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Pourquoi la saint-Patrick est-elle si importante pour les Irlandais ?

Le 17 mars est le jour le plus important de l’année pour les Irlandais du monde entier. Si officiellement l’Irlande n’a pas de fête nationale, la Saint Patrick en tient lieu.

Du vert, de la Guinness, le tout sur un air de U2. On dirait la recette parfaite pour célébrer la Saint Patrick comme il se doit en Irlande. Malheureusement cette année, pandémie oblige, les gosiers resteront secs et les rues ne prendront pas leurs habituelles couleurs vertes. Il n’empêche que le 17 mars reste une journée importante pour tous les Irlandais. Elle est d’ailleurs fériée depuis 1903. 

Saint Patrick, un saint pas très irlandais…

Tout Irlandais qui se respecte “doit” en théorie connaître l’histoire de son saint patron. “Patrick” serait né en 387 après JC juste au sud du mur d’Hadrien en Grande-Bretagne, qui faisait partie de l’Empire romain. Il n’était donc pas irlandais ! Capturé à l’âge de 16 ans par des pirates, il est alors réduit en esclavage pendant six ans. Une fois en liberté, il part quelque temps en France où il devient évêque. Il sent naître son attachement pour son Irlande d’adoption, là où il a pourtant connu la servitude. Il fait la promesse d’y retourner un jour pour évangéliser le pays. C’est plus convaincu que jamais qu’il débarque en 432 sur les terres sauvages d’Irlande. Il y multiplie prédications et conversions au sein d’une population dont il connaît les coutumes, la langue. C’est d’ailleurs lors d’un sermon donné à Rock de Cashel (sermon demeuré célèbre) qu’il brandit un trèfle comme référence de la Trinité. La feuille de trèfle deviendra dès lors le symbole de l’Irlande. 

La légende raconte que c’est à ce moment-là que furent chassés tous les serpents du pays. Si de serpents il n’y avait point dans cette région septentrionale, la métaphore illustre plutôt la disparition des anciennes religions païennes au profit du christianisme. En moins de trente ans, Patrick a baptisé, confirmé et ordonné des milliers de prêtres, et a érigé des écoles et des monastères. Lorsque meurt Patrick le 17 mars 461, à Armagh en Irlande du Nord, l’Irlande est chrétienne sans avoir compté un seul martyr. « Saint Patrick fut le premier Primat d’Irlande. Mais il fut surtout celui qui sut mettre dans l’âme irlandaise une tradition religieuse si profonde que chaque chrétien en Irlande peut à juste titre se dire l’héritier de saint Patrick”, déclara Jean-Paul II lors d’un voyage apostolique en Irlande en 1979. 

Une tradition religieuse qui s’est laïcisée

Traditionnellement, le 17 mars n’avait qu’une vocation religieuse. Il faut attendre 1630 pour que cette journée soit ajoutée au bréviaire catholique en tant que “fête de la saint Patrick”. On porte alors uniquement la croix et le trèfle pour assister aux services religieux. Point de vert parmi les représentations de Saint-Patrick, le saint se couvre à cette époque de bleu. Au fur et à mesure que les symboles bleus sont associés à la domination anglaise, le bleu vire au vert, symbole de la rébellion irlandaise. Si les festivités se cantonnent encore au cercle privé, la vague d’émigration irlandaise en Amérique dans les années 1850, donne à la tradition une autre échelle. A cette époque, l’Irlande est touchée par une grave famine qui pousse des milliers d’individus à traverser l’Atlantique pour survivre. Cette diaspora basée aux Etats-Unis amène avec elle ses coutumes et sa fête du 17 mars, une fête devenue au fil du temps, largement laïque. 

Le symbole de la rébellion nationaliste

Mais la Saint Patrick a également joué un rôle unificateur pendant la colonisation britannique.  “L’Irlande était alors régie par le système des lois pénales pour faire pression sur les catholiques afin qu’ils se convertissent à la Church of Ireland (version locale de l’anglicanisme)”, explique Alexandra Mclennan-Slaby, maître de conférences en études anglophones à l’université de Caen-Normandie et spécialiste de la civilisation irlandaise. “Ces lois les réduisaient à des citoyens de seconde zone ». Dans cette lutte émancipatrice, le catholicisme irlandais et le nationalisme se retrouvent alliés. La Ligue gaélique, qui s’inscrivait dans ce courant nationaliste, a donc été créée en 1893 par Eoin MacNeill pour encourager l’utilisation de l’irlandais dans la vie quotidienne et contrer l’anglicisation en cours du pays. Elle a ainsi fait campagne pour faire de la Saint-Patrick un jour férié. Le 17 mars représente dès lors une occasion symbolique pour les Irlandais de réfléchir à leur identité et de regarder en arrière avec nostalgie l’Irlande ancienne. D’ailleurs, dans l’imaginaire collectif, l’image de Saint-Patrick chassant les serpents est devenue une métaphore de la lutte contre la domination britannique. 

Aujourd’hui, la plupart des pays occidentaux marquent le 17 mars et se parent de vert. C’est le cas aux Etats-Unis où la ville de New York organise la plus grande parade dédiée avec plus de 200 000 participants et plus de deux millions de spectateurs sur la 5e Avenue. A Chicago, la municipalité teint en vert la rivière qui traverse la ville. En France aussi, les clins d’œil ne manquent pas : de nombreux pubs se mettent également au diapason.

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