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Accord sino-vatican : Le Saint-Siège renouvelle sa main tendue au gouvernement chinois

Le Vatican et la Chine viennent de reconduire l’accord de 2018 portant sur la nomination des évêques chinois. Une nouvelle qui confirme le rapprochement entre les deux Etats malgré la situation encore précaire des catholiques chinois.

The Catholic Church, Dali, Yunnan Province, China - L'eglise catholique, Dali, Province de Yunnan, Chine - Photo by Longhurst/ANDBZ/ABACAPRESS.COM Catholicisme Catholique Christianisme Chretien Christianity Eglise Chapelle Basilique Cathedrale Church Carousel Attractions Maneges Attraction Manege Religion Religion Tourisme Touriste Tourism Holliday Holidays Holiday Vacance Vacances Hollidays China (country) Chine Architectural | BRAND20180321_476
L’eglise catholique, Dali, Province de Yunnan, Chine – Photo by Longhurst/ANDBZ/ABACAPRESS.COM

Les relations entre Rome et Pékin tendent à se réchauffer. Deux ans après la signature d’un accord historique entre la Chine et le Vatican, celui-ci vient d’être reconduit comme l’a annoncé aujourd’hui le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, lors d’un point de presse. Le cardinal Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, s’est d’ailleurs félicité de cette nouvelle. Le premier accord conclu le 22 septembre 2018 devait expirer dans quelques jours et rien ne laissait présager qu’il soit reporté. « C’est une bonne nouvelle. Le pape garde son cap pris il y a deux ans pour améliorer ses relations avec le gouvernement chinois« , confie le père Jean Charbonnier, spécialiste de la Chine aux MEP (Missions étrangères de Paris) à Radio Notre Dame.

Rien de nouveau donc dans ce texte dont le contenu reste précieusement secret, si ce n’est le maintien d’une communication et de négociations entre les deux parties, et la possibilité pour le Saint-Siège de garder le contrôle sur la nomination des évêques chinois. En effet, l’accord permet au pape de valider ou non la nomination des évêques chinois par la conférence épiscopale chinoise.

Des tensions entre Rome et Pékin pendant près de 70 ans

Car la situation de l’Eglise en Chine reste particulière. L’accord de 2018 a rompu une longue période de gel des relations entre la Chine et l’Empire du Milieu, depuis 1951. A cette date, le nonce apostolique Antonio Riberi est expulsé par les autorités communistes et se réfugie à Taïwan. Coup dur pour le Vatican qui reconnaît Taïwan au détriment de Pékin. Avec la création de l’Association patriotique des catholiques chinois (APCC),  le gouvernement chinois déploie son contrôle sur l’Église, et initie alors un schisme entre une Eglise officielle, celle qui prête allégeance au PCC, et une Eglise souterraine composée de prêtres, évêques et fidèles chinois désirant rester fidèle au Saint-Siège.

La révolution culturelle initiée par Mao Zedong en 1966 achève de réduire l’activité religieuse à peau de chagrin. Elle signifie l’interdiction de toute activité religieuse et la fermeture de tous les lieux de culte.  Il faut attendre 1978 pour que la situation se détende quelque peu avec la reconnaissance par le gouvernement chinois de cinq religions officielles,  le bouddhisme, le taoïsme, l’islam, le catholicisme et le protestantisme.

Réintroduire la présence du Saint-Siège à Pékin

« Le deuxième accord confirme et prolonge le premier. Je pense qu’il aura des progrès à l’avenir pour que les liens entre les évêques de Chine et Rome puissent être plus concrets. Il pourrait y avoir aussi un transfert de la représentation du Saint-Siège de Taipei à Pékin.« , ajoute père Jean Charbonnier.  Les efforts du pape François depuis quelques années vont dans le sens d’une amélioration du climat entre les deux Etats. En 2014, le pape avait reçu de la Chine l’autorisation de survol de l’avion papal au dessus du pays à l’occasion de son voyage en Corée. Et c’est sans compter les nombreuses marques de sympathie de François envoyés au peuple chinois.

La détérioration des conditions de vie des catholiques chinois

L’annonce de la reconduction de cet accord n’a pourtant pas suscité que de l’enthousiasme. Comme le rapporte l’AFP, les croyants de l’Eglise souterraine, encore nombreux, n’ont pas constaté d’amélioration de leurs conditions depuis le premier accord en 2018. Leur refus de rejoindre l’Eglise officielle leur vaut toujours une pression de la part du gouvernement chinois. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo s’est d’ailleurs saisi du sujet le mois dernier dénonçant l’inefficacité du précédent accord pour « protéger les catholiques contre les agissements du Parti. » Catholiques revendiqués ou anonymisés doivent faire face depuis des années à une politique de sinisation, c’est-à-dire d’assimilation forcée à la culture chinoise, bien que la révolution culturelle soit achevée depuis bien longtemps. Cette mainmise s’exprime notamment au travers de l’éducation qui subit un nettoyage culturel en profondeur.

Le webzine sur la liberté de religion et les droits de l’homme en Chine Bitter Winter rapporte à ce titre que la réforme des manuels scolaires a récemment conduit à évincer toute référence à l’histoire et à la culture occidentale. Dans le manuel « English around the world », un extrait du Journal d’Anne Frank a par exemple été supprimé. « Rome est conscient que la Chine exerce des contrainte du point de vue de l’éducation. Elle espère simplement que les catholiques trouveront des moyens détournés de transmettre la foi à leurs enfants« , complète père Jean Charbonnier. On comprend que le Saint-Siège ne peut, pour l’heure, pas plus en matière de protection des catholiques chinois. L’accord 2020 sera peut-être une nouvelle étape diplomatique pour faire changer en douceur les pratiques du gouvernement chinois en faveur des catholiques locaux.