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Joe Biden : un président catholique qui ne fait pas l’unanimité au sein de sa propre Eglise

Il l’a fait : Joe Biden a atteint le seuil des 270 grands électeurs qui lui permettra d’accéder à la Maison-Blanche en janvier prochain et ainsi devenir le 2e président catholique de l’histoire des Etats-Unis. S’il semble renouer avec la tradition chrétienne du pays, il n’en est pas moins une personnalité libérale aux idées progressistes qui divisent au sein de la communauté catholique américaine.

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Les Américains ont élu leur 46e président et leur 2e président catholique après John F. Kennedy. A 77 ans, Joe Biden ne cache pas sa foi catholique et ses origines irlandaises, un deuxième point commun avec son prédécesseur “JFK”. Fervent pratiquant, il se rend tous les dimanches à la messe, et s’y est d’ailleurs arrêté pour prier le matin du jour du scrutin, dans une église près de son domicile dans le Delaware. 

L’opposant à Donald Trump ne laisse pas ses convictions religieuses chez lui. Au contraire, il les emmène jusque dans l’arène politique et s’en est servi ouvertement pendant la campagne présidentielle. S’il a fréquemment évoqué sa foi devant ses électeurs, il est allé jusqu’à s’entourer de leader religieux de renom comme le Père jésuite James Martin ou s’est encore offert une messe célébrée via Zoom en guise d’introduction de la convention nationale démocrate. Enfin, le pape François est l’un des premiers chefs d’Etat avec lesquels Joe Biden soit le plus proche. En effet, lorsque le Saint-Père s’est rendu aux États-Unis en 2015, son hôte en chef n’était autre que le vice-président de l’époque, Joe Biden.

Le vote catholique divisé entre républicains et démocrates

Malgré cette assise religieuse robuste, le successeur de Donald Trump n’a pas raflé l’ensemble de l’électorat catholique qui représente environ 51 millions d’électeurs aux Etats-Unis, soit un quart de l’électorat national. « Les premiers sondages de sortie des urnes sur les votes religieux montrent que les votes sont répartis à 50/50 entre le candidat démocrate et le candidat républicain”, explique Blandine Chelini-Pont, professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Aix-Marseille spécialisée dans le vote religieux aux Etats-Unis. Contrairement à John F. Kennedy qui avait pu bénéficier en son temps d’un soutien catholique sans faille, Joe Biden n’a pu compter sur un électorat catholique aussi unifié. “L’identité catholique commune, si importante dans le passé, n’est plus un facteur déterminant de leur vote”, analyse Blandine Chelini-Pont. 

Depuis les années 1980 en effet, le vote catholique s’est scindé en raison de deux facteurs : l’amélioration du niveau de vie des catholiques et la question de l’avortement, certains considérant que les démocrates, ayant contribué à l’adoption du droit à l’avortement, ne les représentaient plus. 

Le rôle clés des catholiques dans les Swing-States

Aujourd’hui, le vote catholique américain est toujours mouvant. C’est d’ailleurs dans certains “swing states” (Michigan, Wisconsin, Pennsylvanie), les fameux états-charnières sur lesquels reposait l’interminable issue de l’élection présidentielle, que le vote catholique blanc a quelque peu basculé dans le camp démocrate. A l’inverse, le vote catholique issu de la minorité latino a cette fois davantage rallié le camp républicain. “Il y avait déjà en 2016 un désaveu de cette minorité pour Hillary Clinton car les latinos peuvent être conservateurs sur les questions de morale sexuelle et donc considérer que leurs valeurs sont plus en accord avec celles des républicains”, ajoute Blandine Chelini-Pont. Ainsi, la perte de votes catholiques blancs pour Trump dans le Haut-Midwest a certainement été compensée par une augmentation apparente du soutien des catholiques hispaniques à Trump dans des endroits comme la Floride. 

S’il semble toujours cliver une partie de la population catholique sur des questions de morale sexuelle, Biden a aussi su jouer de sa personnalité compassionnelle et de sa conception d’un catholicisme humaniste pour adouber des catholiques militants sociaux sensibles aux questions de pauvreté, de migrants, de lutte contre le racisme, de climat, de protection de la famille etc… Parallèlement, Biden a également pu tirer partie de l’électorat dit “sans-religion” qui augmente depuis plusieurs années comme le note Blandine Chelini-Pont : “Ce phénomène est très récent aux Etats-Unis et va tendre à augmenter avec la génération des Millenials”.