le direct Musique sacrée

Rumeurs au Vatican : le pape, nouvelle cible des complotistes

Des accusations graves ont été proférées tout ce week-end sur les réseaux sociaux à l’encontre du pape François visé par des complotistes.

Non, le pape n’a pas été arrêté par le FBI en pleine nuit samedi dernier. Pas plus qu’il n’a mené d’expédition sur Mars ou encore autorisé la prêtrise pour les femmes. Si vous avez assisté ce week-end à la naissance du hashtag « arrestation du pape » sur Twitter, sachez que celui-ci n’avait rien de fondé. Il s’agissait d’une rumeur comme il en existe des dizaines de milliers sur le réseau social flanqué d’un oiseau bleu.

 

 

Comment est née cette rumeur ?

Des internautes se sont étonnés qu’une vidéo issue du média papal « Vatican News » laisse apparaître la place Saint-Pierre, plongée dans le noir, dans la nuit du samedi 9 au dimanche 10 janvier. Les plus sceptiques d’entre eux n’ont pas tardé à faire un rapprochement avec un gigantesque black-out qui a plongé le Pakistan dans le noir au même moment. Cette coupure d’électricité était, en réalité, due à un dysfonctionnement technique qui a causé une réaction en chaîne dans tout le pays. Quant au Saint-Siège, si la vidéo relayée sur internet montre effectivement une place toutes lumières éteintes, il semblerait qu’il s’agisse, ni plus ni moins, d’un changement de mode de caméra qui filme en continu.

Sauf que les sites conspirationnistes du monde entier ont vite attribué à cet incident mineur une cause politique cachée, l’un des ingrédients numéro 1 d’une théorie du complot. Le site canadien Conservative Beaver a été l’un des premiers à relayer la thèse selon laquelle le pape aurait été arrêté par le FBI au motif de 80 chefs d’accusations, parmi lesquels « possession de pornographie infantile, trafic d’êtres humains, inceste, possession d’attirail de drogue et fraude ». D’après ce site qui se dit « alternatif et autofinancé », cette coupure d’électricité a été volontairement effectuée par la police et les agents militaires afin de procéder à une arrestation en toute discrétion.

Sauf que le lendemain, le pape est apparu comme chaque dimanche, en pleine forme et tout sourire, à l’occasion de l’angélus en la fête du Baptême du Seigneur. Un contre-argument qui n’a pas pour autant démotivé les conspirationnistes les plus virulents. L’article du Conservative Beaver n’a pas été retiré du site, il a même été actualisé d’une nouvelle information : le pape serait désormais « détenu dans une prison inconnue, interrogé par des agents fédéraux travaillant pour l’Etat d’Italie et Interpol. Le FBI serait en train de prendre des dispositions pour arriver et l’interroger une fois qu’Interpol en aura fini avec lui. »

Des partisans de Trump aux commandes

Derrière cette gigantesque fake news, l’un des groupes conspirationnistes les plus actifs au monde : Qanon. Son nom vous est peut-être familier depuis la semaine dernière. En effet, ces cinq lettres ont été particulièrement médiatisées lors de l’invasion du Capitole par des partisans de Donald Trump. Or, Qanon est né en 2017, un an après l’élection du président aujourd’hui sortant, sur la base d’une croyance : Donald Trump serait l’un des acteurs majeurs de l’éradication d’un complot pédocriminel mondial, dont le pape ferait partie. D’après Conservative Beaver, cette arrestation papale serait l’une des premières d’une longue série. Si Donald Trump s’est publiquement dissocié de cette mouvance d’extrême droite et reconnu qu’il en ignorait l’existence, il a cependant repris quelques unes de ses théories comme le fait que l’élection présidentielle américaine aurait été truquée.

Pourquoi s’en prendre au pape ?

Le pape n’a jamais caché son aversion pour les fake news. Il s’était exprimé à ce sujet en janvier 2018 dans un message intitulé « La vérité vous rendra libres, Fake news et journalisme de paix ». S’affichant promoteur d’un journalisme de paix, il avait fermement condamné les fausses nouvelles, celles qui prospèrent « sur des stéréotypes et des préjugés diffus dans un tissu social » et exploitent des « émotions immédiates et faciles à susciter, comme la peur, le mépris, la colère et la frustration ».

Ce discours ne l’a pourtant pas empêché d’en être lui-même victime. La rumeur complotiste qui l’a concerné ces derniers jours entre curieusement en résonnance avec la volonté de Bergoglio de se faire vacciner. Le Saint-Père avait annoncé le 10 janvier être sur le point de recevoir le fameux vaccin contre le Covid-19. « Face au vaccin, il y a un négationnisme suicidaire que je ne saurais pas expliquer, mais aujourd’hui il faut se faire vacciner« , a t-il exhorté dans un entretien à la chaîne de télévision italienne Canal 5. Des propos qui ont certainement dû froisser la sphère antivaccin et les sceptiques de tous bords.