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Etudiants confinés : les aumôneries tentent de maintenir le lien à distance

Un mois et demi. C’est le temps que les étudiants ont passé à l’université cette année avant d’être reconfinés début novembre. Pour les aumôneries, situées au cœur des campus, l’absence de vie étudiante a rendu plus difficile le maintien du lien avec les étudiants, ou encore l’accueil des élèves de première année.

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L’une des dernières retraites de l’aumônerie du Monde de la Santé de Paris remonte au mois de juillet où les étudiants étaient parti un week-end à Notre-Dame de l’Ouÿe.

Les réseaux pour maintenir le lien

Alors que d’ordinaire les aumôneries sont des lieux d’allées et venues d’étudiants, de discussions plus au moins animées, et de musique, aujourd’hui le silence règne sur le campus.  » En temps normal, nous avions au moins une activité par jour, raconte Louise, étudiante en 3ème année d’histoire à l’Institut catholique de Paris (ICP), nous nous retrouvions pour des cafés théologiques, des maraudes, des louanges ou même parfois pour déjeuner ensemble ou jouer aux cartes sur un coin de table. » Ce temps-là paraît bien loin, car à présent tout se fait via les réseaux sociaux. Groupes WhatsApp, réflexions sur Zoom, les aumôneries s’adaptent : « Tous les quinze jours, nous faisons une rencontre en ligne, détaille Gabrielle Villetard, responsable de l’aumônerie du Monde de la Santé à Paris, « Nous nous sommes plongés dans l’encyclique Tutti Fratelli sortie début octobre. Nous essayons également de faire venir des intervenants comme un prêtre, une missionnaire. Il faut varier parce que les rencontres s’essoufflent plus facilement en ligne. »

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Aujourd’hui, les étudiants attendent avec impatience de se retrouver et de prier, échanger en présentiel.

Pour certains étudiants, il est plus difficile que d’autres de rester connectés, et engagés à distance. Ils ne sont pas nombreux mais ils existent. Ces personnes moins réactives dans les conversations de groupe, plus propices à s’isoler, à couper le lien par lassitude, solitude, déprime ou manque de motivation. Des étudiants de l’aumônerie de l’Institut catholique de Paris les connaissent déjà:   » Nous savions à peu près qui avait le risque de se replier sur soi parce que nous nous connaissons bien, raconte Louise, et il y avait des personnes qui se sentaient seules aussi, c’est pourquoi nous avons créé un système d’ange gardien : chaque personne est chargée de prendre des nouvelles d’une autre personne par appel, par lettres peu importe. » Sophie Imbert, responsable de l’aumônerie de l’ICP, s’est également prêtée au jeu :  » J’envoie des petits messages assez légers pour demander comment se passent les partiels par exemple. Je demande, « est-ce que tu veux qu’on s’appelle ? C’est beaucoup du one to one, j’ai dû écrire une cinquantaine de mots comme cela. » 

Cependant responsables d’aumôneries et étudiants le reconnaissent : les moments de convivialité leur manquent.  Seules les actions de solidarité comme les maraudes, ont permis aux étudiants de se retrouver et de s’investir concrètement.

Un besoin de se rencontrer ailleurs que derrière un écran

Le constat est le même partout : le distanciel ne remplacera jamais le présentiel. Si jusque là, les aumôneries se sont débrouillées pour maintenir le lien comme elles le pouvaient, une lassitude s’installe.  » Les étudiants sont sur Zoom toute la journée, explique Sophie Imbert, donc leur dire  » venez, on a une réunion de l’aumônerie » après leur journée de cours, c’est compliqué. » Gabrielle Villetard, responsable de l’aumônerie du Monde de la santé, en arrive à la même conclusion. Toutes les deux ont fait l’expérience d’une légère baisse du nombre d’élèves présents lors des réunions aumônerie. Elles ont essayé de s’adapter en invitant à participer à une messe par exemple, mais difficile pour les étudiants de s’y retrouver tant leurs horaires de cours sont différentes. L’arrivée du couvre-feu a également empêché toute possibilité de rencontre dans un endroit  » qui puissent les accueillir en respectant les normes sanitaires en vigueur« .  Quant aux soirées, aux retraites, ou même aux week-ends ensemble, tout a été annulé.

Le manque de communication du gouvernement sur une échéance possible de retour à l’université est pesant pour les étudiants.  » Les étudiants de première année pourront reprendre début février pour les travaux dirigés en demi-groupe, mais pour le reste, des licences 2 au masters 2 … Je pense que ça ne sera pas avant les vacances de février de toutes façons, » déplore Louise. Dans son aumônerie, ils s’étaient rapidement retrouvé pour l’organisation d’un père Noël secret en décembre – chacun tire le nom d’une personne au hasard et doit lui acheter un cadeau – mais une fois de plus c’était un échange très rapide, sans repas en raison du couvre-feu. 

Aumônerie ICP
Hors coronavirus, les étudiants de l’aumônerie de l’Institut catholique de Paris avaient l’habitude de se retrouver toutes les semaines pour des rencontres, des retraites ou même un simple repas.

 

La difficulté d’intégration des premières années

Enfin la dernière difficulté qui s’est posée dans les aumôneries est l’intégration des élèves tout juste sortis du lycée. D’ordinaire, ce passage du secondaire à l’université marque déjà un cap dans la vie d’un jeune : nouvelle manière de vivre et de travailler, plus de libertés, des amis éparpillés dans différents établissements. Les premiers mois sont importants pour que chacun trouve de nouveaux repères. Pauline, 18 ans, fait des études d’art et vient tout juste d’intégrer l’aumônerie du Monde de la Santé. Elle cherchait une aumônerie puisqu’elle avait l’habitude d’y aller au lycée déjà et Gabrielle Villetard l’a accueilli à bras ouverts. Cependant, apprendre à connaître les autres a été assez compliqué pour elle : « En visio, on ne voit pas tout le monde à l’écran, j’avais du mal à retenir qui était là, ou pas là. À distance, nous avons moins l’envie de discuter parce qu’on n’a pas la proximité ou le confort que l’on peut avoir en présentiel. » Pauline n’a rencontré les étudiants de l’aumônerie qu’une fois depuis qu’elle est à l’université, mais elle essaie de voir le côté positif: « même si nous sommes en visio, cela me permet de rencontrer des gens, et de débattre de sujets qui m’intéressent. Pour moi, ce n’est pas forcément la même chose que pendant les cours. » 

De son côté, la responsable d’aumônerie à l’Institut catholique, Sophie Imbert, explique avoir vu une différence entre les deux confinements : « Pendant le premier confinement, les jeunes se connaissaient entre eux, ils avaient eu l’occasion de se rencontrer les premières années. Là, les nouveaux élèves ne connaissent pas leurs professeurs, ne se connaissent pas entre eux, c’est plus difficile. » Malgré les difficultés, les jeunes gardent espoir. Louise conclut, optimiste :  » Les étudiants n’ont pas abandonnés, ils ont confiance en la fraternité de l’aumônerie. Lorsque nous pourrons reproposer des choses, ils seront présents ! » Reste à savoir, quand cela sera possible.