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Émission du 3 mai 2019 : Les religions

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Pouvez-vous dresser un bref panorama de l’histoire des religions ?

L’histoire des religions suit un fil rouge : le progrès économique. Avant la révolution agricole, qui date de 10 000 ans avant notre ère, le système de croyance dominant était l’animisme : animaux, arbres, montagnes, rivières, phénomènes naturels (pluie, tonnerre, vent), étaient habités d’un esprit, avec lequel l’homme négociait d’égal à égal un contrat « donnant-donnant » pour obtenir de la nature ce dont il avait besoin (nourriture, fertilité, descendance ou protection). Le premier effet de la révolution agricole fut de transformer les plantes et les animaux domestiqués en membres soumis et inférieurs : pour légitimer cette prise de pouvoir, les hommes de l’Antiquité s’inventèrent des dieux à l’apparence de plus en plus humaine, qui leur concédèrent ce pouvoir en échange d’un culte. Ainsi naquirent les religions polythéistes. Notez que parce qu’il admet la coexistence de plusieurs dieux, le polythéisme est par essence tolérant et non prosélyte.

Que s’est-il passé ensuite ?

Une nouvelle strate est apparue, celle des religions monothéistes (Judaïsme, Christianisme et Islam), lesquelles revendiquent un même père, Abraham, une même ville sainte, Jérusalem, et se définissent également comme des religions révélées et des religions du Livre. En réalité, elles résultent plutôt d’un syncrétisme d’animisme (superstition), de polythéisme (dévotion à des saints locaux), de dualisme (dichotomie bien/mal et corps/esprit) et de monothéisme.

Pourquoi ce glissement vers le monothéisme ?

Toujours pour des raisons économiques : pression démographique, mobilité accrue, guerres et invasions : il y avait dorénavant les croyants… et les autres, étrangers donc forcément mécréants. Parallèlement se sont développées des religions sans Dieu (bouddhisme, taoïsme, confucianisme, stoïcisme, épicurisme) qui prônent l’acceptation du réel et le détachement de tout désir, lequel serait source de souffrance et d’insatisfaction. Mais les religions monothéistes, parce qu’elles croient en un Dieu unique, sont par essence exclusives, universelles et missionnaires. Problème : elles sont au moins trois à revendiquer ce titre ! Et alors qu’elles étaient censées apporter la paix, elles se sont violemment affrontées au cours des siècles, semant terreur, confusion, haine et désolation, y compris dans leurs propres rangs : davantage de chrétiens (entre 5 000 et 10 000 protestants) moururent durant la nuit de la Saint-Barthélemy que sous trois siècles de persécutions romaines !

Et puis intervient le virage humaniste ?

Exact ! Il y a trois siècles, les philosophes des Lumières placent l’homme au centre de tout en affirmant sa dignité, sa liberté, son autonomie, et les facultés de sa raison critique. La connaissance, la science et l’art s’affranchissent définitivement de la religion, considérée comme une construction sociale ayant pour fonction d’assurer la cohésion et l’ordre dans la société, via la menace de l’enfer et la promesse du paradis. L’humanisme chrétien glisse imperceptiblement vers un humanisme athée… ce qui ne l’empêche pas de toujours s’appuyer sur la sagesse évangélique, bien que s’en défendant, d’adopter de nouveaux mythes et de tomber dans de nouvelles aliénations : communisme et matérialisme. Après avoir tué les dieux antiques au profit d’un Dieu unique, le judéo-christianisme devient ainsi le fossoyeur de son propre Dieu, l’athéisme étant l’aboutissement actuel du christianisme.

Et aujourd’hui ?

La pratique et la croyance partagées collectivement s’estompent au profit d’une démarche plus réfléchie, plus personnelle et plus authentique. Chacun se façonne sa part de vérité, et la foi glisse imperceptiblement du domaine public, qu’elle n’aurait peut-être jamais du investir, vers la sphère privée. L’homme d’aujourd’hui n’attend plus de réponses extérieures à lui-même, mais se pose des questions intérieures, à travers la spiritualité, qui est avant tout un chemin sur lequel on s’engage seul, sans savoir où il mènera. Jésus n’entendait pas fonder une nouvelle religion, mais au contraire libérer l’être humain du poids des médiations religieuses, en mettant l’accent sur la liberté individuelle et l’intériorité. En ce sens, son message, forcément subversif, n’appartient pas à la religion chrétienne. La religion c’est du prêt-à-porter, un standard qui se peut se révéler éminemment aliénant et réducteur, mais sécurisant, tandis que la spiritualité c’est de la haute couture. Notons au passage que le respect de la nature et de la diversité, qui est une valeur phare de notre époque, renvoie à l’animisme de nos lointains ancêtres.

Commentaires

  1. Une chronique aurait déjà été pénible à entendre sur France Inter, mais sur Raudio Notre-Dame elle est totalement déplacée. Comment une radio chrétienne peut elle accueillir sans sourciller de telles affirmations: « les religions monothéistes sont nées pour des raisons économiques », « Jésus n’entendait pas fonder une religion », etc… Et la journaliste présente se contente de remercier chaleureusement l’intervenant qui ne reçoit aucune contradiction!… Attention, Radio Notre-Dame, vous avez une mission et une responsabilité, celle d’annoncer le Christ et son message, pas de ramer avec ceux qui souhaitent le réduire à une simple sagesse humaine….

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