Le Mot de la Semaine

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Émission du 12 octobre 2018 : Le mot de la semaine est « Infox »

Le Mot de la semaine PAD

Louis : S’est diffusé, depuis une semaine et même un peu plus, une nouvelle qui n’est justement pas une fausse nouvelle, entendons la suggestion venue de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, visant à remplacer par le mot « infox » la formule anglaise déplaisante qui s’est répandue, la « fake news », qui n’embellit pas notre langue française. C’est cette proposition que vous avez donc souhaité commenter ce matin, Jean.

Eh bien oui, cher Louis, voilà une contre-proposition, un peu audacieuse dans sa forme, « infox », pour lutter contre l’invasion de cette expression déplaisante tant dans sa forme anglaise que dans son contenu, la « fake news ». Entendons-nous tout de suite sur le fait que ce n’est pas une injonction institutionnelle de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, par le biais de sa Commission de terminologie d’enrichissement de la langue française, toujours présidée par un Académicien, ce n’est de fait qu’une suggestion, avec l’espoir que le mot s’installe peut-être dans la langue française, si l’usage le veut bien. Et quoi qu’il en soit, qu’on aime ou que l’on n’apprécie pas ce terme, infox,  il est toujours de loin préférable à une expression anglaise difficile à prononcer, qui ne renvoie à aucune étymologie française, et qui pollue notre langue. Au passage d’ailleurs, en propageant ces mots anglais, on oublie toujours que la première fois qu’on le rencontre, on ne le comprend pas et on met un moment avant de deviner que ce « fake news » signifie information fallacieuse, cette dernière traduction n’étant d’ailleurs pas plus longue  prononcer… En fait, si on se penche sur les deux mots anglais, news reste facile à comprendre, mais en rien fake, un adjectif qui signifie en gros truqué, avec donc l’intention malhonnête d’induire en erreur. Fake news aurait d’ailleurs pu aussi se traduire par « information truquée », diffusée sur les médias, les réseaux sociaux, les blogs qui sont bien sûr les véhicules privilégiés de cette désinformation.

Louis : Est-ce que, Jean, ce mot, fake est un mot ancien pour les Anglais. Quelle est en définitive son origine ?

C’est en 1775 que le mot fake en anglais d’origine germanique, s’est installé avec le sens de contrefait, donnant le verbe to fake, signifiant notamment « voler ». Rien de bien glorieux donc. Il vient peut-être de to feague, déformer, épicer par des moyens artificiels. Le substantif fake serait né pendant la Guerre de Trente ans, mais la formule fake news en anglais n’est pas en réalité d’hier, elle s’est installée en effet dans le jargon du journalisme anglais dès 1894, et elle surgit dans le langage courant anglais en 2016. Il semble que ce soit avec l’élection du président américain Donald Trump et le Brexit, que les opposants aient considéré que les fake news étaient à l’origine des résultats électoraux. Le mot débarque alors en français et très vite surgit l’idée de le traduire par information toxique. Le 4 juillet 2018, l’Assemblée nationale propose d’ailleurs une loi avec une procédure pour que la justice puisse agir pour le retrait de toute allégation fausse diffusée délibérément sur des médias.

Louis : Et en fait, c’est là aussi en résonance avec des travaux conduits au sein d’institutions consacrées à défendre la langue française.

Oui, on a la chance en France de disposer de l’Académie française et de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France, placée sous l’autorité du ministre chargé de la culture, visant à garantir l’emploi du français, en évitant l’invasion de mots anglais notamment. Existe donc une Commission d’enrichissement de la langue française, toujours présidée par un Académicien, qui a publié le 4 octobre 2018 au journal officiel, une proposition de traduction de fake news par infox, né de deux mots bien français d’origine latine information et intoxication Cela signifie que désormais les administrations peuvent employer ce terme, ou encore utiliser d’autres synonymes, fausse nouvelle, information toxique, mais en aucun cas fake news. Ne pas oublier que nos Institutions font du bon travail, suggérant aux journalistes de relayer les mots « suggérés », car bien sûr rien n’est imposé. Et infox est destiné à  attirer leur attention.

Louis : Infox, en fait ça sonne assez jeune, Jean…C’est volontaire ?

Je le crois, on s’aperçoit que parfois pour attirer l’attention, un petit coup de jeune et un peu d’humour ne sont pas négligeable. Pour ma part je continuerai de dire sérieusement « information fallacieuse » et avec un clin d’œil « infox ». Et puis en vice-président de l’Association très active Défense de la langue française, eh bien je pourchasserai partout le « fake news ». Et le mieux d’ailleurs serait qu’il n’y ait plus du tout de « nouvelles fallacieuses » !

Annexe : Quelle définition de l’information donnent les verbicrucistes : « tuyau de papier », c’est presque dépassé, on pourrait proposer aujourd’hui « tuyau électronique ! » Et j’aime beaucoup aussi, pour informations au pluriel : « Soupe aux canards »…

 

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