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Jour des défunts : Comment célèbre-t-on les morts dans le monde ?

Dans la tradition chrétienne, les morts sont commémorés tous les ans le 2 novembre. Si ce jour est consacré à une visite au cimetière et à l’entretien des tombes en France, cela est bien différent ailleurs. Petit tour d’horizon.

Chaque pays, chaque culture et chaque religion a un rapport à la mort particulier. Joyeuse ou solennelle, la fête des morts reste une manière de garder un lien particulier avec nos ancêtres.
Chaque pays, chaque culture et chaque religion a un rapport à la mort différent, mais l’objectif est toujours le même : garder un lien avec ses ancêtres.

Le 2 novembre, le lendemain de la Toussaint, fête de tous les saints, l’Église catholique fête tous les fidèles défunts. C’est un jour de commémoration, de souvenir des morts et un jour de prière pour eux. « La différence (entre la Toussaint et le jour des défunts) est une nuance de perspective », écrit le dominicain Yves Combeau dans le magazine La Vie du 30 octobre 2020 : « la Toussaint célèbre une sainteté accomplie ; la fête des Morts, une sainteté en espérance, pour nos proches et pour nous-mêmes ».

Défunts chrysanthèmes
Cimetière à la Toussaint / Jour des défunts

Pourtant, contrairement à la Toussaint, la journée dédiée au souvenir de tous les défunts n’est pas un jour férié et il est plutôt rare que l’on fasse une visite au cimetière ce jour-là. Ainsi, les familles se rendent souvent sur les lieux de sépultures plus tôt. En France et plus largement en Europe, il est courant de fleurir les tombes avec des chrysanthèmes, fleurs colorées et résistantes, symbole de la vie éternelle.

Mais si l’ambiance est au recueillement en France, il en va autrement dans d’autres pays où l’on rend hommage aux ancêtres dans la joie et de manières originales. 

 

Au Mexique, on fait la fête !

Les familles décorent des autels à effigie des personnes défuntes.
Les familles décorent des autels à effigie des personnes défuntes.

Direction le Mexique où se joue, en ce 2 novembre, l’une des fêtes des morts les plus connues au monde !  La « Día de Muertos » est une tradition dont l’origine remonte aux civilisations aztèques. Dans ce pays d’Amérique central, fêter les morts doit être festif. À cette occasion, les Mexicains se rendent dans les cimetières pour nettoyer les tombes, y déposer des bougies, chanter, danser et lancer des pétales de fleurs au sol. Alejandro Avila, Mexicain résidant en France depuis quatre ans nous explique « Selon la tradition, il faut que ça soit la fleur Cempasúchil. C’est une fleur orange qui d’après la croyance, guide les morts aux autels depuis le monde des morts. ». En effet, les Mexicains confectionnent des autels à l’effigie de la personne défunte, « l’autel est la destination du mort, qui reviendra dans notre monde pour passer une nuit par an avec sa famille et ses amis vivants » nous raconte encore Alejandro. Aux enfants, on donne des bonbons en forme de crâne tandis que les adultes se réservent la tequila.

Dans les rues mexicaines, impossible d’éviter la cérémonie ! Des crânes appelés  » Calavera » et squelettes ornent les rues, et tout le monde se rassemblent pour faire la fête. Certains revêtissent des vêtements traditionnels, ou simplement un masque, mais tous jouent le jeu. À Mexico, une parade est également organisée … inspirée du film James Bond Spectre sorti en novembre 2015.

En Chine, « on brûle des faux billets pour les envoyer aux défunts »

En Chine, la fête des morts a lieu début avril, en général entre le 4 et le 6 du mois, ce qui correspond à la 5ème période solaire du calendrier chinois. Le culte des ancêtres a une place très importante dans la culture chinoiseCelui-ci entend entretenir les liens de communication entre les vivants et les morts.

Lors de la fête des morts, ou plus communément appelée fête de Qingming, plusieurs rites sont observés pour honorer les ancêtres. L’activité majeure reste le Saomu – soit le nettoyage des tombes.

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Les Chinois honorent leurs ancêtres en décorant et nettoyant les tombes, et en brûlant des faux billets.

D’abord, les Chinois apportent de l’alcool, des aliments et du papier-monnaie dit zhiqian. Thomas, responsable du pôle communication de l’Association des jeunes chinois de France (AJCF) raconte : « on brûle des faux billets (récemment il y avait même des faux téléphones en cartons..) pour les envoyer « aux cieux », aux défunts. » Il nuance cependant « ces dernières années, c’est une pratique de plus en plus limitée, restreinte voire interdite par les autorités, pour des raisons de pollution et de protection environnementale. »  Thomas ajoute :  » Nous avons une pratique qui est de verser un verre d’alcool sur la tombe, si la personne décédé aimait boire de l’alcool par exemple, ça fait partie avec les fleurs d’une façon de rendre hommage. »

Les traditions diffèrent en fonction des régions. Dans certains territoires chinois, on dépose de la saule sur les tombeaux pour chasser les mauvais esprits. Dans d’autres comme en Mongolie-intérieure, région autonome chinoise, Hui Wang explique :  » chez nous, un arbre a été planté lors du décès de la personne. Beaucoup de traditions sont liées à la religion. Dans certains endroits, on va enterrer des objets pour qu’ils soient envoyés aux morts, comme ça ils les reçoivent et les utilisent comme dans le monde vivant. »

Enfin, s’en suit une série de prosternations devant la tombe, témoignant toujours du même respect aux ancêtres. « C’est une journée importante, à ce moment nous apprenons également à propos des personnes qui ont contribué à la nation. » ajoute Hui Wang.

 

A Madagascar, « une rencontre familiale entre les morts et les vivants »

A Madagascar, le « Famadihana », qui signifie en français « le retournement des morts », est une cérémonie très festive en l’honneur des défunts.

« Habituellement organisée de juillet à octobre, pendant la saison sèche, cette pratique a été déconseillée en raison de l’épidémie de Covid-19 et beaucoup de fêtes ont été annulées », témoigne le père Bertrand de Bourran, prêtre des Missions Etrangères de Paris, en mission à Madagascar dans le diocèse de Port-Berger au Nord-Est de l’île. Arrivé en tant que volontaire en 1988, il exerce en tant que prêtre depuis 1996 dans la brousse.

Un rite qui se pratiquerait depuis le XVIe siècle, un peu partout sur l’île. « Il y a plusieurs variantes selon les ethnies » précise le père de Bourran. « Mais le plus important, c’est d’être enterré dans le tombeau de son père. Le tombeau, c’est le socle de la société. »

« Ce qui m’a frappé », raconte Clotilde Huzar, médecin, partie vivre près d’un an et demi dans un dispensaire de brousse dans le cadre d’un volontariat avec les Missions Etrangères de Paris, « c’est que les seules choses en ciment sont les tombeaux, alors que les maisons sont en terre. C’est la demeure éternelle ! Il y a un tombeau par famille, il est important de construire de beaux tombeaux, et pour cela tout le monde participe financièrement. Même si certains membres de la famille s’éloignent, ils reviendront toujours se faire enterrer dans le tombeau familial. »

Souvent fastueuse, le « famadihana » nécessite parfois des années d’économies pour les familles qui l’organisent. Suivant les moyens et les disponibilités des familles, la cérémonie a lieu tous les cinq ou sept ans.

Selon les régions, on va ouvrir le tombeau, nettoyer les ossements ou même danser avec la dépouille… Le père de Bourran assure : « Cela est toujours une immense fête. Ce n’est pas macabre. Quand on ouvre le tombeau, c’est une grande fête. On change les tissus qui enveloppent les morts, on glisse une photo dans les linceuls…  Tout le monde se réunit, c’est l’occasion de créer des liens, d’arranger les histoires… C’est une fête qui permet de garder l’unité familiale. »

Contrairement aux traditions occidentales, la tristesse n’accompagne donc pas la mort chez les malgaches.

« Je me souviens avoir été réveillée dans la nuit par des cris. Le défunt était accompagné par toute la famille. Ce qui m’a marqué, c’est que même sans moyens, ils savent comment accompagner une personne qui agonise. Là-bas, la mort est présente tout le temps, elle fait partie de la vie » conclut Clotilde Huzar.

En Sicile, la fête des morts is the new Christmas

Mario Pinacchio, originaire de Sicile, raconte : « On ne nous a jamais appris à avoir peur des morts. Chez nous, les morts reviennent chaque année pour nous apporter des cadeaux. On les attend chaque année, cela paraît plus réaliste que le père Noël. Je pense que cette tradition caractérise la population d’Italie du sud. » 

Dans la tradition sicilienne, chaque année, dans la nuit du 1 er au 2 novembre, les morts reviennent parmi eux pour leur amener des cadeaux pour les enfants. Ensuite les familles se rendent sur les tombes de leur famille, ou amis pour les nettoyer, amener des fleurs, et des bougies.

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L’ossa dei morti est vendu dans les rues de Sicile à l’occasion de la fête des morts.

Des gâteaux spéciaux sont cuisinés à l’occasion de la fête des morts comme par exemple l’ossa dei morti, un biscuit dur recouvert de sucre blanc. Les marchands de rue en vendent partout. La frutta martorana est aussi un gâteau typique qui se présente sous la forme de fruits factices réalisés en farine d’amande et miel, ou encore les  Rame di Napoli , des biscuits au chocolat au cœur tendre.

 

 

 

 

Anne Crochon et Marie-Leïla Coussa

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