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Quel « déconfinement » pour les personnes sans-abri ?

Le Collectif des Associations Unies salue les efforts déjà entamés en faveur des personnes sans-abri pendant le confinement et appelle les pouvoirs publics à poursuivre la lutte contre le mal-logement sur le long terme.

 

C’était l’une des premières annonces du président Emmanuel Macron lors de son discours devant les Français au soir du 12 mars : la trêve hivernale reportée de deux mois. Aujourd’hui mercredi 20 mai, ces deux mois sont écoulés. Quelle perspective pour les personnes à la rue ou en situation de mal-logement ? Quelques jours avant le déconfinement, le ministre en charge de la Ville et du Logement, Julien Denormandie annonçait une bonne nouvelle : celle du prolongement de cette trêve des expulsions locatives jusqu’au 10 juillet. Bien qu’il reste encore deux mois de plus avant cette échéance, la Fondation Abbé Pierre s’inquiète déjà pour la suite : « Le problème restera entier dès le mois d’août« .

Penser l’après

Pour rappel, cette anticipation de l’après constituait déjà le fil rouge du corps associatif dès les premières semaines de confinement. Dans un rapport publié mi-avril par le Collectif des Associations Unies – organisation qui regroupe les principales associations du secteur du logement, dont la Fondation Abbé Pierre, le groupe associatif déplorait une mobilisation insuffisante et surtout trop précaire pour être efficiente sur le long terme : “Le système d’aide aux personnes sans domicile doit définitivement s’orienter vers le logement d’abord, pour éviter, à chaque crise ou chaque hiver, de bricoler des solutions palliatives qui ne permettent que de survivre en temps d’épidémie (aide alimentaire, hébergements d’urgence non adaptés…)”.

Le collectif à nouveau réuni souligne néanmoins aujourd’hui l’importance du déploiement de « moyens jamais obtenus jusqu’alors pour protéger les personnes les plus vulnérables ». Outre le prolongement de la fin de la période hivernale et de la trêve des expulsions, on se souvient aussi de l’ouverture en urgence de places d’hébergement dans les hôtels, de centres de desserrement Covid-19, du versement d’une aide exceptionnelle à certains jeunes et ménages en difficulté, ou encore de l’installation de de points d’accès à l’eau dans certains bidonvilles. Au total, l’Etat a ainsi versé près de 65 millions d’euros d’aide.

15 mesures d’urgence

« Il est donc essentiel de prolonger cet effort et de transformer l’essai pour éviter d’ajouter de la misère et de la détresse à la crise économique et sociale majeure qui se profile », fait savoir le collectif qui propose 15 mesures d’urgence. Le premier de ces points clés concerne la prolongation de ce plan hiver pour toute l’année 2020. Le collectif appelle d’ailleurs à une évaluation de la situation sociale de chaque personne sans domicile pour la bonne réalisation de cette mesure. Parallèlement à une concertation avec les hôteliers pour prolonger les places mobilisés dans leurs établissements, il est également recommandé d’accélérer la résorption des squats et bidonvilles. Pour ce faire, le collectif propose notamment d’engager des projets des projets d’insertion avec les ménages entassés dans ces campements précaires. Parmi ces habitants de bidonvilles, beaucoup sont de nationalité étrangère. Le collectif appelle par conséquent à faciliter les accès au titre de séjour de ces personnes.

 

Réhausser les aides aux Français en difficulté

 

Comme l’a récemment notifié Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, dans une interview à France Info, l’aide pour les ménages modestes « était impératif » mais son montant reste encore insuffisant. Parmi les mesures listées, le collectif demande aux pouvoirs publics d’accroître et de poursuivre les chèques services « a minima jusqu’à la rentrée scolaire de septembre et de revaloriser les APL« , qui avait subi une coupe de 5 euros depuis octobre 2017. Plus largement, le collectif réitère l’un de ses fers de lance, celui de l’investissement massif dans le logement social : « En finançant 150 000 logements sociaux par an dont 60 000 PLAI sous plafonds APL , via un retour de l’Etat dans le financement des aides à la pierre et un renoncement à la Réduction de Loyer de Solidarité. Mais aussi en mobilisant davantage le parc privé à vocation sociale via le conventionnement de 40 000 logements ANAH par an grâce à un crédit d’impôt attractif tout en privilégiant les loyers très sociaux et le mandat de gestion. »