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Vierge vandalisée à Oran : chrétiens et musulmans main dans la main

Après la dégradation d’une statue de la Vierge Marie à Oran début mai, l’évêque de la ville, Mgr Jean-Paul Vesco appelle à ne pas faire d’amalgame et reçoit un élan de soutien de la part des Oranais, de différentes confessions religieuses.

©Mgr Jean-Paul Vesco
©Mgr Jean-Paul Vesco

Dans la nuit du 4 mai dernier, une statue de la Vierge Marie appartenant au sanctuaire Notre-Dame de Santa Cruz à Oran a été vandalisée. Un événement qui est intervenu en plein mois marial, une période symbolique pour les chrétiens du monde entier qui vénèrent la Vierge Marie. C’est tout particulièrement le cas de la ville d’Oran, cité portuaire au nord-ouest de l’Algérie, pays à large majorité musulmane. Perchée sur les hauteurs de la ville, la statue mariale domine le port d’Oran depuis la basilique de Santa Cruz. Ce sanctuaire au cadre verdoyant a été construit en 1850 sur une colline de la ville, l’Aïdour, en l’honneur de Notre-Dame du Salut qui aurait mis fin à une épidémie de choléra.

L’emblème d’une ville

Une histoire qui rappelle à quelques détails près celle de la ville de Lyon où la Madone est célébrée sur la colline de Fourvière depuis le Moyen-Age. Autre étrange similitude : c’est un 8 décembre, jour de fête de la Vierge Marie à Lyon, que le sanctuaire Notre-Dame de Santa Cruz a accueilli la cérémonie de béatification des dix-neuf martyrs d’Algérie assassinés entre 1994 et 1996 pendant les années de terrorisme. Un événement interreligieux, rassemblant chrétiens et musulmans à dessein. 

 

La violation de cette statue aurait ainsi pu déstabiliser l’équilibre historique du lieu. C’est en fait l’effet inverse qui a été constaté. “La statue était posée sur une colonne de pierre. Les malfrats ont dû renverser la colonne et en tombant, les bras de la statue se sont cassés. Compte tenu des faits, ceux-ci s’apparentent plus à un acte de brigandage qu’à un acte de vandalisme volontaire dirigé contre la communauté chrétienne comme il a pu être relayé. J’ai donc pris la décision de ne pas déposer plainte parce qu’on sait que les autorités ont pris l’affaire au sérieux”, explique Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran. Constatant différentes interprétations mettant en cause un climat christianophobe, le prélat s’est exprimé le 16 mai dernier sur la page Facebook du sanctuaire, coupant court à la surenchère. “Ce geste ne fait pas honneur à ceux qui l’ont commis et qui en portent seuls la responsabilité. Il n’aura pas le dernier mot sur la volonté de « Vivre Ensemble en Paix« , a-t-il voulu rappeler.

Un sanctuaire témoin du « vivre ensemble »

A la surprise générale, ce communiqué a été très largement partagé (près de 50 000 vues en moins de 24h), confirmant “l’intérêt d’une immense partie des oranais pour le sanctuaire”, toutes confessions confondues. Cet événement rappelle ainsi à quel point cet emblème de la ville, jette aujourd’hui encore un pont entre différentes communautés de cultures et de religions, dans un pays si souvent facturé à ce sujet au cours de son histoire. La popularité du lieu se manifeste d’ailleurs à travers les milliers de visiteurs qui s’y rendent chaque année. “Santa Cruz confirme à travers ce malheureux événement qu’elle est un espace de liberté et d’ouverture, et fait en quelque sorte un pied de nez à ses vandales qui auraient souhaité véhiculer un message de -phobie, si telle était leur intention”, ajoute Mgr Vesco.