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Qui est Anne Soupa, candidate à l’archevêché de Lyon ?

La théologienne Anne Soupa vient de déposer une candidature pour succéder au cardinal Barbarin. Une démarche qui vise avant tout à faire bouger les lignes d’une Église encore peu portée sur la question de l’égalité hommes-femmes.

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« Tout m’autorise à me dire capable de candidater au titre d’évêque, tout me rend légitime. Or, tout me l’interdit. » C’est par cette antithèse qu’Anne Soupa, une théologienne de 73 ans, a justifié sa candidature à l’archevêché de Lyon. Pour rappel, le poste à l’archevêché de Lyon est officiellement vacant depuis la démission du cardinal Philippe Barbarin en mars dernier, en raison de l’affaire Preynat. Cette candidature féminine est pour le moins inhabituelle, dans le fond comme dans la forme. En effet, la nomination d’un archevêque résulte du seul choix du pape qui se voit proposer plusieurs noms par le Nonce apostolique à Paris, ambassadeur du Saint-Siège.

« Si on considère que les femmes sont les égales de l’homme, toutes les portes doivent être ouvertes ». Anne Soupa

Anne Soupa n’en a cure. La bibliste de 73 ans, souhaite, à travers cette candidature « spontanée »,  provoquer une « prise de conscience » devant « l’invisibilité » des femmes dans l’Eglise catholique. Engagée depuis 35 ans dans l’Eglise, elle l’est depuis tout autant d’années, si ce n’est plus, dans la « lutte » pour l’égalité hommes-femmes au sein de l’institution. Après avoir obtenu une maîtrise de théologie, et passé plusieurs années de sa vie dans le monde bancaire, elle entre chez Bayard où elle raconte la foi aux plus jeunes. Ses prises de positions féministes prennent véritablement la forme de l’engagement en 2008, avec la création du Comité de la jupe, une association qui promeut la place des femmes au sein de l’Eglise. Celle qui étudie tout ce que dit le magistère sur les femmes ouvre la voie à une nouvelle prise de parole : « Nous ne pouvons plus accepter le strapontin. Les droits des femmes ça ne se discute pas, c’est imprescriptible. Toutes les responsabilités devraient être accessibles aux femmes« , précisait-elle sur Radio Notre Dame.

Malgré la création de son association depuis douze ans déjà, Anne Soupa reste observatrice d’une institution qui n’a pas évolué dans le même sens. « Et parfois même, ça a reculé« , déplore-t-elle. « Dans certains diocèses, les petites filles n’ont pas accès au service de l’autel alors que théologiquement, rien ne fonde cette discrimination. Il n’y a pas de débat et je le regrette ».

Une main tendue vers une certaine modernisation

Enchaînant les portes fermées, Anne Soupa a donc décidé de forcer le dialogue. Si rien ne laissait présager une telle candidature, son intervention sur notre antenne l’an dernier allait pourtant déjà dans ce sens : « L’important me semble-t-il c’est que les femmes puissent inventer des choses parce que le nombre de pratiquants qui suivent la messe a considérablement baissé, et il y a une quantité de catholiques qui sont sur les marges, parce qu’ils ne se retrouvent pas dans une institution qui accentuent les différences entre les sexes« . D’ailleurs, elle indique assimiler cette démarche à une main tendue vers une « certaine modernisation ». Aussi n’exlue-t-elle pas qu’il y ait une femme pape dans quelques années. « La dignité des femmes on la renvoie toujours au paradis mais c’est sur terre que la dignité des femmes doit s’appliquer et elle doit s’appliquer dans une reconnaissance effective dans leur capacité à être des acteurs majeurs au sein de l’Eglise« , conclue-t-elle.

Sa candidature déposée auprès du Nonce apostolique à Paris ce 25 mai, Anne Soupa n’en attend pas pour autant de réponse positive. En effet, à ce jour, le droit canon interdit toujours la nomination de femmes à la tête d’un ministère, pas même d’un diaconat. A en croire les nombreuses réactions suscitées par son annonce sur les réseaux sociaux, le débat semble d’ores et déjà relancé, avec ou sans présence de l’Eglise.