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Faut-il avoir vraiment peur des nouvelles technologies ?

Elles ont changé nos modes de vie pour le meilleur et pour le pire, surtout depuis le début de la pandémie. Comment garder une part d’humanité quand les nouvelles technologies ont pris le dessus sur nos vies ? Décryptage soulevait hier la question avec ses deux invités Michel Beaudouin-Lafon, professeur d’informatique (classe exceptionnelle) à l’université Paris-Saclay et Daniel Ichbiah, écrivain, spécialiste des nouvelles technologies.

Aujourd’hui, « Zoom », « Netflix » et « Tiktok » ont pris plus de place dans votre votre vocabulaire que les expressions “sorties entre amis”, “concert” ou “événement sportif”. Si la pandémie a rappelé à quel point nous sommes devenus dépendants du numérique, elle a aussi paradoxalement souligné le manque et l’importance des relations humaines “palpables”. Or, aujourd’hui comment trouvons-nous un juste équilibre entre ces deux notions que tout semble opposer ? 

Une évolution numérique pas si rapide

Ce qui est important, c’est de voir comment les gens s’approprient les nouvelles technologies”, avance Michel Beaudouin-Lafon, professeur d’informatique (classe exceptionnelle) à l’université Paris-Saclay et membre senior de l’Institut universitaire de France, qui publie « Vers le cyber-monde. Humain et numérique en interaction », aux éditions du CNRS. Si nous sommes de plus en plus nombreux à craindre que nos données soient revendues sur le net ou qu’Instagram nous espionne à travers notre caméra de smartphone, nous montrons une capacité d’adaptation à la nouveauté assez incroyable. « En 2016, on a vu tout le monde sortir dans la rue chercher des Pokémons grâce au premier dispositif de réalité augmentée : on l’a adopté car il suffit que le bon média soit utilisé pour en parler »

 

En matière de ressenti, l’innovation semble fulgurante et bouleversante. Pourtant, la mise en marche des technologies les plus récentes ne date pas d’hier. « Les interfaces qui sont aujourd’hui sur nos smartphones ont été inventées dans les années 1980, mais on peut remonter aux années 1960 pour avoir les ancêtres de Zoom et Google Docs, à travers les inventions de Douglas Engelbart, pionnier américain de l’informatique« .

Pour le meilleur et pour le pire

Aujourd’hui, Google en tant que symbole du machine learning imposé à l’échelle planétaire, a recomposé notre quotidien pour le meilleur et pour le pire. Google chante dans nos oreilles, grâce à son système d’enceintes connectées. Il apparaît en fond d’écran de nos smartphones, dans le ventre de nos frigos connectés pour nous proposer des repas adaptés, dans nos programmes de travail partagés ou se cache même dans la branche de nos super lunettes en réalité augmentée… Tout a été pensé pour simplifier notre vie : “l’algorithme nous permet de déléguer un certain nombre de tâches au profit d’activités plus créatives”, explique Michel Beaudouin-Lafon. La technologie révèlerait donc une nouvelle part de notre humanité ? “Parmi mes deux enfants, l’un a appris à faire des origamis grâce à des tutos sur YouTube, ce qui lui a ouvert les portes d’une université où il fait aujourd’hui des études d’architecture. L’autre a appris à faire de la magie. Des tâches créatives qu’ils n’auraient peut-être pas envisagé de faire s’il n’y avait pas eu YouTube au départ.”, justifie Michel Beaudouin-Lafon. “Combien de musiciens ultra connus aujourd’hui seraient-ils restés dans l’ombre s’ils n’avaient pas été repérés par la communauté des internautes ?”, complète Daniel Ichbiah, écrivain, spécialiste des nouvelles technologies. S’il y a bien un secteur dans lequel l’informatique n’a pas encore tous ses droits, c’est la créativité humaine. “L’ordinateur c’est une machine de calcul mais elle ne rentre pas dans le domaine du spirituel, et de l’artistique. Chacun son royaume !”.

Le recours à l’éducation

Si elles peuvent servir des causes nobles telles que l’art ou même la quête de démocratie, notamment au moment du printemps arabe, les nouvelles technologies peuvent aussi contribuer à restreindre ces libertés individuelles, “comme c’est le cas en Chine où la reconnaissance faciale permet à l’Etat en fonction de votre “capital social” de vous interdire de commander un billet de train”. 

Pour garder son libre-arbitre face au monstre technologique, l’éducation reste l’un des derniers remparts. “Il faut que les gens apprennent à comprendre ces outils. S’ils sont éduqués, il n’y a pas de raison d’avoir peur”, évoque Michel Beaudouin-Lafon. En effet, il est nécessaire de connaître le rapport “bénéfice-risques” de ces outils, d’être conscient de la part de progrès et de confort de vie qu’elle apporte (la probabilité que les accidents de voiture soient un jour quasiment nuls grâce aux voitures connectées), sans ignorer le pendant négatif : par exemple leur conséquences désastreuses sur la planète (la consommation électrique du bitcoin est l’équivalent de la consommation électrique de l’Islande).