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Jacques Julliard : « nommer un nouveau gouvernement serait un aveu de faiblesse »

Grand Témoin – Est-il déjà l’heure de tirer un bilan politique du l’action du gouvernement face à la pandémie de Covid-19 ? L’analyse de Jacques Julliard au micro d’Yves Delafoy.

« Je constate que les Français ont déjà commencé à dresser un bilan et il est assez négatif », lance l’historien, journaliste et essayiste Jacques Julliard, « la cote du Président Macron stagne, voire recule ». Il le constate, durant cette période, les Français ont eu tendance à se retourner vers des autorités non politiques mais des « personnalités de la société civile »: « cela a abouti à une sorte d’inversion provisoire des hiérarchies sociales », explique Jacques Julliard, « tout le monde s’est mis à dire, ‘heureusement que nous avons des soignants, des éboueurs, des caissières’… Cela joue le rôle de révélateur des véritables hiérarchies de la société ». L’Etat est-il lui aussi victime de la pandémie ? « Il a bel et bien lui aussi renversé ses hiérarchies », répond le journaliste, « avant, c’était la réduction des déficits, maintenant c’est l’engagement dans un processus de dettes ».

« L’économie n’étant plus dominante, ses règles ne sont plus absolues »

Durant le confinement, aux yeux de Jacques Julliard, le Président Emmanuel Macron n’a pas joué la carte du « en même temps », mais celle du « tout le temps ». « Dans une crise aussi dramatique que celle-là, la parole présidentielle ne doit pas saturer les écrans, elle doit être mesurée et rare… Il y a eu un effet de brouillage… Macron est partout et donc nulle part, de plus, ses relations avec son premier Ministre sont floues », voire tendues. Et l’essayiste d’ajouter : « cela doit interroger le Président sur sa manière de présider ».

A qui profite la situation politique ?

« La gauche est trop divisée, elle est hors du coup, il est peu probable qu’elle joue un rôle majeur… C’est plutôt le désert de son côté », analyse Jacques Julliard qui juge que son logiciel politique a vieilli et qu’elle va mettre plus de temps à se reconstruire. « Mélenchon est un homme talentueux mais a l’inconvénient d’être placé sur sur la partie d’extrême-gauche, il n’est pas assez modéré, quant à François Hollande, il lui faudrait profondément modifier son image, sortie écornée de sa présidence », pour revenir dans le jeu. Pour l’éditorialiste, « la droite classique a plus de chance ». « Son problème, c’est qu’elle a trop de candidats, c’est le surpeuplement ».

Vers un nouveau gouvernement ?

« Ce serait un aveu de faiblesse », lance Jacques Julliard, d’autant qu’Edouard Philippe n’a pas démérité : « dans les sondages il progresse un peu alors que Macron stagne… Le premier Minsitre est relativement populaire, il réussit assez bien avec les maires ». Pour l’historien, « le jeu politique aujourd’hui est très abstrait, les citoyens ont du mal à le comprendre… La communication tacite silencieuse entre les électeurs, les élus et les partis est profondément détériorée… Cela ne veut pas dire que le tissus social français est totalement déchiré ». Il note également que les Français n’ont pas si mal réagi à la situation, mais ils sont très soumis à l’immédiat : « je note qu’hier soir, beaucoup n’ont plus applaudi les soignants ».

Un nouveau contrat social

Dans cette crise, « les syndicats n’ont pas joué un rôle très important ni très efficace », souligne Jacques Julliard. « Un nouveau contrat social est absolument nécessaire, avec une capacité de proposition des syndicats ». « On sait très bien ce que ne veut pas la société mais pas ce qu’elle veut », là est la difficulté, ajoute-t-il. « Pour peser, les syndicats ont intérêt à se rapporcher au lieu de se faire la guerre ». Alors que « la France apparaît au monde et à elle-même comme un pays de deuxième ordre », ce qui doit nous interroger selon l’essayiste, il faut évoquer une union nationale comme « rassemblement des Français autour de la volonté de reconstruire ce pays ».