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Raphaël Doan : “On voit bien que la société française n’arrive plus à se défaire du réflexe assimilateur, sauf qu’on ne l’assume plus”

C’est en plein cœur des débats autour du projet de loi sur le séparatisme, que Louis Daufresne recevait ce mercredi 27 janvier Raphaël Doan énarque et auteur de l’ouvrage “Le rêve de l’assimilation”, un livre qui interroge une notion complexe, celle de l’assimilation, face aux problématiques de notre époque, marquée par les crises migratoires et la mondialisation. 

Que sait-on de “l’assimilation à la française” ? Alors que le projet de loi sur les séparatismes vient d’être voté en commission par les députés, avant d’être examiné en séance à l’Assemblée nationale à partir du 1er février, le concept d’assimilation est réactualisé dans le débat politique. L’historien, Raphaël Doan, en a d’ailleurs fait un sujet d’études à travers son nouvel ouvrage :“Le rêve de l’assimilation”, paru à la mi-janvier aux éditions Passés Composés. Le jeune énarque et agrégé de lettres classiques offre une réflexion sur les pratiques d’assimilation à travers l’histoire, depuis l’Antiquité à nos jours, et partout dans le monde, de l’Europe en passant par l’Amérique, l’Asie et l’Arabie. Il était l’invité de Louis Daufresne dans Le Grand Témoin du jour. 

Une connotation politique héritée de la IIIe République

Pour l’auteur de “Quand Rome inventait le populisme”, “on parle encore trop peu de ce concept qui mérite d’être étudié pour essayer de comprendre ce qu’il se passe aujourd’hui dans l’actualité”. Après avoir été longuement associé à la IIIe République et à ce passé colonial, puis remplacé par la formule plus policée “d’intégration”, le terme “assimilation” a connu un retour en grâce dans les années 2010 d’abord à l’extrême droite et à droite, notamment sous Nicolas Sarkozy, puis avec certaines figures de la gauche, tel que Manuel Valls. “Mais, j’ai toujours trouvé que la façon dont on en parlait à cette époque était superficielle”, analyse Raphaël Doan. 

En sociologie, l’assimilation se définit comme le “processus par lequel un groupe social modifie les individus qui lui viennent de l’extérieur et les intègre à sa propre civilisation”, d’après le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales. “Il peut y avoir plusieurs circonstances dans lesquelles on veut pratiquer l’assimilation : soit c’est un cas d’émigration, soit c’est impérialiste. Dans ce cas, il s’agit d’un pays qui conquiert un autre pays et qui veut lui imposer sa civilisation”, affirme Raphaël Doan. Les raisons qui poussent à l’assimilation sont multiples d’après l’historien : la première, et la plus controversée aujourd’hui, tient à la conviction selon laquelle « on a une culture qui mérite d’être apportée à d’autres personnes”. “On est revenu sur cette réflexion, car on ne considère plus que notre culture soit supérieure à d’autres, bien qu’il subsiste des réflexes allant dans ce sens. L’autre raison tient au fait qu’une société est plus forte lorsqu’elle est plus homogène.

Manque de mixité

Or, cette connotation politique et coloniale contribue aujourd’hui à un “blocage dans l’utilisation de ce terme”. “On voit bien que la société française n’arrive plus à se défaire du réflexe assimilateur, sauf qu’on ne l’assume plus”, résume-t-il. Premier exemple en date, “la loi sur les séparatismes qui ressemble à une méthode d’assimilation”. De même que les lois de 2004 et de 2010 sur le port du voile, sont, d’après lui, des lois d’assimilation qui ne disent pas leur nom, sous couvert du principe de laïcité. Résultat, le message envoyé à la population est équivoque : “Le marché que l’on propose aux nouveaux arrivants n’est pas clair. D’un côté on leur dit : « Soyez fier de vos différences, de vos origines, de vos racines, et en même temps on leur fait comprendre qu’il faut ressembler aux Français pour entrer dans le moule de la société française. Forcément ça crée des malentendus”. 

L’assimilation c’est d’abord quelque chose de culturel, qui touche aux mœurs, aux manières de vivre

L’un des principaux freins à une “assimilation réussie” tient “au manque de mixité”, souligne-t-il. Et de prendre pour exemple, le cas du Danemark qui a pris des mesures pour limiter le nombre d’élèves issus de l’immigration et favoriser la mixité culturelle dans les classes. Une mesure jugée polémique et fortement discriminatoire et qui avait suscité un scandale en 2017 dans tout le pays.

L’assimilation c’est d’abord quelque chose de culturel, qui touche aux mœurs, aux manières de vivre”, explique-t-il avant de citer un autre exemple, celui de la Rome antique, fondée à partir d’un assemblage de populations venues de diverses origines : “Les Romains avaient déjà utilisé les mêmes outils que la France de la IIIe république : le rôle de l’apprentissage de la langue à l’école, le rôle de l’armée romaine, le rôle de l’urbanisme servaient à donner un cadre de vie, tout en respectant les cultures locales. Il n’y a pas besoin d’imposer une croyance”.