Carte blanche de Didier Rance

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1 octobre 2016 : Comment on écrit l’histoire

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 Comment on écrit l’histoire 

 

Comment on écrit l’histoire ? est le titre d’un ouvrage de Paul Veyne qui fit quelque bruit dans le milieu des historiens lors de sa parution en 1971, qui lui valut le soutien de Raymond Aron qui le fit entrer entrée au Collège de France à 45 ans, avant de s’apercevoir rapidement de sa méprise. Dans le climat alors dominant les études historiques en France, marxisme et structuralisme, voire un mâtinage des deux, à la Sorbonne où j’apprenais cette discipline, comme ailleurs, l’essai à la limite du pamphlet de Veyne apparut comme un souffle d’air frais : l’histoire échappait aux théories a priori, aux idéologies à prétention scientifiques pour redevenir narration, intrigue, compréhension.

En fait, ses mémoires le montrent bien, Paul Veyne n’était pas moins idéologue ou scientiste que ceux qu’il critiquait. Il avait son ou plutôt ses maitres à penser : Nietzsche et le disciple de ce dernier, Michel Foucault. Comme la Providence chez Bossuet, le Progrès chez Condorcet ou le matérialisme dialectique et la lutte des classes chez Marx , un Deus ex machina préside aux choses du temps, à l’histoire : le Pouvoir, avec un grand P y compris dans les petites choses, tout comme la Providence chez Bossuet – mais aussi dans les Evangiles – se soucie du moindre de nos actes. Certes le Dieu de Veyne est aveugle et incompréhensible, mais son action ne l’est que trop : le pouvoir sous les vêtements qu’il emprunte au fil des âges – celui du biopouvoir pour le nôtre – est le maître.

 

Idéologie encore ! Faut-il au contraire revenir aux « faits bruts », aux pages de statistiques et les baptiser « Histoire » ? Que non ! Irénée-Henry Marrou a montré qu’une histoire compréhensive est possible, respectueuse à la fois des découvertes sur les ressorts de l’action humaine, et de la liberté de chacun, à commencer par celle de Dieu qui prend pour nous el visage du mystère. D’ailleurs Veyne lui-même dans un de ses derniers ouvrages, sur l’empereur Constantin, semble abandonné la voie qu’il suivait pour présenter un homme de convictions autant que de pouvoir.

 

Didier Rance

 

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