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Australie : la condamnation pour pédophilie du cardinal Pell confirmée en appel

La justice australienne avait condamné le cardinal George Pell à six ans de prison pour viol et agressions sexuelles sur deux mineurs de moins de 16 ans dans les années 1990.

La police escorte le cardinal australien George Pell en dehors de la Cour suprême de l’État de Victoria, à Melbourne, le 21 août 2019. © William WEST / AFP
La police escorte le cardinal australien George Pell en dehors de la Cour suprême de l’État de Victoria, à Melbourne, le 21 août 2019. © William WEST / AFP

La justice australienne a confirmé mercredi 21 août en appel la condamnation à six ans de prison du cardinal George Pell, ancien numéro trois du Vatican, pour viol et agressions sexuelles sur deux enfants de chœur dans les années 1990, et a ordonné son maintien en détention.  L’ex-secrétaire à l’Économie du Saint-Siège, âgé de 78 ans, avait été condamné en mars à six ans de prison pour l’agression de deux adolescents de 13 ans en 1996 et 1997 dans la cathédrale de Melbourne, ville dont il était l’archevêque.

L’affaire opposait George Pell, un homme qui a élu deux papes, été un des proches conseillers de François et même été impliqué dans la réponse de l’Église face aux scandales de pédophilie, et un ancien enfant de chœur aujourd’hui trentenaire. La deuxième victime du prélat est décédée en 2014 d’une overdose, sans jamais avoir fait état de l’agression.

Victime « très convaincante »

En costume sombre, le prélat de 78 ans a comparu devant la Cour suprême de l’État australien de Victoria à Melbourne, baissant régulièrement la tête pendant que la juge Anne Ferguson lisait la décision rejetant son appel. La magistrate a décrit la victime comme quelqu’un de « très convaincant » qui « n’est clairement pas un menteur, pas un fantaisiste et qui a été témoin de la vérité ». La foule massée a l’extérieur a salué le verdict avec des applaudissements qui ont été entendus jusque dans la salle d’audience. La juge Ferguson a déclaré que le cardinal Pell serait admissible à une libération conditionnelle dans trois ans et huit mois, bien qu’il puisse encore former un pourvoi devant la Haute Cour fédérale, la plus haute juridiction d’Australie.

La victime aujourd’hui adulte – dont l’identité ne peut être dévoilée pour des raisons juridiques – a déclaré que ces quatre années de combat judiciaire avaient été « angoissantes » et l’avaient plongé « dans des états, aux moments les plus sombres, qui m’ont fait craindre de ne pas pouvoir en revenir ». « Après avoir assisté aux funérailles de mon ami d’enfance […], j’ai ressenti le devoir de témoigner », a-t-il ajouté dans un communiqué lu par son avocat. « Je ne suis par un héraut de la cause des survivants d’agressions sexuelles », a-t-il aussi assuré.

« Pour de nombreux survivants [d’agressions sexuelles], une condamnation prononcée contre un agresseur tout-puissant et très en vue accroît la confiance dans la conduite de la justice et la possibilité de dénoncer », a réagi Pam Stavropoulos de la Fondation australienne Blue Knot, un groupe de défense des enfants victimes d’abus sexuels. Lisa Flynn, avocate du père de la victime décédée, a déclaré qu’« un poids avait été levé ». « Il estime que justice a été rendue aujourd’hui. Il est vraiment soulagé que George Pell soit derrière les barreaux ce soir », a ajouté l’avocate.

« Un poids levé »

Plus haut représentant de l’Église catholique jamais condamné pour viol sur mineur, le cardinal, qui clame son innocence, a été reconnu coupable en décembre de cinq chefs d’accusation, notamment d’avoir imposé une fellation en décembre 1996 à un garçon de 13 ans et de s’être masturbé en se frottant contre un autre. Les faits avaient eu lieu dans la sacristie de la cathédrale Saint Patrick de Melbourne, dont Monseigneur Pell était l’archevêque, où les deux victimes s’étaient cachées pour y boire du vin de messe. Deux mois plus tard, George Pell avait poussé l’un des adolescents contre un mur et lui avait empoigné les parties génitales.

« Le cardinal Pell est évidemment déçu par la décision d’aujourd’hui », ont indiqué dans un communiqué transmis par l’Eglise ses avocats, qui ont dit qu’ils étudiaient l’opportunité d’un pourvoi, attendu sous 28 jours. Ses avocats ont notamment soutenu qu’ils auraient dû être autorisés à montrer une reconstitution animée des allées-venues dans la cathédrale aux moments des agressions. Les trois juges ont également rejeté à l’unanimité deux arguments de la défense du cardinal invoquant des erreurs de procédure au cours de son procès.

De son côté, le Vatican a relevé que George Pell pouvait encore saisir la Haute cour, sans rien dire de l’enquête canonique en cours. « À ce stade, avec l’Église d’Australie, le Saint-Siège réitère sa proximité avec les victimes d’agressions sexuelles et son engagement à poursuivre, au travers des autorités ecclésiastiques compétentes, les membres du clergé qui commettent ces agressions », a déclaré le Vatican dans un communiqué.

Déchu de l’Ordre d’Australie

Les avocats du cardinal avaient fait feu de tout bois en ayant soulevé pas moins 13 objections pour contester la condamnation, en arguant notamment qu’il était « physiquement impossible » que les faits allégués aient été commis par le prélat alors que la cathédrale était bondée. Ils ont émis des doutes sur l’ensemble du jugement, qu’il s’agisse de la chronologie des faits ou de la possibilité matérielle pour George Pell d’avoir commis les agressions dans l’encombrante tenue sacerdotale dont il était vêtu alors qu’il venait de célébrer l’office. Surtout, ils estimaient le verdict « déraisonnable », car basé exclusivement sur le témoignage d’une des victimes.

À la suite de la décision de mercredi, le Premier ministre australien Scott Morrison a exprimé sa sympathie aux victimes. Il a déclaré que les « tribunaux avaient fait leur travail » et indiqué que le cardinal Pell serait déchu de sa médaille de l’Ordre d’Australie.

Avant sa disgrâce cette année, George Pell avait connu une ascension rapide. Nommé archevêque de Sydney en 2001, il était entré en 2003 dans le puissant Collège des cardinaux et siégeait aux conclaves qui ont élu successivement les papes Benoît XVI et François. Tout juste élu, le pontife argentin l’avait choisi en 2013 pour faire partie du conseil de neuf cardinaux (C9) chargé de l’aider à réformer la Curie, le gouvernement du Vatican. En 2014, il était ensuite devenu secrétaire à l’Économie, véritable numéro trois du Vatican.

Depuis sa condamnation, le cardinal Pell a été relevé de sa fonction de responsable financier du Vatican et perdu sa place dans le C9. Le Vatican a ouvert sa propre enquête sur Monseigneur Pell qui pourrait en définitive être défroqué.

Avec Holly Robertson de l’Agence France Presse

Commentaires

  1. Certes, le rôle d’un média catholique est d’informer. Toutefois est-il pertinent et moralement instructif de donner un si grand luxe de détails sur l’agression elle-même ? N’est-on pas en train de glisser dans le voyeurisme qui rendent l’auteur et les lecteurs complices des mêmes attitudes que l’on peut reprocher à l’agresseur ?

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