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« Trump est en train de perdre du terrain parmi l’électorat catholique », Blandine Pont-Chelini

Détecté positif au Covid-19 ce vendredi, Donald Trump n’en a pourtant pas fini avec la campagne présidentielle. Le candidat à sa réélection multiplie depuis quelques semaines les appels du pied à l’électorat catholique qui pourrait être une clé des résultats des élections nationales américaines. Explications avec Blandine Chelini-Pont, professeur des universités en histoire contemporaine.

President Donald Trump announces Amy Coney Barrett, 48, as his nominee for Associate Justice of the Supreme Court of the United States during a ceremony in the Rose Garden at The White House in Washington, DC., Saturday, September 26, 2020.Credit: Rod Lamkey / Consolidated News Photos | BRDPA20200927_215 Washington Etats-Unis United States

President Donald Trump announces Amy Coney Barrett, 48, as his nominee for Associate Justice of the Supreme Court of the United States during a ceremony in the Rose Garden at The White House in Washington, DC., Saturday, September 26, 2020.Credit: Rod Lamkey / Consolidated News Photos | BRDPA20200927_215 Washington Etats-Unis United States

 

La juge fédérale Amy Coney Barrett, catholique pratiquante, a été nommée le 26 septembre dernier par Donald Trump. Qu’est-ce que cette nomination augure pour la fin du quinquennat Trump et les élections américaines ? 

Amy Coney Barrett a le profil d’une sainte. A côté de son parcours sans faute au sein des juridictions américaines et son statut de mère d’une famille nombreuse, elle a fait des déclarations qui confirment ses prises de positions conservatrices. Ainsi, elle a travaillé à côté d’Antonin Scalia, un juge de la Cour suprême des États-Unis, théoricien de “l’originalisme” qui avance notamment que les racines de la constitution américaine sont chrétiennes. Si jamais cette conception de la constitution s’avérait être partagée par la plupart des juges de la Cour, elle rendrait impossible un certain nombre de libertés aux Etats-Unis. En ce qui concerne Amy Coney Barrett, elle appartient à ce courant conservateur qui, avec le jeu des nominations, est en train de devenir majoritaire à la Cour Suprême.

Pourtant, à l’origine, la constitution américaine était la plus proche de l’idéal des Lumières, la plus déiste. Cet idéal libéral s’est bien cristallisé jusqu’au XXe siècle. Aujourd’hui, quelque chose s’est rompu. Au-delà du président Trump, d’un point de vue sociologique, les conservateurs catholiques ont investi depuis longtemps le monde de la justice, dans le vivier des universités de droit et à travers différents groupes, lobbys, associations de juristes. Il y a parmi elle, la Federalist Society, un réseau de cooptation avec à sa tête Leo Leonard, connu pour être proche de l’Opus Dei. Leonard Leo a permis la nomination de quatre juges sous Georges Bush et Donald Trump. Amy Barrett a le profil type de juge qui aurait pu être recommandé par Leonard Leo.

 

Y a-t-il encore une identité catholique américaine commune ?

Originellement, les catholiques américains votaient plutôt démocrate. Ce vote n’a pas bougé pendant trente-cinq ans avec une grande figure fédératrice, celle de Kennedy, descendant de familles catholiques originaires d’Irlande. Dans les années 1970, le parti démocrate est devenu libéral, militant pour de nouvelles questions sociétales, l’avortement ou encore l’abandon de la valeur de la famille. Progressivement, les catholiques américains se sont désolidarisés du parti démocrate. Comme les « blancs » sont encore majoritaires chez les catholiques et que leur tendance est d’être plutôt conservateurs, la tendance penche aujourd’hui pour une courte majorité de catholiques républicains.

Mais cette communauté est à l’image de la société américaine dans son ensemble : c’est la communauté la plus universelle du pays. Les trois quarts des catholiques américains apprécient beaucoup le pape François par exemple. Face à eux, il y a encore un noyau conservateur très puissant, qui colle à François l’étiquette de théologien de la libération. Cette coalition aux tendances racialistes et suprémacistes fortes se revendique désormais chrétienne alors qu’elle se montrait plutôt historiquement anti-chrétiens. On assiste ainsi à deux revival récents, l’un républicain suprémaciste et l’autre démocrate pro-François qui s’est formé en opposition au précédent. Il est donc assez difficile d’avoir une opinion précise sur ce que pensent les catholiques américains. Il s’agit de l’électorat le plus partagé d’un point de vue sociologique et ethnique. Ils composent un patchwork que ne forment pas les évangéliques.

 

Est-ce que le vote catholique s’éloigne de Trump ? 

Les derniers sondages (Data for progress) montrent toutefois un décrochage qui touche à la fois les électeurs évangéliques et les catholiques. Chez ce groupe religieux, les intentions de vote sont tombées à moins de 49% (quand ils ont été 59% à voter républicain en 2016). Trump est en train de perdre du terrain chez les catholiques. Il y a en effet plusieurs sujets dérangeants pour les catholiques dans la politique de Trump, notamment sa posture vis-à-vis des migrants, qui va jusqu’à déplaire aux catholiques les plus conservateurs. Tous se rappellent qu’ils sont descendants d’immigrants.

Il est impossible pour l’heure de faire des pronostics sur les élections présidentielles à venir du côté de l’électorat catholique. En effet, nous nous sommes trompés en 2016 lorsque nous avions prédit que ce serait Hillary Clinton, candidate démocrate, qui remporterait le suffrage catholique. A l’inverse ce vote s’était tourné à la surprise générale vers le candidat républicain. Est-ce-à-dire que l’issue du scrutin sera la même quatre ans plus tard ? En tout cas, la nomination d’Amy Coney Barrett conforte une chose : la stratégie de Trump de garder la coalition chrétienne, alliant évangéliques et catholiques, qui lui a permis d’obtenir le pouvoir en 2016.

 

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