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Hôpital Saint-Joseph à Paris : une « bulle » pour cocooner les soignants

Un mois déjà que les soignants font face au Covid-19. Prise en charge des urgences, accompagnement des malades, protocole sanitaire à respecter : la charge est lourde. Pour les soulager, l’hôpital Paris Saint-Joseph a eu l’idée de mettre en place « la Bulle ».

« Dès le début du confinement et au regard de ce que vivaient nos collègues dans le Grand Est et en Italie, nous avons très vite compris que durant la crise, il faudrait également prendre en charge les soignants », explique le Dr Marguerite d’Ussel, responsable du service Consultation douleur chronique. De fait, en un mois, à l’hôpital Paris Saint-Joseph, 800 patients Covid-19 ont été hsopitalisés. « Depuis une semaine, nous observons un palier », souligne le Dr d’Ussel, « mais la fatigue des personnels soignants est bien là ». Martguerite d’Ussel est à la tête d’une équipe pluridisciplinaire, rassemblant infirmières, kinésithérapeutes, mais aussi des personnels soignants formés à la psychologie et à la sophrologie. « Nous réalisons une prise en charge globale de la personne », souligne-t-elle, « nous essayons de voir les difficultés psycho-sociales derrière les symptômes physiques. Avec la crise du Covid-19, nous nous sommes dit qu’il fallait mettre nos compétences à disposition des soignants ».

Un espace dédié aux soignants

C’est donc après un brainstorming que « La Bulle » est né, dans les premiers jours du confinement, le 20 mars. « Il s’agit d’un espace à part, un lieu de cocooning avec une ambiance zen pour les soignants », raconte le Dr Marguerite d’Ussel, « nous avons d’abord songé à l’appeler le SAS, le Service d’Accompagnement des Soignants, mais très vite le nom de ‘Bulle’ s’est imposé à nous ». Un espace installé dans la salle d’attente de consultation. Il a fallu ensuite convaincre les 441 médecins, 573 infirmières et 52 sages-femmes que comptent le groupe hospitalier, de venir se rassénérer dans un lieu fait pour eux. « Les professionnels de santé ont l’habitude de prendre soin des autres, pas d’eux-mêmes », répète le Dr d’Ussel, « nous avons donc dû leur proposer des choses qu’ils aiment ». Pour trouver des sponsors, elle lance alors un appel sur LinkedIn : « l’entreprise Boulanger a été la première à répondre en nous fournissant des fauteuils relaxants, puis enquite il y a eu un effet boule de neige avec la solidarité nationale et le bouche-à-oreille, des entreprises nous ont permis de redécorer la pièce, Air France nous a également fournis des pochettes avec des masques pour faire la sieste ».

Accueillir les signes de stress et d’anxiété

Au menu de ce service unique dédié aux soignants mais aussi au personnel de sécurité et à toutes celles et ceux qui travaillent au sein de l’hôpital et qui désirent venir : café, thé, fauteuils relaxants et musique, séances de sophrologie et d’hypnose. Petite nouveauté depuis cette semaine également : des séances de thérapie manuelle. « Nous n’avons pas pu les mettre en place avant, à cause des risques de contamination croisée », explique le Dr d’Ussel. Cette « bulle » permet aussi à chaque soignant de « déposer ses difficultés », « ce qu’il rapporte à la maison en termes d’hygiène et de stress, le fait que, très souvent, il dort moins bien… ». « Nous sommes là pour accueillir les signes d’anxiété et pour éventuellement orienter chaque soignant », explique le Dr Marguerite d’Ussel. Depuis le 20 mars, le succès de la Bulle est réel : 50 à 80 personnes viennent chaque jour, « c’est énorme, on n’a pas assez de place », déclare le Dr d’Ussel, « mais l’essentiel c’est que ceux qui viennent soient ravis, ils souhaitent même que cela dure au-delà de la crise, ils ont réalisé combien c’était bon pour eux, pour les patients et pour l’esprit d’équipe ». Un esprit d’équipe que le Dr Marguerite d’Ussel tient à renforcer encore. D’où l’idée d’une fresque participative : « un projet commun de créativité artistique où chacun peut s’exprimer librement et qui sera vu par tous », ajoute-t-elle. Bien sûr, Marguerite d’Ussel pense déjà à l’après. « On envisage de créer un nouveau lieu de manière durable, de faire venir des animateurs pour cette Bulle, de poursuivre l’expérience ».

>> Pour se faire, une gagnotte a été mise en place sur le site de l’hôpital Saint-Joseph