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Le père Pascal Ide sur l’écologie : « Je suis contre l’anthropocentrisme d’un côté, et contre le biocentrisme de l’autre »

Le Grand Témoin – A l’heure où l’écologie est devenue un enjeu idéologique et politique, une nouvelle source de pouvoir et de batailles, comment la relier à la grande histoire de la création, comment l’enraciner dans un projet ? C’est à cette question que tente de répondre le Père Pascal Ide au micro de Louis Daufresne.

EE-Les_4_sens_de_la_nature-BD-768x1125Faire coïncider la nature et les écritures à travers une grille de lecture : voilà ce qu’a entrepris le Père Pascal Ide à travers l’écriture de son ouvrage paru aux éditions de l’Emmanuel : « Les quatre sens de la nature ».

« Nature et futur ont des racines communes », explique le Père Ide qui préfère pour autant parler de « l’avenir, à venir, ce qui advient ».

Il explique que dans la grande histoire de la création et les Ecritures, il existe plusieurs niveaux de lecture d’un même mot. Il prend pour exemple le « temple de Jérusalem ». « Il y a le sens littéral du mot temple », explique-t-il, « il y a un deuxième sens allégorique, pour le chrétien, c’est le temple qu’est le Christ ». Il y a également le sens moral : « le temple est aussi le corps propre de l’homme, nous sommes le temple de l’Esprit Saint ». Et enfin, quatrième sens, le sens eschatologique : « la Jérusalem céleste, ce que nous vivrons au Ciel ». « Ces quatre sens superposés sont inscrits dans une histoire », souligne le père Pascal Ide, celle de « l’Ancien Testament, du nouveau Testament, le temps de l’Eglise et ultimement le temps des fins dernières ». Une grille de lecture qu’il applique donc à la nature dans son dernier ouvrage.

« Un grand récit de la nature » comme le dit Michel Serres

« On ne fait pas que décrire la nature depuis une dizaine d’années », explique le père Pascal Ide, « on voit que la nature elle-même s’inscrit dans une histoire, on ne la comprend que quand on raconte son histoire ». Revenant sur le créationnisme et sa théorie, le père évoque la lettre de Darwin à sa femme, lettre dans laquelle « il disait craindre que la théorie de l’évolution amène une substitution de dieu par le processus de la nature ». Le père Pascal Ide ne se dit pas du tout « gêner par la théorie de l’évolution ». « Cette théorie honore pleinement la création et la nature, en montrant combien Dieu a disposé dans la nature elle-même une ressource pour quelle évolue », ajoute-t-il.

« Dans la vision même de Dieu », explique le Père Pascal Ide, « il y a ultimement une réconciliation entre l’homme, entre l’homme et la nature et avec l’œuvre de l’homme ».

« La technique est bonne, mais il peut y en avoir une mésutilisation », le Père Pascal Ide

« Que la croissance soit spirituelle et éthique avant d’être matérielle et que la croissance matérielle soit mesurée », c’est une évidence, déclare le père Pascal Ide, « mais il n’est pas juste de poser des principes de limitation », ajoute-t-il. A ses yeux, « la technophobie n’est pas plus juste que le paradigme technocratique qui est de la technolâtrie, le fait d’adorer la technique ». Pour lui, aujourd’hui, « il s’agit de refuser l’homme prédateur, mais aussi de refuser l’homme comme proie qui désormais doit payer le mal qu’il a fait à la nature, lui-même en disparaissant ». « Je suis contre l’anthropocentrisme d’un côté, et contre le biocentrisme de l’autre », souligne-t-il, « c’est ce qui permet une juste vision de la nature ». Il ajoute : il n’y a « pas la nature sans l’homme et pas l’homme sans la nature, et à ce titre la prise de conscience écologique est très précieuse, à la fois dans la gratitude et la responsabilité ».

Les 4 sens de la nature

Il y a un premier sens littéraliste : « la nature pour elle-même », souligne le père Pascal Ide. Il y a le sens anthropologique : « la nature ne se comprend qu’avec l’homme qui perfectionne cette nature ». Il y a le sens moral : c’est le « sens écologique… l’homme est responsable de la nature ». En fin, il y a le sens eschatologique : « le Bon Dieu veut cette convergence avec responsabilité entre l’homme à l’égard de la nature et le service que celle-ci rend à l’homme ». Le Père Pascal Ide alerte sur la tentation actuelle qui « n’est plus seulement athée », dit-il. « Elle est beaucoup plus moniste, avec des philosophies orientales qui ne font plus de différences entre dieu, l’homme et la nature », qui estiment que  « nous sommes finalement une part de l’essence divine ». Le père Pascal Ide le répète : « la juste vision analogique n’est ni athée ni moniste, elle est monothéiste, cela permet de maintenir l’équilibre ».

Ecologie et politique

« Les politiques devraient avoir à côté d’eux des conseillers qui ont une vision à long terme de l’écologie », suggère le Père Pascal Ide. Le politique doit, à ses yeux, rester pratique mais a-t-il pour autant lui-même « une véritable contemplation qui lui permet à la fois d’enraciner son action et de lui donner du souffle et du long terme ? ». C’est une question qui doit plus qua jamais se poser, reconnaît le père. Et d’évoquer, pour conclure, la crise pandémique que nous traversons. « On est fixé sur les questions de morts, il y a une espèce de fétichisation de la vie », regrette-t-il, on oublie que « l’être humain est fait pour entrer en relation ». Le père Ide le constate : aujourd’hui 1/3 de la population a des syndromes dépressifs, 1/5 a des syndromes addictifs. « Qu’est ce que cela va donner dans 20 ans ? », interroge-t-il. Il nous faut « une vision du temps enracinée dans le passé et ouverte vers l’avenir ».

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