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Le Grand Témoin – Ségur de la santé : enjeux et conséquences

L’épidémie de Covid-19 a mis en lumière les failles du système de santé actuel mais aussi ses forces. Yves Delafoy fait le poit avec son invité Thierry Amouroux.

Thierry Amouroux est porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers. « Nous avons du combattre le virus mais aussi le manque », souligne-t-il en évoquant les conséquences de la pandémie de Covid-19. Ce n’est pourtant pas faute, ajoute-t-il, de tirer la sonnette d’alarme depuis des années, notamment sur le manque de lits. « Nous réclamons des créations de postes pour répondre aux besoins de santé de la population ». La Covid l’a mis en exergue : en France, il y a seulement 5000 lits de réanimation alors que l’Allemagne en a cinq fois plus. « On nous coupe les vivres progressivement », répète Thierry Amouroux. Depuis 2009, 11,3 milliards ont ainsi été retirés au budget des hôpitaux, « plus de 10 % en 10 ans, cela veut dire fermeture de lits et de postes ». Résultat : dans un énorme service d’ugrnce, on peut désormais avoir 10 à 12 heures d’attente. « On a fermé des petites maternités, des petits hôpitaux, des petits services d’urgence dans une idée de mutualisation, on arrive à des déserts sanitaires », poursuit-il.

Ségur de la santé : « une grande opération de communication »

Pour lui, le Ségur de la santé ouvert le 25 mai dernier est « une grande oprération de communication » durant laquelle les 300 personnes présentes en visioconférence n’ont pas pu s’exprimer. « On voit que dans des secteurs comme l’automobile et l’aviation, des milliards sont débloqués d’un seul coup, alors que pour l’hôpital, il faut engager une réflexion, pourtant on a déjà identifié les manques », souligne Thierry Amouroux. Il constate aussi que les infirmiers et infirmières sont exclus de ce Ségur : « nous sommes 700 mille infirmiers et infirmières en France, nous sommes niés et méprisés par le ministère et les directions d’hôpitaux », dit-il. Autre constat : un différentiel de 300 euros entre le salaire moyen infirmier en France et celui au sein de l’Union européenne.

« Il y a une perte de sens pour les professionnels infirmiers »

« On veut accompagner les patients dans leur chemin de vie face à la maladie, leur expliquer le traitement, les règles, mais nous sommes face à une administration qui n’enregistre que des actes techniques, on ne veut pas être des techniciens spécialisés dans une usine à soin », lance Thierry Amouroux pour qui la « logique de la tarification à l’activité est un processus industriel non adapté à des protocoles de soins ». Il constate également que 30 % des jeunes infirmières diplomées abandonnent totalement le métier dans les 5 ans qui suivent le diplôme. « Il faut une meilleure rémunération, mais aussi redonner du sens au métier », conclut Thierry Amouroux. Il est pour lui urgent de « rouvrir des lits, créer des postes, revaloriser les salaires, supprimer les technosctructures bureaucratiques des ARS, les Agences Régionales de Santé ».