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PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 5,12-16

19.04.22
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PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 5,12-16

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PREMIERE LECTURE – Actes des Apôtres 5,12-16

A Jérusalem,
12        par les mains des Apôtres,
beaucoup de signes et de prodiges
s’accomplissaient dans le peuple.
Tous les croyants, d’un même coeur,
se tenaient sous le portique de Salomon.
13        Personne d’autre n’osait se joindre à eux ;
cependant tout le peuple faisait leur éloge,
14        de plus en plus, des foules d’hommes et de femmes,
en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur.
15        On allait jusqu’à sortir les malades sur les places,
en les mettant sur des civières et des brancards :
ainsi, au passage de Pierre,
son ombre couvrirait l’un ou l’autre.
16        La foule accourait aussi des villes voisines de Jérusalem,
en amenant des gens malades ou tourmentés par des esprits impurs.
Et tous étaient guéris.


LA PREMIERE COMMUNAUTE CHRETIENNE
Cette description d’une communauté idéale nous paraît presque trop belle ! Après vingt siècles, nos communautés chrétiennes en sont parfois si loin… Il y a comme cela, dans le livre des Actes des Apôtres, quatre petits tableaux, des résumés de la vie des tout débuts de l’Eglise, de quoi nous faire rêver. N’en déduisons pas que tout était rose pour les premiers Chrétiens ; nous aurons l’occasion au cours des dimanches qui viennent de voir qu’ils ont rencontré des difficultés de toute sorte ; et ils étaient des hommes, nos premiers chrétiens, pas des surhommes. Pourquoi Luc, l’auteur des Actes des Apôtres, a-t-il émaillé son livre de ces tableaux trop beaux ? En retenant de préférence les réussites des premières communautés, il veut peut-être nous encourager à avancer dans le même sens : car une communauté fra      ternelle est une condition indispensable de l’annonce de la Bonne Nouvelle ; or la seule chose qui compte, c’est que la Bonne Nouvelle soit annoncée. Et ce qui a frappé Luc, c’est que rien n’a pu empêcher l’Eglise naissante de se développer : la contagion de la Bonne Nouvelle s’est répandue irrésistiblement. Jésus les avait prévenus : « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1,8). C’est exactement ce qui s’est réalisé progressivement.
Pour l’instant, nous sommes encore à Jérusalem, ce qui veut dire que la résurrection du Christ est encore proche dans le temps : plus précisément, nous sommes au Temple de Jérusalem, sous la colonnade de Salomon ; tout le mur Est du Temple était en fait une colonnade bordant une allée couverte très large ; c’était un lieu de passage et de rencontre, accessible à tous, parce qu’il ne faisait pas partie des enceintes réservées aux Juifs. Cette remarque de Luc « Tous les croyants, d’un même coeur, se tenaient sous le portique de Salomon » est très révélatrice : elle prouve que, dans un premier temps, après la mort et la Résurrection de Jésus, les Apôtres n’ont pas tout de suite cessé de fréquenter le Temple : ils sont Juifs et ils le restent ! Leur foi juive n’est d’ailleurs que plus forte après tous ces événements : puisque, à leurs yeux, les promesses de l’Ancien Testament sont enfin accomplies. Le fossé entre les Chrétiens et les Juifs qui ne reconnaissent pas Jésus comme le Messie ne se creusera que peu à peu. Mais on sent un peu déjà dans le texte d’aujourd’hui l’amorce de cette séparation : « Tous les croyants (sous-entendu disciples du Christ), d’un même coeur, se tenaient sous le portique de Salomon. Personne d’autre n’osait se joindre à eux ». Cela veut dire qu’ils formaient déjà un groupe à part au sein du peuple juif.
DANS LES PAS DU CHRIST
Dans la deuxième partie du texte de ce dimanche, Luc fait, de toute évidence, un parallèle avec les débuts de la prédication de Jésus, quelques années auparavant. A propos des Apôtres, il écrit : « La foule accourait aussi des villes voisines de Jérusalem, en amenant des gens malades ou tourmentés par des esprits impurs.    Et tous étaient guéris. » Le même Luc écrivait dans son évangile à propos de Jésus : « Au coucher du soleil, tous ceux qui avaient des malades atteints de différentes infirmités les lui amenèrent. Et Jésus, imposant les mains à chacun d’eux, les guérissait. Et même des démons sortaient de beaucoup d’entre eux… » (Lc 4,40-41). Or, quand le prophète Isaïe annonçait la venue du Messie, il disait : « Alors, se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. » (Is 35,5-6).
Et quand les disciples de Jean-Baptiste sont venus demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir (sous-entendu le Messie) ? », Jésus a répondu dans les mêmes termes : « Allez annoncer à Jean ce que vous avez vu et entendu : les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la bonne nouvelle. » (Lc 7,22-23). En insistant sur les guérisons opérées par Pierre et les Apôtres, Luc veut donc nous dire : c’est bien la même oeuvre du Messie qui continue ; les apôtres ont pris le relais.
Alors on comprend où il veut en venir ; il fait l’histoire des Apôtres dans le but bien précis de dire à sa communauté : à vous de prendre le relais des Apôtres maintenant, le Christ compte sur vous ! Grâce à ce témoignage des apôtres, « de plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur. » Ils s’attachaient au Seigneur, non aux apôtres… mais au Seigneur PAR les apôtres. L’évangélisation du monde ne se fait pas toute seule ! Ou, pour le dire autrement, l’évangélisation a besoin d’évangélisateurs ! Luc nous dit encore une fois : « A bon entendeur, salut ! »
A relire d’un peu plus près encore ces versets, on remarque une chose : Saint Luc n’attribue pas d’abord ces conversions nombreuses aux miracles opérés par les apôtres : « Tous les croyants, d’un même coeur, se tenaient sous le portique de Salomon. Personne d’autre n’osait se joindre à eux ; cependant tout le peuple faisait leur éloge, de plus en plus, des foules d’hommes et de femmes, en devenant croyants, s’attachaient au Seigneur.
Du coup, on peut se demander : le jour où on pourra dire de nos communautés paroissiales « qu’elles ont un même coeur », peut-être ce jour-là, des hommes et des femmes de plus en plus nombreux adhéreront-ils au Seigneur…? C’est bien le souhait du Seigneur : « A ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35). Cela n’est pas au-dessus de nos forces : les premiers Chrétiens étaient des hommes et des femmes comme nous ! Dans d’autres passages du livre des Actes, on en a largement la preuve : les désaccords, les disputes, et autres tentations n’ont pas manqué !
Faut-il en déduire que les miracles non plus ne sont pas au-dessus de nos forces ? Saint Pierre et les autres apôtres n’étaient pas des surhommes ; Pierre lui-même dira à Corneille qui s’agenouillait devant lui : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi ». (Ac 10,26). C’est peut-être seulement la foi qui nous manque ?

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