvrir les yeux et les regards !

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