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Immunité naturelle et vaccinale : la combinaison parfaite pour sortir de la crise ?

Il semble encore bien loin le temps de l’immunité collective tant attendue. Mais au fait, être immunisé veut-il dire faire disparaître le virus? Deux spécialistes, l’un épidémiologiste, l’autre essayiste nous éclairent sur cette question.

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C’est probablement le terme scientifique et médical qui revient le plus dans les conversations depuis plus d’un an, après “Covid-19”. L’immunité, sujet de fantasmes et de désillusion, est-elle capable de faire disparaître le virus qui met à l’arrêt le monde entier ? D’abord, l’immunité constitue la capacité naturelle ou acquise d’un organisme à se défendre de substances étrangères, et des agents infectieux extérieurs. Nous pouvons obtenir cette immunité de deux manières : « soit en contractant le virus », “soit par la vaccination qui présente dans l’organisme un élément constitutif du virus susceptible de nous agresser ultérieurement”, explique Renaud Piarroux, professeur à la faculté de médecine de Sorbonne Université, chercheur à l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et se santé publique, rattaché à l’INSERM et chef de service à l’hôpital de la Pitié-Salepêtrière. Il est l’auteur de « La vague. L’épidémie vue du terrain » (CNRS Éditions). Dans ces deux cas de figure, “l’organisme apprend à reconnaître ce virus, alors il sait s’en débrouiller pour mettre comme un manchon autour de la clé, elle ne fonctionne plus”.

Dans le contexte d’urgence sanitaire actuelle, l’immunité naturelle n’est évidemment pas suffisante. Elle pourrait être efficace mais seulement sur un très long terme comme l’explique le professeur Piarroux : “Si on se projette dans 200 ans et que le virus circule encore, les défenses immunitaires acquises dans l’enfance permettront aux futures personnes âgées de détenir cette immunité tant recherchée”. 

 

Une stratégie anti-Covid à deux vitesses à travers le monde

 

De plus, cette protection naturelle n’est pas également répartie à travers le monde. En effet, tous les pays n’ayant pas adopté la même stratégie de lutte anti-Covid, certains se sont enfermés dans des bulles sanitaires quand d’autres ont exposé leurs populations au virus. Des États comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande ou la Chine se sont très vite débarrassés du Covid en mettant notamment des mesures de protection drastiques à leur frontière, des mesures de contact tracing, et n’ont pas connu les vagues épidémiques successives que l’Europe ou le continent américain ont connues. Résultat, “ces pays-là n’ont pas d’immunité et ne sont pas près d’avoir une immunité collective naturelle”, fait savoir Renaud Piarroux. 

“Il est difficile de concevoir une planète qui a 0 virus, et l’autre partie qui vit avec, surtout dans un monde mondialisé”. Car si cette réponse – essentiellement asiatique et océnanique – semble efficace à court et moyen terme, quelle sera-t-elle à plus long terme, lorsque les échanges internationaux reprendront à un rythme normal ? 

 

Cependant, “l’objectif de l’immunité collective est un peu illusoire si on n’associe pas à côté un contrôle autour des cas. Ce n’est pas quelque chose de contraignant pour la société générale”. Quant au vaccin, ce dernier se montre indispensable notamment face à la résurgence de variants divers et variés qui font des ravages au Brésil ou en Inde. “Si on laisse le virus avec une masse virale se développer, il existe  plus de chances que de nouvelles mutations apparaissent”, précise le Professeur Piarroux. C’est justement grâce à la vaccination que les chances d’apparition de variants, et donc de variants plus dévastateurs, se dissiperont. D’autant que ces vaccins promettent de pouvoir un jour “cibler les bonnes formes de mutations”. “L’immunité liée à la maladie et liée à la vaccination sont des aides pour se débarrasser du virus. Il faudra cependant en faire plus et revenir à de la médecine de terrain pour prétendre à une victoire sur le Covid-19. Il est nécessaire de combiner “vaccination, immunité par la maladie, gestes barrières et contacts tracing”. 

Sortir non pas du virus, mais sortir de la crise

“Ce que vont nous permettre les vaccins c’est de sortir non pas du virus mais de sortir de la crise”, complète Nicolas Bouzou, essayiste et fin observateur des grandes questions qui traversent notre époque. Ainsi, le virus Ebola n’a pas disparu avec l’apparition du vaccin “mais il n’est plus un problème en comparaison des grandes vagues épidémiques il y a une dizaine d’années”. Là encore, tout est une question de timing : “Si on traîne pour vacciner les personnes, ça laisse beaucoup de temps au virus pour s’adapter. Or, l’efficacité vaccinale est “excellente”, d’après le professeur qui pressent d’ailleurs que l’un des prochains prix Nobel sera certainement décerné aux équipes ayant développé la technique de l’ARN messager.  

La gestion de la pandémie a certes son lot de ratés, mais avec du recul “l’histoire retiendra que nous l’avons bien gérée à l’échelle mondiale”, conclu Nicolas Bouzou. Tant d’un point de vue de la recherche sur la transmission, que de la manière dont elle a été jugulée par le confinement ou par l’adoption des gestes barrières, toutes ces techniques de maintien du virus ont été mises en place en un temps record.

 

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