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Face à la pandémie, l’importance des ressources psychologiques individuelles

Frédéric Choisay, Université de Tours et Evelyne Fouquereau, Université de Tours

 

Depuis le 17 mars, les Français sont confrontés à de nouveaux modes de vie tant sur le plan personnel (sorties limitées, pénuries de certains produits de consommation…) que professionnel (télétravail, chômage partiel…). Les écoles ont été fermées, constituant un défi supplémentaire à relever pour des millions de parents.

Parallèlement, comme souligné par de nombreux experts, un climat de tension s’est instauré avec une anxiété notable face à la maladie chez la plupart des citoyens de notre pays, soucieux d’être éventuellement « des malades qui s’ignorent » pour paraphraser le docteur Knock. Divers indicateurs objectifs témoignent de cette montée du stress tels l’augmentation des consultations en psychiatrie ou les appels au SAMU pour des crises d’angoisse parfois si intenses qu’elles laissent craindre un infarctus. Ces effets psychologiques négatifs peuvent être combattus comme le montrent les recommandations de divers experts.

Tous différents face au stress

En cette période de stress et d’incertitude, certains parviennent à faire face et identifient des solutions pour progresser vers leurs objectifs, quitte à en reconsidérer la portée ou l’échéance de leur réalisation. Mais à l’inverse, d’autres ont plutôt tendance à subir, à s’abandonner au cours des évènements ou bien à envisager le pire. Certaines caractéristiques psychologiques propres aux individus pourraient expliquer ces différences.

Pour le courant de la psychologie positive, ces qualités individuelles sont recensées sous des vocables divers tels que les « forces de caractère » ou les « ressources personnelles ». Ces dernières ont été définies comme les aspects de soi qui sont généralement en lien avec la résilience et avec le sentiment qu’ont les individus de contrôler et d’influencer avec succès leur environnement.

Le « capital psychologique »

Luthans et ses collaborateurs (2007) ont regroupé sous le nom de « capital psychologique » (PsyCap) quatre de ces ressources en raison de leur action synergique et de leurs conséquences globalement favorables pour l’individu, notamment en termes de gestion du stress :

  • l’auto-efficacité renvoie à la confiance d’un individu en sa capacité à mobiliser ses ressources et à agir pour réussir une action spécifique dans un contexte donné ;
  • l’espoir correspond à l’orientation de son énergie vers un but donné ainsi que sur les différentes manières de l’atteindre ;
  • la résilience désigne l’adoption de comportements positifs lors d’une confrontation à l’imprévu ou au risque mais aussi au dépassement de son état d’équilibre ;
  • l’optimisme consiste à envisager l’avenir de manière positive ainsi qu’à attribuer ses différentes réussites à soi-même et ses échecs à des causes externes.

Photo by Sharon McCutcheon /Unsplash.

L’intérêt souligné par nombre de chercheurs de prendre en compte le PsyCap est double. Tout d’abord, ce dernier est susceptible d’être développé. Autrement dit, la capacité à faire face à des situations stressantes, comme celle que les Français vivent aujourd’hui, n’est pas figée. Il a en effet été démontré que des interventions ciblées (en présentiel ou en ligne) permettent de développer ou de renforcer le PsyCap. Ainsi le partage d’expériences (auto-efficacité), la fixation d’objectifs (espoir) ou la mise en place de séances de méditation (optimisme et résilience) font partie des outils considérés comme utiles à la croissance du PsyCap. Par ailleurs, le PsyCap peut être mesuré à l’aide d’un questionnaire en 24 questions, permettant d’apprécier précisément son évolution.

Ensuite, le PsyCap a été beaucoup étudié dans le monde du travail et dans le milieu éducatif, ce qui a permis de démontrer qu’il favorise une meilleure santé psychologique, un plus fort engagement dans les activités ainsi que des comportements positifs comme la tendance à aider ses collègues de travail au-delà des attendus de la fonction. Son effet bénéfique sur le stress a plus particulièrement été observé chez les militaires et les soignants, professionnels confrontés à des contraintes quotidiennes élevées.

Comment expliquer le rôle positif du PsyCap face au stress ?

Plusieurs études fournissent des éléments de réponse à cette question. Lorsqu’une personne est confrontée à une situation imprévue ou exigeante, elle estime tout d’abord sa sévérité, puis, dans un second temps, elle évalue quelles sont ses ressources pour y faire face. Ensuite, elle met en place une stratégie d’adaptation (affrontement, fuite ou inaction).

Le PsyCap, parce qu’il favorise une perception plus positive de la contrainte, notamment en favorisant les émotions positives, facilite les comportements de confrontation à la difficulté plutôt qu’à son évitement. En effet, un PsyCap élevé permettrait à l’individu de se sentir mieux armé pour faire face à la situation (sentiment d’auto-efficacité), de canaliser toute son énergie en envisageant diverses options (espoir), d’adopter des comportements productifs et utiles même s’ils sont peu agréables (résilience) et d’envisager une fin satisfaisante à un épisode difficile (optimisme). À l’inverse, une personne pessimiste et manquant de confiance en ses capacités d’actions hésitera à entreprendre une action et imaginera plus facilement une issue défavorable.


Photo by Zhifei Zhou /Unsplash.
Unsplash

Le PsyCap comme ressource face à la crise du Covid-19

Dans le contexte actuel, il est aisé d’identifier des situations de fort stress impliquant la réorganisation du quotidien à très court terme (école à la maison, télétravail). Or, avoir confiance par exemple dans ses capacités à enseigner les rudiments des mathématiques à son enfant ou dans la maîtrise de son équipement informatique permettra de s’engager dans ces différentes tâches plus facilement. De plus, modifier ses modi operandi sera plus simple à concevoir et à faire pour un individu ayant un haut niveau d’espoir. Il consacrera de l’énergie à trouver des solutions pour résoudre ses problèmes, comme consulter des tutoriels sur Internet afin d’obtenir des explications sur des parties obscures du programme de maths du collège.

Une personne dotée d’un haut niveau d’optimisme sera également plus capable de se projeter dans la sortie du confinement, car elle assimilera la situation présente à une étape désagréable mais limitée dans le temps. Enfin, la capacité à sortir de sa zone de confort (résilience) aidera à supporter les inévitables heures d’attente dans certaines grandes surfaces. À l’inverse, un niveau faible de PsyCap favorisera les comportements d’abandon et de résignation dès le premier échec et des émotions négatives telles que la colère. En bref, les personnes ayant un PsyCap élevé pourront donc mieux gérer l’imprévu et l’incertitude en consacrant leur énergie à trouver des solutions, à revoir leurs objectifs et à garder une vision positive de la situation. D’ailleurs, des études ont démontré que le PsyCap jouait un rôle bénéfique chez les personnes confrontées à de graves problèmes de santé, par exemple en réduisant les symptômes de dépression et d’anxiété chez des patients atteints du VIH.

Il semble inéluctable que d’autres crises sociales, environnementales ou sanitaires adviennent dans un futur plus ou moins proche. Le développement des ressources individuelles au plan psychologique constitue dès aujourd’hui un défi majeur pour nos sociétés qui se doivent d’être réactives. Dans cette perspective, les apports de la recherche sur la psychologie positive en général et sur le PsyCap en particulier ne peuvent être ignorés. Aider les populations à affronter des situations de crise ne consiste donc pas seulement à améliorer la résilience du système de soins ou de l’économie. Il faut également augmenter la résistance des individus au travers de dispositifs de formation qui contribueront à l’accroissement des ressources psychologiques, qu’ils seront alors à même de mobiliser : l’armée américaine a par exemple mis en place un système de formation destiné à l’amélioration de la résilience de leur personnel, notamment face au syndrome de stress post-traumatique.The Conversation

Frédéric Choisay, Doctorant en psychologie du travail, EE 1901 QualiPsy, Université de Tours et Evelyne Fouquereau, Professeure des Universités en Psychologie du travail, Directrice EE 1901 QualiPsy, Université de Tours

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.