Carte blanche de Didier Rance

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24 février 2018 : L’esprit au bout du rouleau – HG Wells

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Avec son fameux transhumanisme, notre époque se croit originale. En fait elle n’essaie de que de mettre en œuvre concrètement non seulement un vieux rêve de l’humanité, pensons pour ne dire qu’un ou deux noms au Golem et à la science-fiction. Un de ceux qui ont appelé avec le plus de voix cet évènement du post-humain n’est autre que Herbert George Wells, l’auteur de La guerre des Mondes, sinon le créateur du moins le premier maitre (certains pensent, toujours imité, parfois égalé, jamais dépassé) du genre. Toute sa vie ou presque, Wells se crut investi de la mission d’indiquer à l’humanité ce qui lui convenait le pire, – à savoir la religion, et ce qui lui convenait le mieux – ses idées. Au milieu des années 30, il pensa avoir trouvé le mieux en Staline, dont il disait qu’il n’avait « jamais rencontré un homme plus juste, plus candide et plus honnête ». Mais dix ans plus tard, « l’écrivain célèbre qui se crut jadis naïvement le prophète du futur paradis des machines, du nouvel âge d’or », comme disait de lui Bernanos, était, revenu de ses illusions, de plus en plus sombre et de plus en plus désespéré quant à l’humanité. Quelques mois avant sa mort, il publie l’Esprit au bout du rouleau, qui se veut son testament, le livre après lequel il n’a plus rien à dire ni à écrire (de fait, il meurt l’année suivante). J’ai lu ce petit ouvrage au ton apocalyptique : la fin de toute chose approche… l’homme est dans une impasse dont il ne peut pas sortir… notre ruine est inéluctable… L’espèce humaine est en fin de course… Le monde humain n’est pas seulement en faillite, il est liquidé, il ne laissera rien derrière lui ». C’est pourquoi Wells lance un appel désespéré à remplacer l’homme sur terre par .. Par qui ? Il ne le sait pas, mais tout sauf l’homme. A la même époque, il demande qu’on mette comme épitaphe sur sa tombe : « Je vous l’avais bien dit, espèces de fous (littéralement « imbéciles damnés ».

Sous ses allures optimistes et conquérantes, n’est-ce pas le secret du transhumanisme ? Non pas un signe d’optimisme, mais de profond pessimiste, et même de désespoir, l’aveu d’une faillite. Qu’il soit concomitant de la montée de l’euthanasie m’en semble une preuve.

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