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Liban : un naufrage économique et social

La France tente d’apporter son aide. Cet ancien protectorat français entre 1923 et 1945, peuplé de six millions d’habitants, avait la particularité d’être gouverné par une trilogie confessionnelle.

Le président est un catholique maronite, le président de la chambre des députés une personnalité  chiite et le chef du gouvernement une personnalité sunnite.

Sans gouvernance depuis des mois, le président Michel Aoun n’espère pas  retrouver un gouvernement stable avant le printemps.                                                               

Le Liban connaît un véritable naufrage économique depuis près d’un an, qui s’explique d’abord par une crise du secteur financier. Après avoir pendant longtemps attiré des capitaux étrangers (notamment en provenance de la diaspora libanaise, s’octroyant ainsi le surnom de « Suisse du Moyen-Orient », le pays a vu le système se gripper. Les tensions géopolitiques de la région ont découragé les investisseurs.

Résultat : les banques libanaises, voyant les réserves de la Banque centrale fondre, ont limité les transferts et les retraits d’argent. Ce qui prive donc bien des épargnants de l’accès à leur argent.

Dans le même temps, la valeur de la livre libanaise a dégringolé, perdant plus de 85%. Beyrouth est aujourd’hui en défaut de paiement, avec une dette totale qui se monte à 90 milliards de dollars. Et la crise du coronavirus n’a évidemment rien arrangé.   Quelles conséquences pour les Libanais ?

Cela a des conséquences sur la vie quotidienne des Libanais. Le prix du pain a augmenté de 50 à 70%, beaucoup de produits, surtout importés, n’existent plus comme les médicaments ou le tabac. Tout vient donc à manquer.

Aujourd’hui, 45% de la population vivent sous le seuil de pauvreté et plus de 35% des actifs sont au chômage.

Le lien entre économie et politique est étroit. Pour s’en sortir, Beyrouth doit débloquer de l’argent frais auprès de ses bailleurs internationaux, comme la France par exemple, mais aussi le FMI . Or, ce dernier n’accepte de mettre la main au porte-monnaie que si le pays entreprend des réformes profondes afin de ne pas retomber dans ses travers. Lutte contre la corruption, transparence, coupes dans les dépenses publiques, modernisation des infrastructures.

« Ces réformes, les Libanais les attendent aussi depuis plus d’une décennie et elles n’arrivent jamais parce que ceux à qui on les demande les bloquent« , analyse Sami Nader, économiste. « Les partis politiques se font financer par l’État, c’est une dilapidation de l’argent public« . Et les banques, inclues dans la négociation, refusent d’éponger les pertes et bloquent donc une grande partie du processus.

Que dit la France ?

Dans ce contexte très difficile, Jean-Yves Le Drian est venu tout à la fois taper du poing sur la table et assurer Beyrouth de la solidarité française. « Aidez-nous à vous aider !« , a ainsi déclaré le ministre des Affaires étrangères. « 

Aujourd’hui, il y a un risque d’effondrement. Il faut que les autorités libanaises se ressaisissent et je me permets de dire ici à nos amis libanais  : ‘Vraiment nous sommes prêts à vous aider mais aidez-nous à vous aider .' »

« Ces réformes ne sont pas au rendez-vous. On sait ce qu’il faut faire : la régulation de l’électricité, la lutte contre la corruption, la réforme du système financier et bancaire. Mais rien ne bouge ! « , a déploré Jean-Yves Le Drian, se disant très inquiet sur la situation dans le pays. Le chef de la diplomatie française a estimé que les exigences françaises avaient été enterrées.

Espérons que notre ministre est pessimiste, mais le temps presse. Le président Aoun trouvera-t-il le gouvernement réformateur pouvant éviter la faillite du pays ?

C’est une exigence : prions pour qu’elle soit entendue.