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« Le Grand Témoin » – Raphaël Rossello, banquier d’affaires : « je suis un libéral convaincu mais je n’aime pas la dérive du néo-libéralisme »

11 milliards d’euros de prêts mis à la disposition des entreprises dès le début du mois de mai. Mais que se passera-t-il à la sortie dans la pandémie alors que la croissance ne repose que sur l’endettement et que la dette nourrit la croissance comme un cercle sans fin ? Viser le long terme et non plus le court terme, c’est ce que propose Raphaël Rossello à la lumière de sa longue expérience de banquier d’affaires.

L-opportunite-du-Covid-19Raphaël Rossello, banquier d’affaires, est l’auteur de « L’opportunité du Covid-19 » (Mareuil éditions). Et si cette crise sanitaire était une chance ? Si la pandémie nous permettait d’aborder autrement la croissance et de revoir ses fondements ?

« Il y a les malheureux de la pandémie », la sous-traitance automobile, l’aéronautique, la restauration et l’hôtellerie qui sont particulièrement touchés et il y a les « heureux » comme les laboratoires d’analyses, la pharma, les fabricants et les distributeurs de protections de la personne, explique Raphaël Rossello. « Les différentes aides déployées ne sont qu’une trousse de premier secours », ajoute-t-il, « pour moi, ça ne répond pas aux problèmes posés avant le Covid ».

« Depuis 50 ans, nous avons une croissance qui s’est effondrée et qui n’est de plus en plus réelle que par l’endettement qui lui correspond »

« Pendant 200 ans on a connu en France une très forte croissante et pratiquement pas de déficit », explique Raphaël Rossello, désormais la croissance n’est le reflet que de la dette qu’on lui injecte pour la faire survivre. « Je considère que ce gâteau se rétrécit ». Pour le banquier d’affaires,  il y a d’ailleurs des indicateurs comme « le ressenti des populations, ce que l’on appelle le climat d’incertitude ». « Il est au plus haut depuis la crise de subprimes« , dit-il. S’il y eu création de patrimoine – l’épargne , il n’y a pas eu création nette de richesses. « On a remplacé les anciens rentiers par de nouveaux rentiers comme Google ou Amazon », analyse-t-il, « le mal est encore pire car ils ont beaucoup plus de pouvoirs économiques que les rentiers au XIXème siècle ! ».

Pour Raphaël Rossello, « les élites dirigeantes sont prises à leur propre piège« , car « elles ont une vision conceptuelle du monde – en cela elles sont sincères – mais cette vision repose sur des hypothèses qui sont », selon lui, « fausses ». Par exemple : la dette va être remboursée par la croissance. « Ce n’est plus possible puisqu’elle est elle-même dépendante de la dette », insiste-t-il. Il ajoute que cette dette ne peut être annulée car « la dette c’est la BCE, la BCE c’est l’Allemagne, et l’Allemagne n’acceptera jamais d’annuler la dette ».

« Le problème est de commencer un discours de vérité dont les fruits ne se verront probablement qu’au bout d’une génération »

« On est aujourd’hui dans la logique du ‘il faut sauver le soldat français’, l’oxygène c’est l’argent », poursuit-il, « si on repart dans la période post-Covid dans la même logique folle, on ne fera que s’appauvrir ». Et Raphaël Rossello de reconnaître qu’il rencontre « malheureusement beaucoup de grands cyniques ». « Ils me disent, on aura une guerre civile, qui se transformera peut-être en une guerre et ça recréera de la croissance ! ». A côté de cela, il note également « la résurgence d’un vieux marxisme rampant qui dit que ce ce sera la révolution ». « Pourquoi ne serions-nous pas en mesure de définir une sorte de chemin critique qui va prendre au moins 20 ans, la croissance étant devenue un mythe illusoire ? », interroge l’auteur de « L’opportunité du Covid-19 ». « Il faut désormais regarder l’activité humaine qui permet de payer les retraites, les pensions, les services sociaux,… regardons la part qui peut être allouer aux rémunérations du patrimoine ! ». Il regrette que cette pensée ne soit pas mise dès aujourd’hui en application, en partie à cause de « l’impérialisme du court terme » : « tout le monde attend des solutions pour 2024 mais si l’on persiste là dedans,  l’atterrissage pour nos enfants en 2034 et 2044 risque d’être la cata ! », ajoute-t-il, avant de conclure : « je suis un libéral convaincu mais je n’aime pas la dérive du néo-libéralisme… La différence est dans la règlementation, c’est-à-dire le contre-pouvoir ».

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